Eglises d'Asie

Un nouveau rapport international signale le déclin des libertés civiles en 2019 dans la zone Asie-Pacifique

Publié le 09/12/2020




Le 8 décembre, deux jours avant la Journée internationale des droits de l’homme, l’organisation internationale Civicus Monitor, un institut de recherche qui suit et évalue l’état des libertés civiques dans 196 pays, a publié un nouveau rapport intitulé People Power Under Attack 2019. L’organisation, qui dresse un bilan de l’évolution des libertés civiles au cours de l’année 2019, constate un net déclin en Asie. Sur 25 pays, seuls Taïwan, le Japon et la Corée du Sud sortent du lot. Le rapport cite notamment la censure, les lois sur la diffamation détournées ainsi que le harcèlement et la détention de manifestants.

Le 18 juillet 2020, des manifestants rassemblés au Monument de la Démocratie, dans le centre-ville de Bangkok.

Selon un nouveau rapport de l’organisation Civicus Monitor, un institut de recherche international qui suit et évalue l’état des libertés civiques dans 196 pays, les libertés fondamentales d’association, de rassemblement pacifique et d’expression ont chuté significativement dans la région Asie-Pacifique au cours de l’année 2019. Le rapport, intitulé People Power Under Attack 2019, a été publié le 8 décembre, soit deux jours avant la Journée internationale des droits de l’homme. L’organisation remarque qu’en 2019, on compte près de deux fois plus de personnes vivant dans des pays où les libertés civiles sont menacées par rapport à l’année précédente. Ainsi, en 2019, près de 40 % de la population mondiale vit dans des pays considérés comme répressifs en 2019, contre 19 % en 2018. Par ailleurs, près de 3 % de la population mondiale vit désormais dans des pays où les droits fondamentaux sont, en général, protégés et respectés – contre 4 % en 2018. Sur 196 pays, le rapport en classe 24 dont l’espace civique est considéré comme « fermé », 38 comme répressifs et 49 dont l’espace civique est cité comme « obstrué ». Seuls 43 pays sont cités comme ayant un espace civique « ouvert », et 42 sont classés comme « restreint ». Pour l’organisation, les attaques contre les libertés fondamentales et la société civiles ont augmenté dans la région Asie-Pacifique en 2019. Le rapport cite notamment cinq violations majeures : la censure, les lois répressives, les lois sur la diffamation (détournées pour viser les activistes et les opposants, notamment en Malaisie), le harcèlement et la détention de manifestants.

Un espace civique « restreint » en Asie

En Asie, sur 25 pays, 4 sont classés pour un espace civique « répressif » et 10 comme « obstrué ». Le rapport classe le Japon et la Corée du Sud avec un espace civique considéré comme « restreint » ; seul Taïwan est classé comme « ouvert ». « Nos recherches constatent que l’espace civique dans la région continue de régresser. Le pourcentage d’Asiatiques vivant dans des pays à l’espace civique fermé, répressif ou obstrué est aujourd’hui de 95 % », explique Josef Benedict, de Civicus Monitor. Le rapport exprime des inquiétudes particulières concernant l’Inde et Brunei. L’Inde a été classée pour un espace civique « répressif », notamment en raison des attaques contre les activistes et les journalistes. L’organisation déplore également l’usage de lois répressives pour réprimer les oppositions. Le gouvernement indien a également voté la loi FCRA (Foreign Contribution Regulation Act), afin de limiter et contrôler le financement étranger des ONG critiques envers le régime actuel. À Brunei, le rapport affirme que les libertés fondamentales, réprimées depuis des années, ont été une nouvelle fois attaquées avec une modification de la loi Charia, votée en avril 2019.

Pour l’organisation, la censure est la violation la plus courante en Asie, avec 20 pays concernés dans la région. La Chine reste classée en tête pour un régime répressif qui bloque tous les médias et réseaux sociaux critiques. Le rapport cite notamment le 30e anniversaire du massacre de la place Tiananmen et les manifestations pro démocratie à Hong-Kong, au cours desquels le gouvernement chinois a bloqué la couverture médiatique de ces événements en Chine continentale, en tentant de contrôler l’opinion publique et les réseaux sociaux. D’autres pays dont le Bangladesh, la Thaïlande et le Pakistan ont également eu recours à la censure. Le gouvernement bangladais a bloqué certains médias et sites internet critiques envers l’État. En Thaïlande, la censure a augmenté avant les élections générales de mars 2019 – des médias et des journalistes étrangers ont notamment été visés. Des journalistes ont également été visés au Pakistan, notamment concernant la mobilisation de la minorité Pachtoune.

Liberté d’expression et harcèlement

Au moins 18 pays asiatiques ont utilisé des lois répressives contre les droits démocratiques et politiques ; certains pays ont notamment imité les méthodes autoritaires chinoises pour conserver le pouvoir et contrôler la liberté d’expression. Ainsi, dans la région, les lois sur la diffamation sont couramment utilisées pour réprimer les membres de l’opposition et les activistes, notamment au Bangladesh, en Malaisie et aux Philippines. Le rapport cite également 18 pays asiatiques où des activistes et des journalistes ont été victimes de harcèlement. En Chine et au Vietnam, de nombreux activistes sont placés en résidence surveillée ou détenus. Au Cambodge, les membres de l’opposition du Parti du salut national du Cambodge (CNRP) sont constamment menacés. Dans son rapport, Civicus Monitor s’alarme également à propos des poursuites et harcèlement visant les manifestants hongkongais. Selon l’organisation, l’espace civique à Hong-Kong s’est refermé rapidement au cours des manifestations pro démocratie, qui ont débuté en juin 2019 contre une proposition de loi sur l’extradition. Les forces de l’ordre ont été accusées d’usage excessif de la force contre les manifestants, dont certains ont été arrêtés et poursuivis. Malgré une situation globale peu réjouissante en Asie, le rapport cite malgré tout quelques évolutions encourageantes, notamment aux Maldives avec l’abrogation d’une loi anti-diffamation, et en Malaisie avec la suppression d’une loi anti-fake news.

(Avec Ucanews)


CRÉDITS

Supanut Arunoprayote