Eglises d'Asie

Tokyo : la crise sanitaire et économique transforme la société japonaise et l’Église en profondeur

Publié le 27/06/2020




Le 25 mai dernier, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé la fin de l’État d’urgence et l’allègement de nombreuses restrictions sur les lieux de loisirs, en permettant la reprise des activités de la troisième puissance économique mondiale. Le 10 juin, l’archidiocèse de Tokyo a annoncé la reprise des célébrations à compter du 21 juin. Par ailleurs, les rassemblements publics sont possibles jusqu’à mille personnes, et les restrictions restantes concernant les boîtes de nuit et les salles de spectacles ont été levées le 19 juin. Malgré tout, les salles de jeux d’arcade silencieuses, les karaokés masqués et les bars izakayas à moitié vides sont devenus la nouvelle norme, affectant la vie sociale japonaise en profondeur.

La crise sanitaire a bloqué Tokyo, métropole bruyante et trépidante, pendant plusieurs mois, poussant les gens au télétravail et à éviter les trains bondés. Malgré la reprise de l’activité économique et la fin du confinement, de nombreux événements culturels et sportifs ont été annulés. Beaucoup d’habitants évitent encore de sortir le soir, et la pandémie a fortement affecté la vie sociale au Japon. Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo 2020, qui devaient avoir lieu cet été et permettre un soutien prometteur à l’économie japonaise, ont été reportés d’un an. Les Japonais ont suivi les appels du Premier ministre Shinzo Abe à pratiquer les « trois C » : éviter les espaces clos, les rassemblements concentrés et les contacts rapprochés. Dans leur attachement à pratiquer le jishuku (une forme d’autodiscipline et de responsabilisation personnelle), ils désignent ceux qui enfreignent les consignes sanitaires comme « Covidiots » et irresponsables. Les salles de jeux d’arcade silencieuses et les karaokés masqués font désormais partie de la vie quotidienne au Japon, alors que la troisième puissance économique mondiale a redémarré avec des consignes sanitaires strictes. Le gouvernement, qui manque de moyens juridiques pour mettre en œuvre certaines mesures préventives, se repose davantage sur la conscience sociale élevée de la population pour atteindre ses objectifs.

Avec plus de 5 900 cas d’infection dont 323 décès à ce jour, Tokyo, comme le reste du Japon, a été relativement épargnée par la vague de contagions massives qui a frappé l’ensemble du globe. En tout, au japon, plus de 18 000 personnes ont été testées positives au Covid-19, dont 971 sont décédées. Le 24 juin, Tokyo a enregistré 55 nouveaux cas – le nombre de nouvelles infections le plus élevé depuis le 5 mai –, en devenant la région la plus affectée sur les 47 préfectures japonaises. Le 19 juin, les autorités civiles de Tokyo ont levé les restrictions restantes concernant les boîtes de nuit et les salles de spectacles, et en autorisant les rassemblements publics jusqu’à mille personnes. Le 10 juin, l’archidiocèse de Tokyo, qui avait suspendu toutes les messes et rassemblements publics depuis le mercredi des Cendres, a annoncé la reprise des célébrations publiques et des petits rassemblements à compter du 21 juin, avec des restrictions imposées sur le nombre de participants. Les personnes âgées ont été invitées à rester chez elles, et les prêtres de plus de 75 ans devront éviter de distribuer la Communion et se reposer plutôt sur les laïcs. Toutes les paroisses n’ont pas pu rouvrir, en raison des difficultés à respecter les consignes sanitaires dans certaines petites communautés.

« La pandémie a ébranlé nos fondations »

Tokyo, avec une population de 14 millions d’habitants, est sortie de confinement après un allègement des restrictions. Les salles de sport, les théâtres, les salles de karaokés et autres lieux de loisirs ainsi que les bureaux ont pu rouvrir avec des consignes sanitaires adaptées, qui ont changé leurs modes de fonctionnement. Dans les karaokés, les clients doivent respecter une distance de deux mètres et porter un masque, sauf pour chanter ou manger. En temps normal, les participants seraient entassés dans des salles étroites et sans fenêtres pour chanter entre amis. La Japan Karaoke Box Association estime, de son côté, que les participants pourront se sentir en sécurité avec les nouvelles consignes. De leur côté, les salles d’arcade de Tokyo, connues pour être particulièrement voyantes et assourdissantes, ont baissé la musique au minimum. Dans les salles de sport, les membres devront porter un masque et désinfecter chaque machine après usage, selon les recommandations de la Fitness Industry Association. Les comédiens de théâtre sont censés porter un masque en permanence, même si des exceptions sont possibles. Les chaînes de télévision ont également été invitées à éviter les contacts rapprochés lors des tournages.

Du côté des bars izakayas et autres lieux de boisson, les propriétaires tentent de se réinventer pour survivre. Alors que beaucoup de gens télétravaillent et que les distanciations sociales sont toujours en vigueur, leurs capacités d’accueil ont été réduites de moitié. La culture de « l’afterwork » entre collèges, pratiquée depuis des décennies, a donc été fortement affectée. « Notre objectif est de construire une nouvelle forme de vie quotidienne », a déclaré le Premier ministre Shinzo Abe le 25 mai, en annonçant la fin de l’État d’urgence. Afin de soutenir l’économie, le gouvernement a annoncé une aide de 990 milliards de dollars US, afin de permettre aux commerces et aux foyers japonais de se relever. Takeshi Niinami, conseiller du gouvernement et PDG de Suntory Holdings (la société de fabrication et de distribution de boissons alcoolisées la plus ancienne du pays), estime de son côté qu’au moins 20 % des bars et restaurant ne survivront pas à la crise. « La pandémie a ébranlé nos fondations », reconnaît Tadao Nakashima, PDG de Bears Corp, qui travaille dans le secteur des izakayas depuis plus de vingt ans.

(Avec Ucanews, Kochi)


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