Eglises d'Asie

Sœur Klara Duha, religieuse franciscaine, « ange gardien » des enfants abandonnés de Sumatra

Publié le 03/11/2020




Sœur Klara Duha, religieuse franciscaine, a fondé l’orphelinat Saint-Elisabeth Faomasi de Nias, dans la province indonésienne de Sumatra du Nord, en 2008. Entrée dans sa congrégation en 1977, elle a prononcé ses vœux définitifs en 1988. Au bout de quelques années, elle a pris en charge des enfants de Nias abandonnés par leurs familles et souffrant de handicaps ou de malnutrition. Le centre Faomasi a vu le jour grâce au soutien de plusieurs organisations et de bienfaiteurs individuels. Plus de dix ans après, il accueille près de 85 enfants sous la direction de sœur Klara.

Les enfants de l’orphelinat Faomasi, dirigé par sœur Klara Duha, religieuse franciscaine.

Durant plus de dix ans, sœur Klara Duha, religieuse franciscaine, a été l’ange gardien de plus de mille enfants abandonnés de Nias, dans la province indonésienne de Sumatra du Nord. Depuis 2008, elle s’occupe des enfants souffrant de handicaps, d’hydrocéphalie et de malnutrition, et dont les mères sont divorcées ou handicapées. Beaucoup de ces enfants ont été rejetés par leurs familles ; certains ont même été trouvés dans des décharges publiques. « J’ai pitié d’eux. Je ne peux pas laisser ces enfants innocents souffrir. Je dois les sauver », explique sœur Klara Duha, âgée de 65 ans. La religieuse ajoute qu’elle rêvait de se mettre au service de l’humanité depuis son enfance, mais qu’alors, elle ignorait comment. Après avoir terminé le lycée dans son village, elle a finalement choisi de devenir religieuse, mais ses parents y étaient opposés parce qu’elle devait les aider. En fin de compte, en 1977, elle a rejoint la congrégation franciscaine avec l’accord de ses parents. Son projet auprès des enfants a commencé quelques années plus tard. Un jour, elle a trouvé un nourrisson d’un mois souffrant d’hydrocéphalie ; la famille du nouveau-né avait eu honte de l’amener à l’hôpital, et les parents, qui croyaient à une malédiction, voulaient jeter le bébé à la mer. Sœur Klara Duha l’a emmené à l’hôpital Saint-Elisabeth, dirigé par la congrégation franciscaine de Semarang, à Java central, pour qu’il soit opéré. Après la guérison de l’enfant, la religieuse a voulu le remettre aux parents, mais ces derniers ont refusé à cause de son aspect.

« Finalement, j’ai décidé de m’en occuper moi-même », confie la religieuse. En voyant sœur Klara Duha prendre soin de l’enfant, plusieurs prêtres lui ont alors demandé de prendre en charge d’autres enfants issus de leurs paroisses, et souffrant de handicaps ou d’hydrocéphalie. Au fil du temps, de plus en plus d’enfants ont été confiés à sa garde. Sœur Klara Duha, qui a prononcé ses vœux définitifs en 1988, explique qu’elle a accepté de prendre en charge ces enfants à cause de la pauvreté de leurs parents. « Beaucoup d’enfants de Nias souffrent d’hydrocéphalie et de becs-de-lièvre, et certains sont paralysés. Beaucoup de parents y voient une malédiction, c’est pourquoi ils les abandonnent », explique-t-elle. En raison de cette mission auprès des enfants abandonnés, sœur Klara Duha a été appelée leur « ange gardien ». Beaucoup d’enfants de l’orphelinat Saint-Elisabeth Faomasi, fondé en 2008 avec le soutien du Rotary Club, la considèrent comme une mère. À l’origine, elle avait pensé fonder une clinique pour contribuer à soigner les malades de Nias ; mais beaucoup de malades étant des enfants, elle a finalement fondé un orphelinat pour les loger et les soigner. Aujourd’hui, le centre accueille 85 enfants âgés de deux mois à 18 ans. Près de 60 d’entre eux vont à l’école, du primaire au lycée. « J’accueille tous les enfants sans distinction, même si je n’ai pas assez d’argent. C’est une question d’humanité, dont nous devrions tous nous préoccuper. »

« Dieu me les envoie »

Sœur Klara Duha assure qu’elle trouve beaucoup de joie dans le soin des enfants malades et abandonnés. Elle ajoute que cette joie découle d’une vie de prière, et qu’elle est accentuée par la générosité des bienfaiteurs. « Je suis aussi pauvre que les enfants, mais Dieu a incité des donateurs à les aider », se réjouit la religieuse, qui vient elle-même de Nias. Elle explique qu’elle est inspirée par une phrase de l’Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » (Luc 10, 27) La religieuse ajoute que l’amour de Dieu est exprimé par la prière, et l’amour pour le prochain en lui venant en aide. Elle souligne que le nom « Faomasi » choisi pour le centre, issu du dialecte local de Nias, signifie « amour ». « Dieu me les envoie, et je dois les aider. Plusieurs personnes ont dit que j’étais folle parce qu’elles ont vu que je m’occupais des enfants alors que je n’avais pas d’argent », confie la religieuse, qui est elle-même la deuxième d’une fratrie de dix enfants. Sœur Klara Duha ajoute que cette capacité à s’occuper des enfants est un don de Dieu, et qu’elle l’a accepté comme une mission donnée par Dieu à travers l’Église.

Elle explique que son seul but est d’aider les gens, et que Dieu fait le reste grâce à des donateurs, dont un médecin allemand qui envoie de l’argent tous les mois pour l’orphelinat, sans compter de nombreux groupes et bienfaiteurs individuels. Un bâtiment et une clinique ont également pu être construits grâce à l’aide de Kompas, le plus grand quotidien national en Indonésie, mais elle n’a encore reçu aucun soutien du gouvernement. « Je suis reconnaissante envers tous les catholiques et les organisations qui me soutiennent », souligne la religieuse. Elle reste pourtant attristée par le fait que les proches des enfants accueillis ne viennent pas les visiter. Sœur Klara Duha, assistée par huit personnes, dirige le centre au quotidien. Parmi les 85 enfants accueillis au centre, se trouve Noverdelina Duha, une adolescente de 14 ans. Elle a été sauvée à l’âge d’un mois par la religieuse, alors qu’elle souffrait d’hydrocéphalie. « J’aurais pu mourir ou être jetée à la mer par mes parents sans l’intervention de sœur Klara. J’ai survécu grâce à son amour », se réjouit-elle, en ajoutant qu’elle aide la religieuse à s’occuper des plus jeunes enfants.

(Avec Ucanews, Jakarta)


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