Eglises d'Asie

Une vague de violences cible les chrétiens dans l’État du Chhattisgarh

Publié le 06/01/2023




Dans l’État du Chhattisgarh, les attaques perpétrées par des groupes hindous à l’encontre des communautés chrétiennes se multiplient. Les violences antichrétiennes étaient déjà en augmentation depuis quelques années, dans cet État pauvre à l’importante population aborigène. Mais les incidents redoublent depuis octobre. Des lieux de culte et des habitations ont été vandalisés et des familles ont été chassées ou ont fui leur village. Les derniers évènements ont eu lieu les 1er et 2 janvier dans le district de Narayanpur.

Des villageois indiens lors d’une manifestation en 2019 (Gumla, Jharkhand).

De courtes vidéos prises sur des téléphones portables montrent un homme détruisant à coups de bâton une statue de la Vierge Marie, des émeutiers s’opposant aux forces de police, et l’intérieur d’une église vandalisée, avec notamment une statue du Christ brisée au sol. Ces images, devenues virales sur les réseaux sociaux, ont profondément choqué.

Elles ont été enregistrées lors de l’attaque de l’église catholique du Sacré-Cœur, perpétrée le 2 janvier par des extrémistes hindous, qui se mobilisent depuis plusieurs semaines dans la région autour de la question des « conversions religieuses ». L’église qui a été ciblée se situe dans un village du district de Narayanpur.

Un officier de police a été blessé à la tête après avoir été visé en tentant de contenir les émeutiers. « Nous sommes profondément attristés et affligés par le vandalisme odieux perpétré aujourd’hui contre l’église catholique et le presbytère de Narayanpur, dans le diocèse de Jagdalpur », a réagi sur-le-champ Mgr Victor Henry Thakur, archevêque de Raipur, la capitale du Chhattisgarh (dans l’est de l’Inde).

Le surlendemain, la police a arrêté cinq personnes, parmi lesquelles deux représentants locaux du BJP (Parti du Peuple indien), le parti nationaliste hindou au pouvoir en Inde. Alors que les tensions sont fortes, la police a également été déployée pour prévenir toute nouvelle violence.

Ces derniers évènements font suite à une série d’attaques opposant différents groupes aborigènes (Adivasis) qui vivent dans cette région forestière.

Les assaillants, de confession hindoue, accusent les villageois d’être convertis au christianisme par des missionnaires. Ces imputations de conversion ne sont pas nouvelles et sont régulièrement brandies par les extrémistes hindous, en dépit de la stabilité démographique de la minorité chrétienne en Inde, qui compte pour moins de 2,5 % de la population.

« Une campagne est en cours pour reconvertir les Adivasis chrétiens »

À l’inverse, et selon certains témoignages publiés dans la presse indienne, plusieurs chrétiens ciblés par les attaques auraient auparavant reçu des messages de menaces leur ordonnant de se convertir à l’hindouisme. Ce scénario est corroboré par une étude indépendante menée sur le terrain par quatre organisations qui ont cherché à comprendre le mécanisme des violences actuelles : le centre CSSS (Centre for Study of Society and Secularism), le forum AIPF (All India Peoples Forum), l’association AILAJ (All India Lawyers Association for Justice) et le Forum chrétien uni (United Christian Forum).

« La tension dans la région est due au fait qu’une campagne est en cours pour reconvertir les Adivasis chrétiens à la religion hindoue », indique le rapport publié. Cette enquête souligne également qu’une « série d’attaques a visé 18 villages de Narayanpur et 15 villages de Kondagaon entre le 9 et le 18 décembre, provoquant le déplacement de 1 000 Adivasis chrétiens. Certains d’entre eux ont été forcés de se convertir à l’hindouisme ». Par ailleurs, les communautés chrétiennes de plusieurs villages ont été attaquées et leurs maisons saccagées. Redoutant de nouvelles violences, de nombreuses familles ciblées se sont réfugiées dans la forêt.

« Les premières alertes de la campagne visant à convertir les chrétiens ont eu lieu en octobre, mais les autorités locales ont ignoré ces alertes, notamment des menaces et des intimidations visant les Adivasis chrétiens », dénonce le rapport. Toujours d’après cette enquête, 21 familles chrétiennes auraient été conduites de force au temple hindou, leurs bibles confisquées, et certains auraient été obligés de chanter des prières hindoues. « De nombreux Adivasis chrétiens ont été battus et agressés au moyen de bambous, de pneus, de bâtons. Au moins deux douzaines de personnes ont été hospitalisées en raison des fractures occasionnées », a déclaré Irfan Engineer, directeur du Centre for Study of Society, lors d’une conférence de presse.

Les violences antichrétiennes ont augmenté de 220 % en Inde depuis 2014

Réagissant fermement face au dernier incident du 2 janvier, qui a été très médiatisé, la police a arrêté cinq personnes. Parmi ces responsables présumés ont été remarqués les noms de Roop Sai Salam, président du BJP à l’échelle du district, et de Narayan Markam, son prédécesseur. D’après le site d’information The Quint, « ces deux leaders sont le visage du mouvement anti-conversions et pro-hindou du BJP dans la région ».

Avec leurs camarades, les deux hommes avaient appelé à un rassemblement, le 2 janvier, pour protester contre les conversions religieuses. Près de 2 000 personnes s’étaient réunies, et c’est dans ce contexte que les violences ont éclaté au cours de l’après-midi. Le parti d’opposition du Congrès a quant à lui accusé le BJP de mettre en œuvre une stratégie visant à créer la division entre les communautés aborigènes à des fins politiques et électorales.

En Inde, le sort des minorités religieuses, musulmans en tête, ne cesse de se dégrader depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, du Premier ministre Narendra Modi et de son parti nationaliste hindou. Depuis 2011, au moins 450 ONG chrétiennes se sont vues retirer leurs financements. Plusieurs législations mises en place sont à la défaveur des chrétiens, notamment les lois anti-conversions qui ont été adoptées par neuf États de l’Inde et qui sont parfois utilisées pour arrêter sommairement des membres des minorités religieuses.

D’après l’Alliance Defending Freedom, une organisation caritative basée aux États-Unis, les violences antichrétiennes ont augmenté de 220 % depuis 2014. En 2022, l’Inde a été classée parmi les dix pays les plus dangereux au monde pour les chrétiens.

(EDA)


CRÉDITS

Jharkhand Janadhikar Mahasabha / csss-isla.com (Ucanews)