Eglises d'Asie

Rencontre à Manille entre les frères mineurs et les prêcheurs

Publié le 10/10/2019




Le 4 octobre, la province franciscaine de Manille a célébré la fête de saint François d’Assise aux côtés des frères prêcheurs de la province philippine. La célébration était présidée par le père Napoleon Sipalay Jr., prieur provincial de l’ordre dominicain, selon une tradition qui remonterait aux premières années des deux congrégations et aux rencontres entre saint François et saint Dominique. Tous les ans, le 4 octobre, un dominicain célèbre la messe le jour de la fête de saint François, tandis qu’un franciscain fait de même le 8 août, jour de la fête de saint Dominique. Les deux ordres y voient une façon de soutenir leur unité et un but commun « en revenant à leurs racines ».

Le jour de la fête de saint François d’Assise, la messe était sur le point de commencer quand Marilyn Martinez est arrivée dans l’église, en s’installant au fond. Les frères franciscains, qui portaient leurs bures marron retenues par un cordon à trois nœuds, formaient déjà une file dans l’allée centrale. Marylin a alors remarqué des prêtres d’autres congrégations qui s’avançaient, portant différents habits. L’étudiante, âgée de vingt ans, se rend toujours à la messe dans cette église, proche de son école. « J’aime venir ici. J’aime leurs habits bruns. Je sens quelque chose de différent, comme si j’étais à l’étranger ou dans le passé », explique-t-elle. Il était 18 heures quand la messe a commencé. Les chants du chœur franciscain ajoutaient un caractère solennel à la célébration. Après la lecture de l’Évangile, Marilyn a remarqué que ce n’était pas un franciscain qui disait l’homélie, mais un dominicain, portant un habit noir et blanc. La célébration était effectivement présidée par le père Napoleon Sipalay Jr., prieur provincial de l’ordre des prêcheurs, et c’est le père Roy Rodriguez, secrétaire provincial de l’ordre, qui disait l’homélie. À côté du prieur dominicain se trouvait pourtant le père Cielo Almazan, ministre provincial des franciscains de Manille. Il s’agissait là d’une tradition entre franciscains et dominicains remontant aux premières années des deux congrégations. Chaque année, le 4 octobre, jour de la fête de saint François d’Assise, un dominicain préside la messe, tandis qu’un frère franciscain fait de même le jour de la fête de saint Dominique, le 8 août. La tradition vient des nombreuses rencontres, à Rome, entre les deux saints fondateurs. En 1216, quand saint Dominique est venu à Rome pour la deuxième fois, il a rencontré saint François dans une des églises de la ville. Ils négociaient tous les deux avec le pape par l’intermédiaire du cardinal Hugolin, qui deviendra le pape Grégoire IX, afin d’obtenir la confirmation papale pour leurs ordres respectifs. Saint Dominique aurait eu une vision de saint François la nuit précédente ; le lendemain, il se serait précipité pour le saluer en le reconnaissant dans l’église.

Pour le père Dexter Toledo, il y avait « une influence mutuelle entre les deux fondateurs » des congrégations, dès leur première rencontre. « Selon les historiens, saint François a pu influencer saint Dominique dans la pratique du vœu de pauvreté, et saint Dominique a pu inspirer François par ses enseignements », ajoute le prêtre. Le père Toledo confie que les échanges entre les deux ordres « symbolisent l’unité et la volonté d’atteindre un but commun. Nous devons revenir à nos racines originelles en tant que frères mendiants. Nous nous souvenons que nous sommes appelés à aller vers les communautés les plus pauvres et enseigner auprès d’elles ». Le père Toledo ajoute toutefois que « la prédication n’est pas à sens unique ; nous devons enseigner, prêcher et évangéliser, mais nous devons aussi apprendre des gens ». Les franciscains et les dominicains sont deux ordres certes différents mais qui partagent « un but commun », rappelle le père Toledo : « Répandre la Bonne Nouvelle. » Dans son homélie, le père Rodriguez, dominicain, a souligné le besoin de comprendre « notre rôle dans l’Église, en suivant l’exemple de saint François ». « Il savait que Jésus Christ était au centre de tout. Il savait qu’il était inutile sans le Christ », poursuit le prêtre. Le père Sipalay a invité les franciscains à continuer de s’associer aux dominicains, en assurant que l’ordre des prêcheurs fera de même. « S’il vous plaît, enseignez-nous, mes frères, comment nous pouvons avancer. De la même façon que François a rebâti l’Église qui tombait en ruine, j’espère que vous continuerez à nous inspirer », a demandé le dominicain. Le père Almazan, le ministre provincial de Manille, a de son côté appelé les catholiques à suivre les traces de saint François et « son amour pour toute la Création ».

(Avec Ucanews, Manille)


CRÉDITS

Mark Saludes