Eglises d'Asie

Les séminaristes de Colombo vont désormais passer quatre mois dans les diocèses à majorité tamoule pour aider à la réconciliation entre la minorité tamoule et la majorité cinghalaise

Publié le 18/03/2010




Mgr Oswald Gomis, archevêque de Colombo, et son conseil ont décidé au mois d’octobre dernier que, dorénavant, les séminaristes de Colombo partiraient passer quatre mois au cours de leurs études dans les trois diocèses à majorité tamoule du pays, Jaffna et Mannar au nord et Trincomalee-Batticaloa à l’est. Mgr Marius Peiris, évêque auxiliaire de Colombo, a précisé que la mesure prenait effet à partir de ce mois de mai et s’inscrirait dans l’année d’expérience pastorale sur le terrain que les séminaristes vivent après deux années de philosophie, deux années de théologie et avant de retourner au séminaire pour les deux dernières années de théologie. L’objet de ce programme est de donner aux futurs prêtres “une meilleure vue des réalités pastorales du pays, particulièrement après la guerre”. Après plus d’un an de cessez-le-feu à peu près respecté et malgré les menaces qui pèsent sur l’avenir des négociations entre Colombo et les Tigres tamouls (1), la vie reprend un cours normal après dix-neuf années de combats, 65 000 morts et un million de personnes déplacées ; la réouverture des routes vers le nord permet désormais aux Tamouls comme aux Cinghalais d’aller et venir dans le pays.

Selon Mgr Peiris, 60 % des catholiques sri-lankais vivent à Colombo et une bonne partie d’entre eux sont d’origine tamoule, venus des régions du nord et de l’est du pays, à majorité tamoule. Plus de 70 % des prêtres de l’archidiocèse sont cinghalais, les trente autres pour cent étant d’origine tamoule. L’envoi des séminaristes dans le nord et l’est permettra ainsi, poursuit Mgr Peiris, une meilleure compréhension de ce que les uns et les autres ont pu vivre durant les années de guerre et leurs espoirs actuels. L’Eglise catholique étant présente aussi bien en pays tamoul qu’en pays cinghalais, les catholiques “peuvent jouer un rôle essentiel de bâtisseurs de ponts” entre les communautés, ajoute encore l’évêque auxiliaire.

Pour Sudam Perera, un des douze séminaristes inaugurant le nouveau programme, c’est là “une occasion idéale” d’améliorer sa maîtrise de la langue tamoule, inscrite au programme des études au séminaire. Pour Shelton Dias, autre séminariste, le programme répond “à un besoin très urgent” étant donné que, dans la région de l’archidiocèse d’où il vient, Avissawella, zone de plantations de thé où travaillent un grand nombre de Tamouls d’origine indienne, les jeunes comme lui avaient, durant les années de guerre, appris “à haïr les Tamouls”. Tout en remarquant que la barrière de la langue était un des principaux obstacles à une meilleure compréhension entre les communautés, Shelton Dias ajoute que le programme lui donne l’occasion “d’aimer comme le Seigneur l’a enseigné”.