Eglises d'Asie

Une plainte déposée au Jharkhand contre des religieuses pour conversion forcée

Publié le 06/12/2018




Quatre religieuses de la congrégation du Carmel apostolique sont visées par une plainte déposée auprès de la cour de l’État du Jharkhand, les accusant de tentative de conversion forcée contre une ancienne enseignante, renvoyée le 1er octobre. Il s’agit, dans cet État indien, d’une infraction pénale pouvant entraîner une peine jusqu’à quatre ans de prison, depuis une loi votée en 2017. Sœur Doris D’Souza, supérieure régionale de la congrégation, affirme qu’il s’agit d’une tentative de vengeance de la part de l’enseignante, ajoutant qu’elles ne sont pas là pour convertir mais pour apporter une éducation solide.

Un tribunal de l’État indien du Jharkhand a ordonné à la police de poursuivre quatre religieuses accusées d’avoir essayé de convertir une femme au christianisme. Leur supérieure a cependant répondu qu’il s’agissait d’une affaire de vengeance. Le tribunal de district de Ranchi, la capitale de l’État, a en effet demandé à la police de déposer des accusations contre la directrice d’une école catholique et contre trois autres religieuses liées à l’école. Une ancienne enseignante, Nalini Nayak, a affirmé qu’elle a été renvoyée le 1er octobre après cinq ans d’ancienneté parce qu’elle avait refusé de devenir chrétienne. La congrégation du Carmel apostolique, qui dirige l’école, affirme au contraire qu’elle a été renvoyée à cause de son comportement inadapté, malgré plusieurs avertissements. Pour sœur Doris D’Souza, supérieure régionale de la congrégation, cette plainte est « un acte de vengeance ». « Cette affaire est complètement fausse, elle est destinée à nous harceler et à ternir l’image de notre école, qui a créé il y a plus de cinquante ans », regrette sœur Doris.

La religieuse ajoute que Nalini Nayak a été renvoyée suite à « plusieurs plaintes de la part d’élèves et de parents d’élèves contre le comportement de l’enseignante, notamment à propos de châtiments corporels et de remarques méprisantes contre des élèves ». Parmi les incidents relevés contre l’enseignante, celle-ci aurait giflé une fillette indigène de cinq ans et fait des remarques insultantes sur sa couleur de peau. Les parents de celle-ci ont déposé une plainte le 26 juillet contre Nalini Nayak. Celle-ci a été renvoyée suite à l’enquête d’une commission interne, qui a constaté qu’elle avait violé le règlement de l’école et les directives de l’État en matière d’éducation. Les autorités de l’État ont reçu plus de vingt plaintes contre l’enseignante de la part de ses élèves ou de leurs parents. Sœur Doris ajoute que des enregistrements de caméras de surveillance montrent plusieurs images de ces abus. L’avocat de Nalini Nayak, Avnish Rajan Mishra, a déclaré que la police allait également poursuivre les religieuses pour « association de malfaiteurs » et « tentatives de violences ».

« Nous sommes là avant tout pour enseigner »

Selon la plainte déposée par l’enseignante, celle-ci accuse les religieuses de l’avoir poussée à assister aux services religieux du campus. « Le 27 septembre, la directrice m’a appelée dans son bureau et m’a menacée en me disant que je pourrais être tuée si je refusais de me convertir au christianisme. Le 1er octobre, j’ai été renvoyée. » Sœur D’Souza souligne de son côté qu’en cinquante ans, « des milliers d’enfants ont étudié dans nos écoles, mais personne n’a jamais fait d’accusations pareilles contre nous ». Elle ajoute que deux des religieuses citées dans la plainte ont plus de 80 ans et ne participent pas aux activités de l’école. « Nous ne sommes pas là pour convertir qui que ce soit, mais pour apporter une éducation solide », poursuit-elle. Les chrétiens au Jharkhand sont menacés par les violences et par les persécutions des groupes hindous extrémistes opposés au christianisme, en particulier depuis l’arrivée au pouvoir du BJP (Bharatiya Janata Party) dans l’État en 2014. En 2017, le Jharkhand a voté une loi faisant des conversions forcées une infraction pénale. Les autorités chrétiennes ont affirmé que les services rendus dans les domaines de l’éducation ou de la santé peuvent facilement être interprétés à tort comme des violations de cette loi, qui peut entraîner des amendes ou des peines de prison pouvant aller jusqu’à quatre ans. Des lois similaires existent dans sept États indiens, mais aucun chrétien n’a encore été condamné pour conversion forcée.

(Avec Ucanews, Bhopal)


CRÉDITS

Sumita Roy Dutta