Eglises d'Asie

Le suicide est devenu un problème majeur dans le pays

Publié le 18/03/2010




En 1991, pour la première fois, la Thaïlande est arrivée en troisième position dans le monde pour le nombre des suicides. Le Dr Athasith Vejjajiva, secrétaire d’Etat à la Santé publique, a annoncé lors d’une conférence de presse que le taux de suicides était passé à 7,7 pour 1 000 en 1991. Il a estimé que ce chiffre, qui a doublé en dix ans, pourrait encore augmenter dans les années à venir.

M. Yothin Sawaengdee, de l’université Mahidol, explique qu’il y a deux raisons majeures à ce phénomène de société. D’une part, dit-il, un nombre croissant d’hommes et de femmes n’arrivent pas à s’adapter au rythme des changements imposés par l’évolution sociale et industrielle du pays. D’autre part, dans le domaine psychologique, de plus en plus de gens souffrent d’un sentiment d’infériorité et possèdent une image négative d’eux-mêmes. “Le peuple thaïlandais vit aujourd’hui à la jonction de la tradition et de la modernitédéclare le professeur.

M. Yothin ajoute encore que la vie communautaire traditionnelle est en train de disparaître sous les coups d’une économie individualiste. Par ailleurs, dit-il, “le bouddhisme n’est la religion nationale de la Thaïlande que nominalement et son influence est devenue très superficielle chez beaucoup

Le professeur estime aussi que le changement de perception de la pauvreté joue un rôle majeur dans l’accroissement du nombre des suicides: “Auparavant, la pauvreté n’était pas vécue comme une situation d’infériorité; les pauvres pouvaient vivre. Mais aujourd’hui, être pauvre signifie n’être rien, n’avoir ni valeur ni dignité en tant qu’être humain”.

Selon les statistiques publiées, le groupe à risque le plus important est celui des 15-35 ans. Le second, curieusement, est celui des fonctionnaires de l’Etat. Il y a aussi davantage de suicides dans les villes que dans les campagnes, et dans la population citadine d’origine rurale que chez ceux qui sont nés dans les villes.

Les recherches effectuées à l’université Mahidol montrent encore que le nombre des suicides depuis 1972 a augmenté à la même vitesse que le produit national brut, ce qui tend à faire penser que l’évolution économique du pays est l’élément essentiel d’explication de ce phénomène.

M. Yothin Sawaengdee critique sévèrement le gouvernement thaïlandais qui, selon lui, n’a pas pris la mesure de ce problème de société. Le ministère de la Santé, dit-il, est incapable de fournir des statistiques dignes de foi, et très peu d’efforts sont faits dans le domaine de la santé mentale.