Eglises d'Asie

Tokyo : un hôpital catholique japonais en mission face à la crise sanitaire

Publié le 26/05/2020




Un hôpital catholique universitaire de Tokyo, dans un quartier ouvrier du sud de la capitale, accompagne les malades du coronavirus depuis le début de la crise sanitaire. Le Dr Yasuhiko Taira explique que l’établissement a voulu accompagner tous les patients « qui n’avaient nulle part où aller », alors que certains hôpitaux refusaient d’accepter les personnes infectées par le Covid-19 en début de pandémie. Au 25 mai, alors que le Japon a enregistré 16 251 infections dont 777 décès et que la situation s’est rétablies, l’hôpital accueille encore 40 cas d’infection sévères, trois mois après avoir admis les premiers passagers du navire de croisière Diamond Princess.

L’Hôpital catholique universitaire Sainte Marianne (Saint Marianna University Hospital), situé dans un quartier ouvrier du sud de Tokyo, s’est distingué durant la crise sanitaire pour son travail exemplaire face à la pandémie. Ainsi, l’établissement n’a pas hésité à ouvrir ses portes à tous les patients dès le début de la crise, tandis que d’autres hôpitaux refusaient de traiter les personnes atteintes du coronavirus. Trois mois après avoir traité les premiers passagers malades débarqués du navire de croisière Diamond Princess, l’hôpital accompagne une quarantaine de cas d’infection sévère, selon une dépêche de l’agence Reuters. Mi-avril, le nombre d’infections a commencé à chuter au Japon, et le pays a atteint une situation relativement confortable face à la pandémie mondiale – au 25 mai, le Japon avait confirmé 16 251 cas d’infection dont 777 décès. Quand l’hôpital Sainte Marianne de Tokyo traitait encore de nombre cas au début de la crise, en février, les établissements japonais, aussi bien privés que publics, ont rencontré de nombreuses difficultés, entre le manque de personnel spécialisé et de matériel de protection. Yasuhiko Taira, professeur de l’école de médecine, confie que l’hôpital a voulu respecter son engagement à « s’occuper de tous les patients du coronavirus qui n’ont nulle part où aller ». « Nous avons dit au personnel que oui, il y a un risque que vous soyez contaminés, et même si nous sommes médecins, nous ne pouvons pas y faire grand-chose. Mais si nous fuyons, qui s’en occupera ? » leur a-t-il demandé.

En 2021, l’hôpital célébrera le 50e anniversaire de sa fondation. Actuellement, le service des soins intensifs de l’établissement compte 11 patients. Leurs dossiers médicaux sont remplis de chiffres et d’acronymes. Les soignants sont équipés comme des cosmonautes ; le personnel intervient dans les zones dites rouges, jaunes ou vertes, tandis que les proches attendent dans des espaces réservés en portant des masques de protection. « Il est courant de n’observer aucun changement durant plusieurs semaines, avant de voir le patient finir par succomber », explique Fujitani, directeur du service, âgé de 54 ans. Selon le personnel hospitalier, 80 % des patients intubés ne s’en sortent pas. Le Dr Fujitani ajoute qu’une lente guérison est toujours source d’inquiétude pour les médecins. Il songe aussi au suicide d’un médecin de New-York, en service de soins intensifs, après avoir vu plusieurs dizaines de patients succomber. À l’hôpital Sainte Marianne, les soignants portent deux couches de gants, des visières et masques respiratoires ainsi que des blouses et surblouses médicales. Ils inscrivent les certificats de décès sur des iPads. À l’accueil, on peut voir des formulaires de consentement à l’essai de traitements expérimentaux, ainsi que la lettre manuscrite d’une personne endeuillée. « À vous tous qui travaillez malgré les risques d’infection, malgré vos propres inquiétudes et vos craintes, notre famille voudrait exprimer toute notre gratitude pour tout ce que vous avez fait », souligne ce proche. Yasunobu Tsuda, un infirmier dont la femme sort tout juste d’un congé de maternité, évoque la difficulté des conditions de travail pour les soignants face à la crise. « Quand vous rentrez chez vous, la première chose que vous voulez faire, c’est prendre votre enfant dans vos bras, mais vous ne pouvez pas. Je ne suis même pas sûr que mon enfant connaisse mon propre visage », ajoute Yasunobu Tsuda, qui porte un masque même à domicile.

(Avec Ucanews, Tokyo)


CRÉDITS

DR