Eglises d'Asie

Un nouvel accord de libre-échange dominé par la Chine signé à l’issue du sommet annuel de l’ASEAN

Publié le 19/11/2020




Le 15 novembre, le dernier jour du sommet annuel de l’ASEAN, quinze pays de la région Asie-Pacifique, dont les dix pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, ont signé un nouvel accord de libre-échange. L’accord RCEP (Partenariat régional économique global) couvre une région représentant près de 30 % du PIB mondial. L’Inde s’est retirée de l’accord au dernier moment, alors que la majorité des pays signataires espéraient un contrepoids de Delhi face à la puissance chinoise. Malgré ses réticences, le Japon a rejoint l’accord dans l’espoir de relancer son économie fragilisée par la crise.

Le nouvel accord commercial RCEP a été signé à l’issue du sommet annuel de l’ASEAN, organisé depuis Hanoï par vidéoconférence.

Quinze pays de la région Asie-Pacifique ont signé le Partenariat régional économique global (RCEP – Regional comprehensive economic partnership), le plus grand accord de libre-échange au monde. La signature du traité a eu lieu ce dimanche 15 novembre dans le cadre du sommet annuel de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est). L’accord comprend les dix pays de l’ASEAN (c’est-à-dire Brunei, la Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam), ainsi que la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle Zélande – une région qui couvre près de 30 % du PIB mondial. Les pays signataires de l’accord, frappés par la pandémie, espèrent que le partenariat RCEP puisse les aider à sortir de la crise actuelle. Le gouvernement japonais, qui avait déclaré que le pays ne ferait pas partie de l’accord en l’absence de l’Inde, a finalement signé le partenariat.

Retrait de Delhi

Selon les estimations de Tokyo, la participation de Delhi – qui a refusé l’accord au dernier moment – aurait pu servir de contrepoids contre la puissance chinoise. Mais poussés par le besoin de relancer leur économie, les autorités japonaises ont changé d’avis en rejoignant l’accord, pourtant dominé par Pékin. Le besoin d’un contrepoids indien face à la Chine était partagé par la majorité des pays signataires du RCEP. Ainsi, le communiqué de presse publié à l’issue de la signature de l’accord précise que l’Inde peut encore rejoindre le partenariat à tout moment. Delhi a refusé de signer, de peur de risquer d’aggraver le déficit commercial avec la Chine en rejoignant la zone de libre-échange. L’inde a également voulu protéger son secteur agricole contre la concurrence de pays comme l’Australie et la Nouvelle Zélande.

Expansion chinoise

Selon les analystes, l’accord RCEP ne devrait pas pouvoir compenser les conséquences négatives d’une guerre commerciale prolongée entre les États-Unis et la Chine. Toutefois, il pourrait contribuer à renforcer le poids géopolitique et stratégique de Pékin, qui avait déjà été renforcé en 2013 par le lancement des Nouvelles routes de la Soie (Belt and Road Initiative). Désormais avec ce nouvel accord de libre-échange, la Chine peut imposer de nouvelles réglementations sur de larges segments du commerce international. En effet, le nouveau partenariat mentionne la protection de la propriété intellectuelle, les télécommunications, les services financiers, les appels d’offres publics et l’e-commerce. Pourtant, l’accord RCEP reste en dessous des niveaux fixés par d’autres accords de libre-échange. Il devrait supprimer les frais de douane pour 91 % des produits concernés – un taux inférieur aux niveaux fixés par l’Accord global et progressif de Partenariat transpacifique (CPTPP), héritier de l’accord de partenariat transpacifique (TPP) voulu par l’ancien président américain Barack Obama, et par le traité commercial entre le Japon et l’Union européenne.

Protection des travailleurs et environnement

De plus, le RCEP ne dit rien sur le respect des normes internationales sur l’environnement et le droit du travail – deux domaines qui faisaient partie du TPP, signé en 2016 entre les États-Unis et onze autres pays de la région Pacifique. Le TPP, dont la zone représentait près de 40 % du PIB mondial, était vu par l’administration Obama comme un outil discret pour tenter de contrer l’expansion chinoise. Au début de son mandat, Donald Trump s’est retiré de l’accord, entré en vigueur en décembre 2018 en l’absence de Washington. Sept pays membres du TPP font également partie du RCEP. Les observateurs notent que le manque de réglementation sur la protection des travailleurs et de l’environnement risque de menacer l’Europe et les États-Unis en favorisant le dumping social et environnemental. Avec des bas salaires et des normes environnementales peu strictes, la Chine et les pays de l’ASEAN peuvent exporter leurs produits à des prix inférieurs à leurs concurrents américains et européens. C’est l’une des principales raisons derrière la guerre commerciale actuelle de Washington contre Pékin, et derrière la paralysie des négociations commerciales entre l’Europe et la Chine.

(Avec Asianews, Hanoï)


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