Eglises d'Asie – Chine
Le cardinal Gong Pinmei est mort à l’âge de 98 ans à Stamford, aux Etats-Unis
Publié le 18/03/2010
Né le 2 août 1901 à Shanghai dans une famille catholique, le cardinal Gong Pinmei fut ordonné prêtre en 1930, dans la Compagnie de Jésus. Le 7 octobre 1949, six jours après la fondation de la République populaire de Chine, il était consacré évêque de Suzhou, dans la province du Jiangsu, puis nommé archevêque de Shanghai (et administrateur apostolique des diocèses de Suzhou et de Nankin) l’année suivante. A Shanghai, responsable de la Légion de Marie, il s’opposa à la campagne des « trois autonomies » menée par les communistes, campagne qui devait aboutir à la mise en place de l’Association patriotique des catholiques chinois en 1957. En 1955, il fut arrêté en même temps que 40 prêtres et plusieurs milliers de laïcs et condamné à perpétuité comme responsable d’une « clique contre–révolutionnaire cachée sous l’habit de la religion ». Libéré trente ans plus tard, en 1985, il vivait aux Etats-Unis depuis 1987, date à laquelle les autorités chinoises l’avaient laissé partir pour « raisons médicales ». En avril 1998, le consulat chinois de New York lui avait, sans explication, confisqué son passeport alors qu’il cherchait à le faire renouveler (1).
En 1979, alors qu’il était toujours en prison en Chine, Jean-Paul II lui avait décerné in pectore (secrètement) la dignité de cardinal et ce n’est qu’en 1991, à Rome, que son élévation au titre de cardinal avait été rendue publique. Le pape avait tenu ainsi à distinguer, dès le tout début de son pontificat, celui à qui il vient de rendre hommage, lundi 13 mars, pour « son héroïque fidélité au Christ ». Jean-Paul II a aussi souligné le soutien sans faille du cardinal à « l’unité de l’Eglise universelle ».
A Taiwan, Mgr André Tsien Tchew-choen, du diocèse de Hualien, un évêque connu pour être proche de l’Eglise catholique « clandestine » chinoise, en République populaire de Chine, a déclaré que l’Eglise en Chine venait de perdre un chef spirituel de premier ordre, un titre que le cardinal Gong s’était acquis par son refus de se compromettre avec les autorités communistes et l’Association patriotique.
A Shanghai, Mgr Aloysius Jin Luxian, SJ, évêque « officiel » du diocèse, a dit que la mort du cardinal n’affecterait pas vraiment le diocèse étant donné que le cardinal Gong Pinmei « avait fait peu de chose pour le diocèse depuis son départ de Shanghai ». Par ailleurs, selon un jeune prêtre « officiel » du diocèse, étant donné que généralement aucune nouvelle à propos du cardinal n’est diffusée officiellement en Chine, le diocèse ne célébrerait pas « ouvertement » de messe de requiem en sa mémoire.
A Hongkong en revanche, le 15 mars, une messe de requiem devait être célébrée. Mgr Joseph Zen Ze-kiun, évêque coadjuteur du diocèse, lui-même originaire de Shanghai et ancien élève du cardinal, a déclaré que la mort du cardinal Gong Pinmei n’aurait sans doute pas d’impact significatif sur l’Eglise de Chine mais qu’elle pourrait simplifier le statut ecclésiastique du prochain évêque de Shanghai.
A Pékin, mardi 14 mars, un porte-parole du Bureau des Affaires religieuses a commenté la mort du cardinal Gong en ces termes : « Son décès n’a rien d’anormal. C’est la loi de la nature et nous nous opposons à son instrumentalisation pour des motifs cachés ». Il a ajouté que le cardinal « n’agissait pas dans l’intérêt du peuple chinois et de l’Eglise patriotique et qu’il était manipulé par des forces étrangères hostiles. »
Les funérailles du cardinal ont été fixées au samedi 18 mars et devraient être présidées par Mgr Edward Egan, de Bridgeport (Connecticut). Selon les voux exprimés par le cardinal avant sa mort, son corps sera inhumé à Santa Clara en Californie, aux côtés d’une autre grande figure de l’Eglise « clandestine » en Chine, feu Mgr Dominique Tang Yee-ming, ancien archevêque de Canton, mort en 1995 (2).