Eglises d'Asie

Un groupe d’indigènes de Mindanao échappe à l’exploitation dans l’île de Luzon

Publié le 05/07/2019




Un groupe de 32 agriculteurs de l’ethnie Lumad, accompagné d’un nourrisson de sept mois et d’un enfant de quatre ans, est arrivé à Manille le 2 juillet au matin. Les 32 Lumads ont fui un réseau de trafiquants de l’île de Luzon, dans le nord des Philippines, après avoir subi deux mois d’exploitation et d’abus sous l’autorité d’un homme d’affaires chinois peu scrupuleux. Nadja de Vera, membre du Syndicat des ouvriers agricoles (UMA) qui les a aidés à s’échapper, assure qu’ils sont en sécurité au siège de la Commission des droits de l’homme, une organisation indépendante philippine chargée d’enquêter sur les violations des droits de l’homme dans le pays.

Les 32 ouvriers agricoles qui ont été secourus sont originaires de la province de Bukidnon, dans le nord de l’île de Mindanao dans le sud de l’archipel. Les adultes y travaillaient comme tapaseros (coupeurs de canne à sucre) dans des plantations de Busco. Songeant à leur avenir, ils ont accepté l’offre d’un agent de recrutement local qui leur a promis un bon salaire et de bons postes. Durant deux mois, ils ont travaillé pour Arian Hao, propriétaire chinois d’une grande ferme piscicole de Pangasinan, une province du centre ouest de Luzon. « Arian Hao avait dit qu’il paierait les ouvriers 7 800 pesos [152 dollars] par mois. Mais en fait, ils ont été payés seulement 1 800 pesos [35 dollars], après avoir déduit la nourriture de leur paie », explique Nadja de Vera. « Mais ce n’est pas tout. Il forçait ses employés à travailler comme des esclaves, avec des tranches horaires de 6 heures du matin à 21 heures. Certains sont tombés malades. L’un d’entre eux a demandé à être transporté à l’hôpital, mais l’employeur a refusé et l’a frappé à la tête. C’est alors qu’ils ont songé à s’enfuir. »

Le 1er juillet, dans la nuit, ils ont finalement décidé de s’échapper. Ils ont escaladé les clôtures et franchi dix mètres de barbelés. Beaucoup se sont blessés aux jambes et aux bras, en déchirant leurs vêtements. Tous n’ont pas pu s’enfuir ; le groupe rescapé a expliqué que 28 autres personnes étaient avec eux, ainsi que dix autres qui étaient employés ailleurs. « Une fois qu’ils étaient dehors, ils ont pu contacter un activiste de l’UMA de Mindanao, qui sert de liaison avec Manille », explique Nadja de Vera. Sur les conseils de l’UMA, ils ont patienté près d’une église de Suwal, mais ils avaient trop peur d’être reconnus et ramenés de force. Finalement, le groupe a emprunté un bus à destination de la capitale, en offrant quelques téléphones portables en guise de billet faute d’argent, et a pu parvenir au siège de la Commission des droits de l’homme après six heures de voyage. « Ils sont encore épuisés et traumatisés », confie un volontaire qui souhaite rester anonyme. « Nous essayons de rassembler tous les témoignages, mais ce n’est pas facile. Pour certains, le tagalog est seulement leur troisième langue. Mais d’autres Lumads ont pu nous aider ; eux aussi ont fui l’exploitation et sont accueillis par la Commission. Il y a une belle solidarité entre les indigènes. » Aujourd’hui, l’UMA demande aux autorités d’ouvrir une enquête et rendre justice aux Lumads. « Nous avons demandé à la Commission des droits de l’homme de porter la cause des 32 victimes auprès des autorités », explique Nadja de Vera. « En attendant, nous avons demandé l’aide de quelques parlementaires, et nos avocats commencent à se pencher sur les procédures de l’affaire. »

(Avec Asianews)


CRÉDITS

Vincent Go