Eglises d'Asie

Singapour : qui est Lawrence Wong, futur Premier ministre de la cité-État ?

Publié le 08/06/2022




Le ministre des Finances de Singapour, Lawrence Wong, devrait succéder à Lee Hsien Loong comme futur Premier ministre de la cité-État après les prochaines élections législatives. Une nouvelle étape à venir pour le gouvernement singapourien qui a été dirigé durant plusieurs décennies par Lee Kuan Yew, le père de l’actuel Premier ministre. Lawrence Wong, âgé de 49 ans, qui sera le premier dirigeant chrétien (méthodiste) de Singapour, explique vouloir affirmer le caractère multiethnique et multireligieux du pays : « Nous pouvons être chinois, malais, indiens, ou eurasiens, nous sommes avant tout Singapouriens. »

Le ministre singapourien des Finances, Lawrence Wong, sera le prochain Premier ministre de la cité-État.

Après des mois de spéculations et de lecture politique dans le marc de café, les Singapouriens ont finalement appris, en avril dernier, que l’actuel ministre des Finances, Lawrence Wong, allait succéder à Lee Hsien Loong en tant que prochain Premier ministre du pays. Ce poste, créé en 1959, a été occupé pour la première fois par Lee Kuan Yew, du People’s Action Party (PAP), considéré comme le fondateur de l’État singapourien. Il fut premier ministre jusqu’en 1990, l’un des plus longs règnes à la tête d’un pays. Goh Chok Tong lui succéda de 1990 à 2004, avant que Lee Hsien Loong, fils de Lee Kuan Yew, ne reprenne le flambeau.

Lawrence Wong, issu d’un milieu modeste, a obtenu une bourse du gouvernement pour étudier aux États-Unis dans les années 90. Avant d’entrer en politique, il était fonctionnaire dans les ministères du Commerce et de l’Industrie, des Finances et de la Santé. Il a également été le secrétaire privé du Premier ministre Lee Hsien Loong entre 2005 et 2008, et directeur général de l’Autorité du marché de l’énergie (EMA) entre 2008 et 2011. « Son expérience en tant que directeur général de l’EMA sera particulièrement importante au moment où Singapour est confronté à des défis potentiels liés au changement climatique et aux chocs énergétiques », a souligné le Dr Woo Jun Jie, chercheur à l’Institute of Policy Studies (IPS).

Les débuts politiques de Lawrence Wong datent des élections générales de 2011, lorsqu’il est élu député. Il a ensuite occupé des postes au ministère de la Défense, au ministère de l’Éducation, au ministère des Communications et de l’Information et au ministère de la Culture, de la Communauté et de la Jeunesse. En tant que ministre de la Culture, M. Wong a mené la candidature pour que les jardins botaniques de Singapour soient reconnus comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Âgé aujourd’hui de 49 ans, Lawrence Wong sera le premier dirigeant chrétien (méthodiste) de la cité-État. Très discret concernant sa vie privée, sa biographie sur Instagram se résume à « ministre des Finances de Singapour, rat de bibliothèque, guitariste et amoureux des chiens ».

Les crises récentes ont mis Lawrence Wong sur le devant de la scène

En 2020, le ministre de la Santé de l’époque, Gan Kim Yong, a eu l’idée de constituer un groupe pour diriger la lutte de Singapour contre une pandémie émergente. Lawrence Wong a été son choix pour coprésider ce qui deviendra le groupe de travail multiministériel pour la gestion de la crise Covid-19. Lors des fréquentes conférences de presse organisées durant la crise, M. Wong a acquis une certaine popularité grâce à son calme et sa clarté d’expression.

À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Singapour a fermement condamné Moscou et n’a pas hésité à imposer des sanctions. Habituellement très prudente sur le plan diplomatique, la cité-État a réaffirmé l’importance du droit international ; il s’agit pour Singapour d’une question existentielle. « Allons-nous, avec cet événement, entrer dans un monde plus divisé, plus bifurqué ? Allons-nous commencer à voir une érosion de l’ordre international fondé sur des règles qui ont permis à de petits pays comme Singapour de prospérer ? » remarquait Lawrence Wong en mars dernier.

Singapour commerce davantage avec la Chine qu’avec tout autre pays, et les États-Unis en sont le principal investisseur étranger. Il est donc essentiel pour Singapour de ne pas prendre parti dans les tensions actuelles. Lawrence Wong analysait la situation dans les termes suivants en avril dernier : « Il est en effet inquiétant qu’il y ait une perte de confiance mutuelle des deux côtés. Les relations sont devenues plus tendues après la guerre (en Ukraine) […] Essayer de contenir la montée de la Chine ne fera que redoubler sa détermination à devenir plus autonome, à développer ses propres petits géants et développer sa propre technologie indigène. Garder la Chine hors du système ne fera que développer son propre système parallèle avec ses propres règles. »

Continuité programmée

Concernant la diversité ethnique et religieuse de la population singapourienne (Singapour reste le pays le plus diversifié au monde du point de vue religieux), Lawrence Wong s’inscrit dans le prolongement de la politique mise en place par ses prédécesseurs. Ainsi, les Singapouriens devraient aspirer à « l’éthos fondateur » de Singapour, selon lequel « chaque Singapourien mérite une place dans notre société, quels que soient ses origines, son statut ou son identité raciale ou culturelle » affirme le futur premier ministre. « Nous avons à Singapour toute une série de lois visant à enraciner et à défendre le multiracialisme. […] Nous nous posons toujours les questions suivantes : ces changements contribueront-ils à élargir ou à réduire notre espace commun ? Ces changements vont-ils nous rapprocher ou bien nous séparer les uns des autres ? »

Lors d’une conférence sur le nouveau tribalisme et la politique identitaire, le 23 novembre 2021, M. Wong déclarait : « Nous pouvons être chinois, malais, indiens ou eurasiens […] mais nous sommes avant tout des Singapouriens. […] Le tribalisme est intrinsèquement exclusif, et il est basé sur la haine mutuelle : ‘nous’ contre ‘eux’, ‘ami’ contre ‘ennemi’. Une fois que ce type d’identité tribale prend racine, il devient difficile de parvenir à un compromis. Quand on ancre notre politique sur l’identité, tout compromis ressemble à un déshonneur ». Pour M. Wong, l’harmonie singapourienne est toujours sur le fil du rasoir et nécessite donc une attention constante et une gestion prudente. « Nous n’arrivons pas toujours à une solution parfaite, mais nous ne laisserons jamais aucun groupe se sentir ignoré ou exclu », a assuré Lawrence Wong, qui devrait arriver à la tête de l’État lors des prochaines élections législatives.

(EDA / François Bretault)


CRÉDITS

Nitroacid (CC BY-SA 3.0)