Eglises d'Asie

Une résolution adoptée par l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires liées à la guerre antidrogue

Publié le 13/07/2019




Le 11 juillet, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a voté le lancement d’une enquête sur les meurtres survenus aux Philippines dans le cadre de la guerre du gouvernement contre la drogue. La résolution a été initiée par l’Islande et adoptée par vote avec 18 pays membres favorables, 14 contre dont la Chine, et 15 abstentions dont le Japon. Le Conseil des droits de l’homme doit présenter un rapport détaillé sur la situation des droits de l’homme aux Philippines d’ici juin 2020. Le gouvernement philippin a dénoncé la résolution adoptée comme « partiale » et « irrespectueuse » envers la souveraineté du pays. Les ONG et plusieurs responsables catholiques ont déjà approuvé la nouvelle mesure.

Le 11 juillet, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a adopté une résolution dans le cadre de la guerre antidrogue du gouvernement, afin d’enquêter sur les nombreuses accusations de violations des droits de l’homme aux Philippines. La résolution appelle également le gouvernement à coopérer avec les experts et les dispositifs de l’ONU. De plus, elle demande au gouvernement philippin de « prendre toutes les mesures nécessaires contre les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées », et invite le gouvernement à « mener des enquêtes impartiales et à poursuivre les coupables en justice ». Avant le vote de la résolution, le gouvernement philippin l’avait dénoncée et avait cherché à la bloquer. Son adoption a été accueillie favorablement par les ONG qui la considèrent comme essentielle pour enquêter sur la responsabilité du gouvernement. Laila Matar, directrice adjointe de l’organisation Human Rights Watch à Genève, estime que la résolution apporte « de l’espoir à de nombreux survivants et aux familles des victimes », bien qu’elle la décrive comme « une mesure modeste mais vitale ». Pour l’ONG philippine Karapatan, l’adoption de la résolution est « un signe de revanche contre les fake news, les désinformations et les menaces du gouvernement philippin ». La secrétaire générale de l’ONG, Cristina Palabay, confie toutefois que la résolution « ne mettra pas nécessairement fin aux mesures et aux campagnes qui ont touché tant de vies parmi les communautés et les familles philippines ». « Certes, le combat pour la justice progresse face à l’aggravation de la situation des droits de l’homme dans le pays. Beaucoup reste encore à faire, mais les conditions sont réunies pour avancer », ajoute-t-elle.

Une résolution « partiale » selon le gouvernement philippin

Le gouvernement philippin a dénoncé la résolution comme « partiale, étroite et partisane », et « totalement dénuée de respect envers la souveraineté de notre pays », a déclaré Salvador Panelo, le porte-parole du président Rodrigo Duterte. Le porte-parole a ajouté que la résolution était une insulte aux yeux d’une majorité de Philippins qui se disent satisfaits de la politique menée par le président Duterte. Salvador Panelo a affirmé que la résolution était « destinée à embarrasser les Philippines aux yeux de toute la communauté internationale », estimant que les pays qui ont voté pour ont été « trompés » par « les fausses nouvelles incessantes ». Teodoro Locsin Jr., Secrétaire d’État philippin aux Affaires étrangères, a remarqué que la résolution a été approuvée par « une petite minorité » au sein du Conseil des droits de l’homme. « De telles résolutions peuvent être ignorées et elles le seront. Il n’y aura aucunes conséquences », a-t-il déclaré. De leur côté, plusieurs prêtres et évêques ont salué la décision. « Il était temps », confie le père Flavie Villanueva, qui n’a pas hésité à prendre la parole ouvertement contre les exécutions extrajudiciaires. Il espère que le Conseil des droits de l’homme ne sera pas intimidé par les menaces du gouvernement, et que la justice pourra être rendue pour permettre de commencer « la guérison et la transformation du pays ». Les autorités philippines ont reconnu la mort d’au moins 6 600 personnes dans le cadre des opérations de police antidrogue, depuis l’arrivée du président Rodrigo Duterte au pouvoir. La police s’est justifiée en affirmant que les victimes interpellées avaient riposté lors des opérations de police. Les ONG engagées dans le pays ont estimé, en revanche, que le bilan s’élevait plutôt à plus de 27 000 victimes.

(Avec Ucanews, Manille)


CRÉDITS

Basilio Sepe