Eglises d'Asie

Un ancien juge propose des mesures pratiques pour empêcher les abus constatés dans l’utilisation et l’application de la loi sur le blasphème

Publié le 18/03/2010




Au cours d’une conférence donnée au Club de la presse à Karachi, le 5 avril 1995, un ancien juge de la cour suprême du Pakistan, M. Dorab Patel, qui est aussi président honoraire de la commission pakistanaise pour les droits de l’homme, a proposé deux moyens de limiter les abus auxquels peuvent se livrer ceux qui accusent des gens d’avoir blasphémé contre le Prophète ou le Coran.

Il demande que les accusations de blasphème ne soient portées que devant les hautes cours uniquement – ces dernières disposent d’ailleurs de pouvoirs extraordinaires – et non plus devant les tribunaux locaux. D’autre part, il propose que de tels procès ne soient engagés qu’avec le consentement de l’avocat général.

M. Patel cite la loi qui sanctionne de peine de mort l’insulte au prophète Mahomet. Elle dispose que soient condamnés à la peine capitale ceux qui auront sali le nom du prophète “en parole ou par écrit, ou encore par des représentations, par des allusions, des insinuations, des rumeurs, directement ou indirectement”. Or, dit M. Patel, la constitution du Pakistan accorde à toute personne “soumise à la loi” le droit de “professer, pratiquer, propager” sa propre religion. Un jugement de la cour suprême datant de trente ans maintient que l’expression “soumis à la loi” concerne une loi juste et équitable. Celle qui prévoit la peine de mort n’est ni juste ni équitable. Supposons, explique M. Patel, que, au cours d’une discussion, un musulman dit à un chrétien que son christianisme est absurde, il ne commet aucun délit; si à l’inverse le chrétien dit au musulman que l’islam est absurde, il commet un délit passible de la peine de mort. D’ailleurs, la commission des lois de l’assemblée nationale a demandé que le texte de loi soit renvoyé au Conseil islamique pour l’idéologie, afin d’être précisé, car il est vraiment trop vague.

L’ancien juge rappelle que cette recommandation avait déjà été faite au gouvernement précédent de M. Nawaz Sharif, mais sans résultat. Heureusement, des juges et des enquêteurs honnêtes de la police ont eu le courage d’humaniser l’application des lois injustes.

Mgr John Joseph, évêque de Faisalabad, qui assistait à la conférence, a rappelé que mis à part les groupes d’action en faveur des droits de l’homme et quelques organisations non gouvernementales, personne ne se préoccupe de combattre les desseins pervers de personnes qui n’ont d’autre but que de détruire le pays.