Eglises d'Asie

Un rapport critique le laxisme du gouvernement contre les violences religieuses

Publié le 05/01/2019




Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi n’agit pas de manière efficace contre les violences religieuses, affirme un rapport publié par le parlement britannique le 31 décembre, intitulé « Commentaire sur l’état actuel de la liberté de religion ou de croyance ». Quelques mois avant les élections nationales qui auront lieu en avril 2019, les militants pour les droits de minorités religieuses appellent à les défendre contre les violences. Le pays compte, sur une population d’1,2 milliards d’Indiens, 170 millions de musulmans et 28 millions de chrétiens.

Un rapport du parlement britannique, publié le 31 décembre et intitulé « Commentaire sur l’état actuel de la liberté de religion ou de croyance », se montre critique envers le laxisme du gouvernement indien face à la violence des extrémistes hindous contre les minorités religieuses. Le rapport, publié par le groupe britannique parlementaire multipartite pour la liberté de religion ou de croyance dans le monde, signale la montée de l’idéologie nationaliste hindoue de « l’hindutva » – qui définit l’Inde comme exclusivement hindoue – et qui a conduit à la montée des persécutions religieuses dans le pays. Le rapport affirme que les lois anti-conversion dans sept États indiens sont également utilisées pour menacer les musulmans et les chrétiens. Dans son chapitre consacré à l’Inde, le rapport du groupe parlementaire affirme que le Premier ministre Narendra Modi « a enfin condamné les violences des foules contre les minorités, mais le gouvernement reste peu actif contre la montée des violences religieuses ». Le rapport évoque une situation « particulièrement inquiétante », soulignée par les médias, qui affirment que certains membres du BJP, le parti nationaliste pro-hindou, ont des liens étroits avec le groupe hindou extrémiste RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh).

Montée de l’idéologie « hindutva »

Fondé en 1925, le groupe RSS tire son idéologie d’un mélange de légendes hindoues et de l’histoire ancienne de l’Inde. Le groupe affirme que l’Inde est une terre hindoue et que les minorités religieuses doivent accepter la suprématie hindoue si elles veulent vivre dans le pays. Les militants pour les droits des minorités dans le pays partagent les inquiétudes du rapport. Ils affirment que la situation a empiré depuis l’arrivée du BJP au pouvoir en 2014, quand les extrémistes ont vu la victoire du parti comme une invitation à poursuivre leur quête d’une nation hindoue. Adil Hussain, un militant basé à New Delhi, confie sa crainte que les violences contre les minorités religieuses continuent d’empirer. « Aujourd’hui, alors que les élections nationales sont prévues en avril prochain, il est à craindre que les violences augmentent. » Adil évoque des rassemblements récents de groupes hindous, demandant la construction d’un temple hindou à Ayodhya, dans l’État de l’Uttar Pradesh, où les extrémistes avaient détruit une mosquée il y a 26 ans au même endroit. « Les dirigeants des groupes nationalistes ont demandé ouvertement aux hindous de faire plus d’enfants et de les former à se battre contre les musulmans », confie Adil. « Ce poison se répand à travers le pays et laisse les minorités en grande difficulté. »

Le leader chrétien A. C. Michael affirme de son côté que de nombreux rapports signalent la montée des intolérances religieuses contre les chrétiens en Inde. Selon A. C. Michael, ceux qui sont impliqués dans les attaques antichrétiennes ont un certain niveau d’impunité à cause de l’accord tacite des autorités locales et de la police. Un rapport d’ADF-India, une organisation qui défend les droits des chrétiens indiens, cite 219 actes de violence contre des chrétiens, pour la plupart contre des femmes et des enfants, entre janvier et octobre 2018. « Malgré des centaines d’attaques antichrétiennes, la police n’a enregistré qu’un crime sur douze », dénonce A. C. Michael. « Ce qui est encore plus révoltant, c’est que les responsables politiques du pays ont gardé le silence sur les attaques et n’en ont pas condamné une seule. » Ishmail Ahmad, un chroniqueur politique basé à New Delhi, confie que plusieurs enquêtes révèlent que les minorités – en particulier les musulmans et les chrétiens – désapprouvent le fonctionnement du gouvernement BJP. La plupart d’entre eux affirment qu’ils ne veulent pas voir le BJP garder le pouvoir en Inde et qu’ils voteront en conséquence en avril. L’Inde compte une population de plus de 170 millions de musulmans sur 1,2 milliard d’habitants, selon le recensement officiel ; on compte 28 millions de chrétiens à travers le pays.

(Avec Ucanews, New Delhi)


CRÉDITS

Photo 1 Bijay Kumar Minj ; photo 2 Ucanews