Eglises d'Asie

Vanguard Bank, nouveau territoire disputé en mer de Chine méridionale entre Hanoï et Pékin

Publié le 20/07/2019




De nouvelles tensions sont apparues récemment en mer de Chine méridionale entre Hanoï et Pékin, pour le contrôle des ressources souterraines – pétrole et gaz naturel. La marine chinoise s’oppose aux marines vietnamiennes et malaisiennes à propos d’un minuscule récif, le Vanguard Bank, situé dans l’archipel des Spratleys et contesté par les six pays riverains (Chine, Vietnam, Malaisie, Indonésie, Brunei, Philippines). Le récif compte trois avant-postes vietnamiens revendiqués par la Chine en exclusivité. Le niveau de tension est monté courant juillet, quand un bâtiment de la marine chinoise, le Haiyang Dizhi 8, est entré dans la région du 3 au 11 juillet pour des missions d’explorations, en recherche d’hydrocarbures.

Le bâtiment était accompagné de deux navires militaires chinois, pour un soutien logistique et opérationnel. Contrairement aux îles Spratleys et Paracels, qui sont disputées par les pays alentour depuis de nombreuses années et qui font régulièrement la une des médias, le Vanguard Bank est peu connu, même des Vietnamiens eux-mêmes. Les premiers signes de tensions ont été signalés par un tweet envoyé récemment par Ryan Martinson, professeur au NWC (US Naval War College), qui évoquait l’entrée d’un navire chinois dans la région contrôlée par la marine vietnamienne. « Le but apparent du Haiyang Dizhi 8 était de mener une enquête sismique », a-t-il écrit, alors que la marine vietnamienne se serait opposée à une telle intervention. « Cette situation est une nouvelle source de tensions », a ajouté Ryan Martinson. En réponse à l’intervention chinoise, Hanoï a envoyé quatre navires douaniers afin de revendiquer la souveraineté vietnamienne sur la région, située dans la Zone économique exclusive (ZEE) du pays (c’est-à-dire à moins de deux cents milles nautiques des côtes vietnamiennes). Ces tensions se sont poursuivies durant une dizaine de jours, entre coups de semonce et jets de canons à eau. Selon Hanoï et les conventions maritimes internationales, les eaux entourant Vanguard Bank appartiennent au Vietnam, comme une extension de ses côtes méridionales.

Pourtant, récemment, Pékin a commencé des missions d’explorations en recherche d’hydrocarbures et de gaz naturel, faisant de la région un nouveau territoire disputé. Depuis 2009, la Chine tente de gagner du terrain sur la région, faisant pression contre des sociétés britanniques (British Oil Company, BP) et espagnoles (Repsol) pour les inciter à abandonner le secteur. À ce jour, le dernier épisode des tensions autour de Vanguard Bank est survenu le 12 juillet, quand deux bâtiments chinois et quatre patrouilleurs vietnamiens ont échangé des tirs. Hanoï, de peur de perdre le contrôle et sa souveraineté sur la région, a lancé l’alerte et concentré ses forces maritimes sur ce territoire. Ces tensions maritimes ont eu lieu alors que la présidente de l’Assemblée nationale vietnamienne, Nguyen Thi Kim Ngan, était en visite officielle en Chine. Durant toute la période de la visite, les médias et journaux officiels vietnamiens n’ont pas évoqué le sujet, sans doute pour éviter d’envenimer les tensions avec Pékin. La question a été soulevée par la porte-parole du ministère vietnamien des Affaires étrangères, Le Thi Thu Hang, qui a évoqué l’entrée du bâtiment Haiyang Dizhi 8 dans les eaux vietnamiennes dans une note, affirmant qu’une telle invasion dans les eaux territoriales vietnamiennes était « une violation des lois internationales et de la convention des Nations unies de 1982 ». La porte-parole a conclu son intervention en assurant que Hanoï comptait régler ce conflit « pacifiquement », en contraste avec l’attitude agressive manifestée par la Chine qui n’a pas hésité à déployer des bâtiments de guerre. De telles tensions représentent en effet un risque géopolitique majeur, la mer de Chine méridionale étant l’une des routes maritimes les plus fréquentées.

(Avec Asianews, Hanoï)


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