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Séoul et la population sud-coréenne, un modèle à suivre contre l’épidémie du Covid-19

Publié le 21/03/2020




Le gouvernement sud-coréen a réagi rapidement et avec efficacité à l’urgence de l’épidémie du coronavirus, mais le mérite de l’opération revient au comportement responsable de la population, selon le professeur Eusun Lee, médecin urgentiste, de l’hôpital universitaire Guro de Séoul (Korea university Guro hospital), qui témoigne de la lutte du pays contre la propagation du virus Covid-19. Au 19 mars, plus de 215 000 cas d’infection ont été enregistrés à travers le monde, avec plus de 8 800 décès déclarés.

Dans leur tentative de freiner la pandémie, beaucoup de gouvernement ont appliqué des mesures préventives radicales, comme la fermeture des frontières ou le confinement obligatoire de la population. Toutefois, la Corée du Sud, qui était le pays qui comptait le plus de cas après la Chine avant que le virus ne se répande en Italie, est devenu un modèle à suivre et un symbole d’espoir face à la crise sanitaire. Le 19 mars, les autorités sud-coréennes ont rapporté une nouvelle hausse des cas d’infection avec de nouveaux foyers détectés à Daegu, une ville du sud-est du pays, ainsi qu’à Séoul et autour de la capitale. Le 18 mars, 152 nouveaux cas d’infection avaient été détectés, soit une nouvelle hausse après quelques jours d’amélioration, amenant le nombre total de cas enregistrés en Corée du Sud à 8 565, selon le centre coréen KCDC (Korea center for disease control and prevention). Malgré tout, ces chiffres, bien que similaires au bilan de la semaine dernière dans le pays, restent bien inférieurs aux plus de 500 cas d’infection quotidiens détectés en Corée du Sud au début du mois. À ce jour, 91 personnes, dont une majorité de personnes âgées et affaiblies, sont décédées du Covid-19 dans le pays. Selon KCDC, le pays compte encore 59 patients hospitalisés dans un état grave. Au 19 mars, 1 947 patients atteints du virus ont pu sortir de l’hôpital après un rétablissement complet, soit 407 de plus que la veille.

« Depuis les premiers jours de l’épidémie, les Sud-Coréens ont montré beaucoup de responsabilité civile », assure le professeur Eusun Lee. « Beaucoup d’entre eux ont réduit leurs déplacements au minimum, et ne sont sortis que si nécessaire et en portant des masques de protection. » « Les gens ont immédiatement suivi les consignes et les règles de bon sens : se laver les mains souvent, rester à distance, tousser dans son coude », ajoute-t-il. « Il faut aussi noter que les Sud-Coréens utilisent des services de livraison à domicile. C’est un système très développé en Corée du Sud. Je pense que cela évite aux gens de sortir », poursuit-il. Pour beaucoup d’experts sud-coréens, ce sont aussi des diagnostics établis à grande échelle qui ont permis de contrôler la propagation de l’épidémie dans le pays. Le Dr Eusun Lee partage cette opinion, en soulignant qu’il y a cinq ans, « nous avons vécu l’expérience du MERS-CoV [Coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient] ». « À l’époque, le gouvernement sud-coréen a réagi en modernisant les équipements médicaux des grands hôpitaux du pays », précise-t-il. De même, ajoute-t-il, « les entreprises coréennes qui produisent des tests de diagnostic ont amélioré leurs produits, et elles les exportent à d’autres pays ». Le médecin explique que certains ont eu recours à des systèmes d’intelligence artificielle afin de développer leurs produits.

Plus de 270 000 Sud-Coréens ont pu être testés

En janvier, quand des scientifiques chinois ont publié pour la première fois la séquence génétique du virus Covid-19, au moins quatre entreprises sud-coréennes ont immédiatement commencé discrètement à développer et à stocker des kits de tests aux côtés du gouvernement – bien avant les premiers cas d’infection détectés dans le pays. Quand les choses ont commencé à empirer, les autorités ont pu effectuer plus de 10 000 tests par jour, notamment via des drive-in et des centres de tests installés à la hâte. Des cabines téléphoniques permettant des consultations sécurisées à distance ont également été installées dans les hôpitaux. Le gouvernement sud-coréen a mis en place le programme de tests le plus vaste et le mieux organisé au monde, tout en intensifiant les efforts pour isoler efficacement les personnes infectées, et pour repérer et mettre en quarantaine tous ceux qui ont été en contact avec elles. Ainsi, depuis le début de l’épidémie en Corée du Sud, plus de 270 000 personnes ont pu être testées. Toutefois, « Daegu souffre d’un manque de lits pour les patients qui ont besoin d’assistance médicale d’urgence dans les services de soins intensifs », explique le professeur Eusun Lee. La ville compte « presque 90 % des patients sud-coréens », ajoute-t-il. Mais en cas d’urgence, il explique que « le gouvernement peut réquisitionner des logements comme des hôtels et des pensionnats ».

Ainsi, les cas les moins graves peuvent y être logés, assure-t-il, en étant pris en charge par quelques médecins et infirmiers. « Ceux qui sont dans un état plus grave peuvent être pris en charge à l’hôpital », ajoute-t-il, en parlant de l’hôpital universitaire Dongson de Daegu (Keimyung university Daegu Dongsan hospital). « Cet hôpital est réservé aux patients atteints du coronavirus. Ceux qui ne sont pas infectés se rendent dans d’autres hôpitaux ou dans d’autres villes. Les gens les plus exposés, comme les personnes âgées, peuvent ainsi être soignés dans les autres hôpitaux de la ville », confie-t-il. « Personnellement, j’ai peur d’être infecté. Mais comme je travaille dans un hôpital universitaire, j’ai suffisamment de masques et de kits de protection. Beaucoup de mes collègues sont allés à Daegu », avoue-t-il. Là-bas, « ils reçoivent chaque jour près d’une centaine de nouveaux patients ». « Il y a encore un manque de moyens médicaux, mais beaucoup de médecins et d’infirmières continuent de se porter volontaires. » Enfin, pour le professeur Lee, la leçon la plus importante que les autres pays pourraient retirer de la gestion de la crise par la Corée du Sud, est la synergie efficace entre le gouvernement et la population, qui a été responsable en « suivant les consignes du gouvernement et en restant à la maison ».

(Avec Asianews, Séoul)


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