Eglises d'Asie

Une trentaine de villes indiennes participent à une opération de sensibilisation sur la situation des sans-abris

Publié le 13/12/2019




Dans la nuit du 7 au 8 décembre, une trentaine de villes indiennes ont participé à l’opération baptisée « World’s big sleep out », qui invitait les participants à dormir une nuit dans la rue en signe de solidarité avec les sans-abris. Près de 60 000 personnes y ont pris part à travers le monde, notamment à Delhi, à Hong-Kong et à Manille, afin d’alerter l’opinion publique sur la détresse des sans-abris et de collecter des fonds pour leur cause. À Indore, capitale commerciale de l’État du Madhya Pradesh, des catholiques se sont joints à une centaine de participants. Parmi eux, le père Roy Thomas, l’un des organisateurs de la Campagne à Indore, qui regrette que « 70 ans après l’indépendance, un pays démocratique comme l’Inde ne soit pas capable de mettre fin à cette situation ».

Dans la ville d’Indore (Madhya Pradesh), dans la nuit du 7 au 8 décembre, une centaine de personnes prenait part à l’opération « World’s big sleep out » auprès des sans-abris.

Plusieurs milliers d’habitants d’une trentaine de villes indiennes ont organisé une opération de solidarité, dans la nuit du 7 au 8 décembre, auprès des sans-abris en Inde et à travers le monde. L’opération, baptisée « World’s big sleep out », invitait les participants à dormir dans la rue afin d’alerter l’opinion publique et les autorités sur la détresse des sans-abris, et de collecter environ 50 millions de dollars pour leur venir en aide. Environ 60 000 personnes y ont pris part dans le monde entier, notamment à Delhi, Hong-Kong et Manille. Parmi eux, des catholiques d’Indore, capitale commerciale de l’État du Madhya Pradesh, se sont joints à un groupe d’une centaine de personnes qui participaient à l’opération. « C’était une expérience totalement nouvelle pour moi », confie sœur Shalini Lakra, assistante sociale, après avoir passé la nuit sur le trottoir à Indore.  Elle explique qu’elle-même et d’autres participants avaient des vêtements chauds pour se protéger du froid durant la nuit. « Ce n’est pas le cas de beaucoup de sans-abris qui dorment dans la rue, sous les arbres ou sous les ponts », ajoute-t-elle. En cette saison, dans le centre nord de l’Inde, les températures peuvent varier entre zéro et sept degrés Celsius. Dans le pays, 925 personnes en moyenne meurent à cause du froid durant l’hiver. Entre 2011 et 2014, ce chiffre s’est élevé à près de 3 700, selon les enregistrements officiels. « C’est une tragédie, quand même 70 ans après l’indépendance, un pays démocratique comme l’Inde n’est pas capable de trouver un abri pour les nôtres », regrette le père Roy Thomas, l’un des organisateurs de la Campagne à Indore. Le prêtre dirige l’association Janvikas Society, qui travaille auprès des chiffonniers. « Il nous faut devenir plus généreux et conscients des combats et des souffrances de ceux qui nous entourent », insiste-t-il.

Au moins 1,77 million de sans-abris

Selon les chiffres du gouvernement fédéral indien, le pays compte 1,77 million de sans-abris qui dorment dans la rue, sur les quais de gare ou sous les ponts. « Mais le chiffre réel est sans doute bien plus élevé du fait des nombreux foyers qui perdent tout chaque année à cause des intempéries », ajoute le père Roy Thomas. « Nous avons dormi une nuit dans la rue, mais nos frères et sœurs vivent tous les jours dans des conditions terribles. Imaginez ce qu’ils doivent subir quand il pleut, par exemple. Nous devons trouver une solution. Le gouvernement et ceux qui le peuvent doivent s’associer pour mettre fin à cette situation dans notre pays », demande-t-il. « Il est paradoxal de constater que d’un côté, nous avons de grandes maisons avec beaucoup de pièces mais où personne ne vit, alors que des millions de personnes vivent dans la rue sans rien pour s’abriter. » Sonu P. Yadav, qui travaille avec l’ONG Indo Global Social Service Society, confie que la situation en Inde est « inquiétante alors qu’ils sont privés même de l’essentiel et de leurs droits fondamentaux ». Selon une étude, menée par son organisation dans les États de l’Andhra Pradesh, du Maharashtra, du Jharkhand, de Bihar et du Tamil Nadu, les sans-abris n’ont en général aucun papier pour prouver leur citoyenneté et leur identité. Non seulement des hommes, mais aussi des femmes, des enfants et des personnes âgées meurent tous les ans dans la rue. Une situation qui a causé, par exemple, la mort d’au moins 263 garçons et 103 filles de moins de 14 ans entre 2001 et 2014. « Le sors des femmes et des enfants sans-abris est alarmant », alerte le père Thomas, qui demande au gouvernement de se concentrer tout particulièrement sur ce problème. « Dans la rue, ils sont exposés à de nombreuses formes d’abus physiques, sexuels et psychologiques », poursuit-il.

(Avec Ucanews, Indore)


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