Eglises d'Asie

Un évêque philippin s’oppose à la reprise du programme d’énergie nucléaire du gouvernement Duterte

Publié le 06/03/2020




Le 2 mars, Alfonso Cusi, le ministre philippin de l’Energie, a présenté sa proposition de reprise du programme nucléaire civil philippin lors d’une réunion de cabinet. Il l’a également envoyée au président Rodrigo Duterte le 20 février dernier. Salvador Panelo, porte-parole du président philippin, a confié que ce dernier doit approuver la proposition, encore à l’étude. Mgr Gerardo Alminaza, évêque de San Carlos, dans la province du Negros Occidental, s’est opposé au projet, estimant que « les risques liés au nucléaire dépassent de loin les bénéfices ». Les opposants philippins au nucléaire évoquent notamment la situation du pays, régulièrement exposé aux catastrophes naturelles comme les éruptions volcaniques, les séismes et les typhons.

Des militants philippins préparent un événement cycliste à Manille pour marquer l’anniversaire de la catastrophe de Fukushima (11 mars 2011).

Après les échanges virulents entre les évêques philippins et le gouvernement du président Rodrigo Duterte à propos de la guerre contre la drogue, de nouvelles tensions risquent d’apparaître alors que le gouvernement semble considérer l’option de l’énergie nucléaire pour répondre aux besoins du développement industriel du pays. Après les catastrophes de Fukushima et de Tchernobyl, Mgr Gerardo Alminaza, évêque de San Carlos dans la province du Negros Occidental, dans l’ouest de l’archipel philippin, estime que cela « ne vaut pas le coup » de prendre un tel risque. L’évêque, très engagé en faveur des énergies renouvelables, souligne que « ces accidents se sont produits dans des pays bien plus avancés que les Philippines en termes de technologie, d’infrastructures et d’expérience ». « C’est un rappel significatif des risques liés à l’énergie nucléaire, et les Philippines n’ont pas besoin de s’y exposer », a déclaré Mgr Alminaza, en réponse à une proposition du gouvernement de Duterte d’investir dans l’énergie nucléaire – une décision qui doit encore être approuvée par le président philippin. Une rencontre a eu lieu le 2 mars en présence du ministre de l’Energie, Alfonso Cusi, qui a présenté le plan nucléaire philippin. L’évêque de San Carlos a réagi en espérant que le président écoute son appel en faveur du développement des énergies renouvelables, qui représentent pour lui une source d’énergie « moins coûteuse et plus sûre ».

Le président Duterte s’est montré agressif et violent à plusieurs reprises contre l’Église locale depuis son élection. De nombreux prêtres et évêques n’ont pas hésité à faire part de leur opposition contre certaines politiques du gouvernement, en particulier vis-à-vis de la guerre contre la drogue, qui a entraîné près de 5 000 morts. Le porte-parole du président, Salvador Panelo, a confié aux journalistes que Rodrigo Duterte doit encore examiner la proposition. Cette fois-ci, Mgr Alminaza espère que la réponse du chef de l’État sera différente et qu’il n’approuvera pas le plan nucléaire. « Ce serait vraiment bénéfique pour notre pays, et ce serait un acte concret pour la protection de notre maison commune », confie l’évêque. L’énergie nucléaire est une question épineuse aux Philippines, et les opposants rappellent régulièrement combien le pays est exposé aux catastrophes naturelles comme les séismes, les éruptions volcaniques et les typhons. Une centrale nucléaire a été construite à Bataan, à cent kilomètres à l’ouest de Manille, sous le régime dictatorial de l’ancien président Ferdinand Marcos ; elle n’a jamais été mise en service, les opposants ayant dénoncé le choix du site de la centrale, construite près d’un volcan et d’une ligne de faille.

(Avec Ucanews et Asianews, Manille)


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Jay Directo