Eglises d'Asie

LETTRE PASTORALE DE LA CONFERENCE EPISCOPALE CLANDESTINE

Publié le 18/03/2010




Décembre 1994

Chers frères et soeurs dans le Christ

Puissent l’amour de Dieu notre père, la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ et les dons du Saint-Esprit être avec vous tous. Cette année est le sept-centième anniversaire de la mission du bienheureux Jean de Montcorvin, archevêque de Pékin en Chine. Ceci coïncide aussi avec le cinquième anniversaire de l’établissement de la Conférence nationale des évêques catholiques romains chinois. Bénis par ces deux grandes occasions, nous voulons nous adresser à vous dans cette lettre pastorale.

L’histoire de l’évangélisation en Chine est longue. Depuis l’Ascension de Notre-Seigneur et son commandement de proclamer la Bonne Nouvelle du salut à toutes les nations, l’apôtre saint Thomas a voyagé au moins jusqu’en Inde. D’autres recherches montrent qu’il est arrivé jusqu’en Chine. Un revue française a discuté de cette question juste avant que la Chine ne devienne communiste en 1949. Un archéologue a découvert une croix de fer gravée d’un texte se rapportant à l’Eglise et d’un emblème de Sun Wu des trois royaumes qui sont des preuves d’activité missionnaire en Chine au cours des premiers siècles. L’empereur Tai Zong de la dynastie des Tang donna l’ordre à son premier ministre de recevoir un missionnaire nestorien avec bienveillance et comme un hôte de marque. Ensuite, au temps du P. Matteo Ricci, un monument de pierre fut déterré dans le Shanxi avec l’inscription suivante : ” La diffusion du nestorianisme en Chine”. Le nestorianisme est une hérésie et une Eglise schismatique.

L’histoire chinoise considère l’archevêque Montcorvin comme le pionnier des activités missionnaires occidentales en Chine. En ce sept-centième anniversaire de sa mission en Chine nous nous devons de le commémorer. La date, le lieu et la forme de cette commémoration ne sont pas importants. L’accent doit plutôt être mis sur le modèle qu’il nous offre dans ses relations avec les autres, dans sa proclamation de l’Evangile sur des milliers de kilomètres, sans souci des difficultés et des dangers pour sa vie, dans la fidélité à l’esprit de Jésus-Christ. En lui nous avons un modèle de fidélité au Saint-Siège, d’obéissance et de loyauté à la mission reçue du Saint-Père.

Dans une lettre au futur archevêque Montcorvin en 1307, Sa Sainteté le pape Clément V le loue en ces termes : “Nous savons de source fiable que depuis de longues années vous démontrez un grand zèle missionnaire. Avec la permission de votre supérieur vous êtes allé dans la capitale de la Mongolie (aujourd’hui Pékin), pour proclamer l’Evangile au peuple. Guidé par l’Esprit-Saint, vous avez beaucoup fait et vous avez beaucoup baptisé. Par conséquent nous vous donnons maintenant une autorité spéciale. Après votre ordination épiscopale vous aurez autorité pour ordonner d’autres évêques, des prêtres, des diacres et pour donner mission aux religieux dans le royaume Yuen (la Chine); vous aurez aussi l’autorité pour les gouverner comme nous gouvernons l’Eglise en Occident. Par la présente, nous donnons aussi ce pouvoir spécial au successeur de l’archevêque de Han Ba Li (Pékin). Cependant, ce pouvoir est accordé à une condition : l’obéissance et la soumission à l’autorité suprême du pontife romain en même temps que l’acceptation du pallium d’archevêque. Nous voulons vous rappeler aussi, comme vous l’avez déjà fait auparavant, d’utiliser des peintures décrivant des scènes du Nouveau Testament pour orner vos futures églises afin que même ceux qui ne savent ni lire ni écrire puissent contempler les mystères de l’oeuvre de Dieu dans ces dessins”.

Cette lettre papale peut nous apprendre beaucoup de leçons importantes et bénéfiques et elle est une source d’inspiration pour nous. D’abord, nous apprenons que l’archevêque Montcorvin était obéissant à son supérieur. Les transports en ces temps-là étaient très difficiles. Pendant le long trajet d’Italie en Chine, beaucoup des compagnons de l’archevêque étaient morts. Ensuite, nous apprenons que le pouvoir spécial d’ordonner des évêques n’est pas quelque chose de récent. Cette pratique en Chine est vieille de sept cents ans. Plus important, les évêques ordonnés doivent obéir et se soumettre à l’autorité suprême du souverain pontife; parce que l’obéissance au pape comme vicaire du Christ sur la terre est la condition fondamentale de l’autorité propre de l’évêque. Il est important, par conséquent, que nous reprenions ce commandement et cet enseignement essentiels du pape, qui s’appliquent même au temps présent. En conséquence, nous appelons les clercs et tous nos frères et soeurs en Christ à s’unir et à étudier sérieusement cet enseignement permanent des papes pour l’imprimer dans nos esprits et le mettre en pratique. Nous vous appelons tous à partager cet enseignement avec vos parents et vos amis afin de compléter la mission glorieuse que Dieu nous a donnée.

Malheureusement, à cause de l’interférence de facteurs étrangers à l’Eglise, l’Eglise catholique de Chine est aujourd’hui divisée. Une partie de l’Eglise est reconnue par le gouvernement, elle est appelée “Eglise officielle” et ses évêques sont appelés “évêques officiels”. Bien que ces “évêques officiels” se disent catholiques et reconnaissent saint Pierre comme le prince des apôtres et le pape comme le successeur de saint Pierre, ils considèrent le pape seulement comme le chef spirituel de l’Eglise catholique universelle. Cependant, ils refusent de reconnaître que le pape possède l’autorité suprême, législative, exécutive et judiciaire dans l’Eglise. Ils refusent aussi de reconnaître l’autorité papale de nommer et de gouverner les évêques catholiques du monde entier, incluant naturellement ceux de Chine. Pourtant, notre foi catholique nous enseigne que le pape est le pasteur suprême de l’Eglise universelle et qu’il a le pouvoir immédiat, total, suprême, universel et ordinaire sur tous les fidèles catholiques du monde entier. Tous les membres du clergé et les laïcs, sans exception, sont tenus par devoir à se soumettre au pouvoir suprême du pontife romain.

Quelques personnes de l'”Eglise officielle” sont allés encore plus loin sur le chemin de la division dans l’Eglise. En 1957, ils ont établi l’Association patriotique des catholiques chinois. En 1980, ils ont établi la “Conférence des Eglises de Chine” et la “Commission des affaires religieuses catholiques chinoises”. En septembre 1992, ils se sont rencontrés à Pékin pour ouvrir le “cinquième congrès national des représentants catholiques”. Lors de cette réunion, les participants ont déclaré : “La consolidation des trois organisations nationales dans le “Collège des évêques de Chine” et l'”Association patriotique des catholiques chinois” a l’avantage de développer en même temps l’esprit d’amour pour le pays et pour l’Eglise. Elle préserve le principe d’une Eglise apostolique, indépendante, autonome et autogérée. Après la consolidation, ces deux organisations – le “Collège des évêques catholiques de Chine” et l'”Association patriotique des catholiques chinois” – doivent rendre compte au “Congrès national des représentants catholiquesCette structure manifeste que le Congrès national des représentants catholiques donne autorité administrative aux membres du Collège des évêques catholiques de Chine. Par conséquent, si les mêmes individus doivent écrire le catéchisme, quelle va être leur réponse à cette importante question : Quels sont les devoirs des différents membres de l’Eglise ? La réponse correcte devrait être : les fidèles suivent l’enseignement du prêtre, les prêtres suivent l’enseignement des évêques, les évêques suivent l’enseignement du pape. Par cette union, nous devenons un troupeau guidé par un berger selon le commandement du Christ. Mais il est fort probable que la réponse à cette importante question serait élaborée par les évêques du “Collège des évêques de Chine” de la manière suivante : Les fidèles écoutent le prêtre, les prêtres écoutent l’évêque, les évêques écoutent le Congrès national des représentants catholiques. Dans ce cas-là, le Congrès national des représentants catholiques écoute qui ?

L’autorité du “Congrès national des représentants catholiques” est plus haute que celle du Collège des évêques catholiques. Qui donne une telle autorité au Congrès national? Le Christ n’a jamais enseigné de telles choses, et aucun des théologiens catholiques non plus. Cette “autorité” du Congrès national est une grande découverte, sans précédent, des “sages” de notre pays.

L’une des caractéristiques spécifiques de l’Eglise catholique est la communion de l’Eglise universelle avec le pontife romain. L’Eglise est dirigée et administrée par le pape. Cependant, le Collège des évêques de Chine ne possède pas ce caractère. Son autorité ne provient pas du pape, ou du collège des évêques dirigés par le pape, mais du “congrès national des représentants catholiques”. A cause de sa formation, de sa constitution, et de son autonomie par rapport au pape, sa responsabilité vis-à-vis du congrès national des représentants catholiques plutôt que vis-à-vis du souverain pontife, nous, évêques, membres de l’Eglise catholique universelle, déclarons solennellement que le “Collège des évêques catholiques de Chine” et les Eglises qui sont dirigées par ce “collège” sont devenues une nouvelle Eglise, différente de l’Eglise orthodoxe, de l’Eglise protestante, et certainement différente de l’Eglise catholique, une, sainte et apostolique. Les évêques et les clercs qui appartiennent à cette nouvelle Eglise et au collège des évêques catholiques de Chine ne sont pas en communion avec le pape, et pas davantage avec les évêques qui sont en communion avec le pape. Les fidèles chrétiens, qui ne se déclarent pas séparés du collège des évêques de Chine, ne sont plus membres de l’Eglise catholique. Aucun membre du clergé de l’Eglise universelle ne peut être en communion sacramentelle avec eux.

Il est désolant d’être séparé de l’Eglise. Nous devons prier souvent pour ces frères et soeurs séparés afin que le Seigneur miséricordieux leur accorde la grâce du repentir. Nous devons les persuader avec amour et compassion, les encourager avec foi, afin qu’eux aussi soient remplis de l’Esprit-Saint et des témoins courageux du Christ. Puissent-ils voguer doucement sur la barque de notre mère l’Eglise avec saint Pierre à la barre et retourner à la maison de l’Eglise universelle dirigée par notre souverain pontife.

L’Evangile a été prêché au grand peuple de Chine pendant plusieurs centaines d’années. Un nombre incalculable de braves ont suivi les pas de Jésus-Christ. A cause de leur amour du Christ, ils ont été arrêtés, bannis, et, pour lui, ils ont versé leur sang. Ils ont souffert l’épreuve de la torture physique et mentale. “Bénis soient ceux qui sont persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à eux… Soyez heureux et réjouissez-vous car votre récompense sera grande dans les cieux” (Mt 5, 10-12a). “Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi” (Jn, 15,20).

Nous devons sécher nos larmes, nettoyer nos blessures, renouveler notre esprit de témoins remplis de la flamme de l’amour de Dieu et vivre sous la direction de l’Esprit-Saint. Nous devons marcher sur le champ de bataille pour proclamer la parole de Dieu avec ferveur, courage, ingénuité, et proposer le don du salut à la communauté autour de nous. Nous devons parler du Christ avec nos mots et vivre le Christ dans nos vies. En compagnie du Christ, nous devons êtres “sages comme des serpents et simples comme des colombes” (Mt 10,16) afin d’éviter les occasions de péché. S’il y a une église ou une assemblée de prière, utilisez la pour servir Dieu dans l’adoration. S’il n’y a ni église ni lieu de rassemblement, suivez l’exemple de la Sainte Famille en vous rassemblant ensemble en famille afin de plaire à notre père du ciel. Pour ceux qui n’ont même pas cette opportunité, utilisez votre coeur comme le temple de Dieu, et parlez à Dieu dans l’intimité à tout moment. Adorez Dieu en esprit et en vérité. Glorifiez-le et vous sauverez des âmes, les vôtres et celles de vos voisins.

La persécution de l’Eglise aujourd’hui est comme une tempête noyant le monde, semblable à un avertissement venant avant la fin du monde. Cet événement n’est pas le travail de l’homme. Cette puissance est libérée par les portes de l’enfer. Cette tempête est créée par un mouvement politique qui défie la volonté du peuple et veut l’annihiler. Elle est responsable de l’état actuel de la persécution religieuse à travers le monde sous différents modes contre Dieu, contre la sainteté, contre l’humanité, contre la sainte Eglise, et contre l’autorité sacrée du Vicaire du Christ. Cette force existe en Chine comme elle existe en d’autres parties du monde. Notre Eglise de Chine doit se confier à Notre-Dame de Chine, à tous les anges et les saints, qu’ils nous guident d’en haut afin que nos oeuvres soient honorables, que nous proclamions un message de foi dans le salut, modèle pour le monde entier.

Nous sommes non seulement dans un temps de défi inhabituel, mais encore dans une période de tempête, de détresse et d’agitation. Nous devons élever et construire, sinon nous aurons honte d’avoir manqué une telle occasion. Prions le Saint-Esprit qu’il remplisse nos coeurs et qu’il nous rende tous capables – des évêques de notre conférence épiscopale jusqu’à nos prêtres fidèles, nos laïcs et nos religieux – de nous réconcilier de nos différences et de nos fautes. Nous devons examiner nos consciences, peser soigneusement le conseil des autres hommes de bonne volonté, nous repentir profondément de nos étroitesses et ranimer notre esprit. Avec l’aide du Saint-Esprit et notre propre diligence, nous devrions pouvoir faire advenir un temps meilleur pour le catholicisme. Quand ce temps viendra, nous n’échangerons plus de saluts tels que “bonjour” ou “au revoir”, mais nous dirons “que Jésus-Christ soit loué”.

Signé : La conférence nationale chinoise des évêques catholiques