Eglises d'Asie

Une paix fragile s’installe après les violences en Papouasie

Publié le 01/10/2019




D’après les autorités et la police locale, une paix fragile est revenue en Papouasie, dans l’est de l’archipel indonésien, après les violences de la semaine dernière qui ont entraîné au moins 35 morts et une centaine de blessés. La situation s’est rétablie le 26 septembre, mais la police et l’armée continuaient de patrouiller dans les rues de Wamena et de Jayapura, épicentres de la plupart des violences. Engelbert Surabut, qui travaille dans le bureau du chef du district de Jayawijaya, à Wamena, confirme que la situation est revenue au calme, mais que les habitants restent traumatisés par les derniers événements.

Au cours des violences qui ont frappé la Papouasie la semaine dernière, et qui ont entraîné 35 morts et une centaine de blessés dans l’est de l’archipel indonésien, plus de 5 000 personnes ont cherché refuge dans plusieurs centres d’hébergement d’urgence, auprès de la police, de l’armée, dans des églises ou dans des couvents. D’autres ont fui la ville, explique Engelbert Surabut, du bureau du district de Jayawijaya, à Wamena. « Beaucoup de bureaux sont restés fermés, et peu de boutiques étaient ouvertes ; beaucoup de personnes ont quitté la ville », affirme-t-il. « Les gens étaient paniqués, et ils avaient appris l’arrivée d’autres troupes, c’est pourquoi ils ont fui. » D’autres ont choisi de rester chez eux ou dans des abris, par crainte de nouvelles violences. La situation a explosé le 23 septembre à Jayapura, quand la police a tenté de disperser des centaines d’étudiants qui campaient dans l’université Cenderawasih de la capitale de la province, entraînant la mort de cinq personnes dont un militaire indonésien. Les manifestations et émeutes se succèdent depuis des attaques racistes contre des étudiants papous, survenues le 17 août à Surabaya (Java oriental), le jour de l’indépendance du pays. Le même jour, des violences sont survenues à Wamena, quand des lycéens ont organisé une manifestation contre un enseignant accusé d’avoir insulté des étudiants papous en les qualifiant de « singes », quelques jours auparavant. La manifestation devant le bureau du chef de district de Jayawijaya, d’abord pacifique, est devenue violente à l’intervention de la police. De nombreux bâtiments et maisons ont été brûlés.

Le porte-parole de la police de Papouasie, Ahmad Mustofa Kamal, a annoncé le 24 septembre la mort de 28 personnes suites aux violences de Wamena. De son côté, le site d’actualité indonésien Kompas.com évoquait le 26 septembre la mort de 30 personnes. Veronika Uaga, une résidente de Wamena, confie que sa famille et beaucoup d’autres personnes comptent rester dans un couvent où ils ont trouvé refuge en attendant que la situation se calme. « Il est trop tôt pour songer à rentrer, donc pour l’instant, nous restons au couvent de la congrégation de Jésus, Marie et Joseph. » Le père Aloysius Dabi, curé de la paroisse Saint-Stephan de Wamena, explique qu’au moins trois cents personnes sont logées au couvent, dont une majorité de femmes et d’enfants. Le prêtre confie qu’il regrette l’intervention de la police qui a tenté d’empêcher la manifestation. « La police s’est mise soudainement à lancer du gaz lacrymogène sur les manifestants », explique-t-il. « Les étudiants sont devenus fous et en fuyant, ils ont commencé à brûler le bureau du chef de district, des boutiques, des maisons… » Les autorités, de leur côté, accusent les militants indépendantistes d’avoir inventé l’histoire d’un enseignant raciste et d’être responsables des violences. Le chef de la police de Papouasie, Rudolf A. Rodja, assure qu’il s’agit d’un canular et que la police essayait de retrouver les personnes responsables. Le gouverneur de Papouasie, Lukas Enembe, s’était adressé, le 25 septembre, aux personnes déplacées en leur rendant visite à Wamena : « J’espère sincèrement que seuls les femmes et les enfants quitteront la ville, et que les autres resteront ici ; nous sommes tous indonésiens et sur le territoire indonésien. »

(Avec Ucanews, Jayapura)


CRÉDITS

Benny Mawel