Eglises d'Asie

L’évêque catholique de Faisalabad affirme que le dialogue interreligieux a pour préalable l’égalité des citoyens et leur réconciliation

Publié le 18/03/2010




L’évêque du diocèse catholique de Faisalabad, Mgr Joseph Coutts, a fait le point sur la question du dialogue interreligieux au Pakistan, lors d’une réunion qui rassemblait une trentaine de journalistes, de juristes, de dirigeants religieux, de travailleurs sociaux et d’étudiants chrétiens et musulmans de la province de Pendjab. Le rassemblement a eu lieu, le 30 août, à Lahore et était organisé par le Centre d’études chrétiennes ocuméniques dont le siège est à Rawalpindi, un centre qui s’est donné pour mission de mobiliser les intellectuels autour des idées d’amour, de tolérance, de respect mutuel et de paix sociale.

Dans son intervention, l’évêque de Faisalabad s’est attaché à déterminer quels étaient les préalables d’un dialogue interreligieux en vue de la paix. Celui-ci ne peut exister que sur la base de l’égalité des citoyens. Sa condition fondamentale est que chacun reconnaisse que tous les êtres humains sont égaux. Pour cela, les partenaires du dialogue doivent disposer d’esprits et de cours ouverts. Ils pourront alors s’appuyer sur les valeurs communes à chacune des religions.

Dans des déclarations faites au cours de la réunion ou à son issue, certains participants chrétiens de la réunion de Lahore ont illustré les propos de l’évêque en donnant une description concrète de la discrimination dans laquelle sont tenues les minorités religieuses au Pakistan. De nombreux musulmans, ont-ils dit, n’acceptent pas les chrétiens comme leurs égaux et refusent de manger avec eux. Dans les écoles, les maîtres musulmans pratiquent une grossière discrimination à l’égard des élèves chrétiens qui, par exemple, n’ont pas le droit de boire dans des verres utilisés par des musulmans. On a fait aussi remarquer que le statut de second rang des minorités religieuses a été institutionnalisé dans la constitution pakistanaise qui spécifie que seul un musulman peut devenir président, Premier ministre ou Garde des Sceaux.

Dans son exposé sur le dialogue interreligieux, Mgr Joseph Coutts avait posé un second préalable au dialogue interreligieux et à la paix civile, à savoir la réconciliation. Celle-ci est indispensable aujourd’hui comme le prouvent les plus récentes éruptions de violence. Pour le mois de juillet dernier seulement, un prêtre catholique a été assassiné dans sa résidence (1) et plus de cinquante musulmans chiites sont morts lors de l’attaque d’une mosquée de Quetta, dans le Béloutchistan (2). Voilà de nombreuses années qu’éclatent sporadiquement des heurts violents entre chiites et sunnites. Cependant, les violences contre les chrétiens se sont surtout intensifiées et multipliées depuis la campagne militaire des Etats-Unis en Afghanistan en 2001. Depuis lors, plus de quarante personnes ont péri dans des attaques dirigées contre des lieux de culte ou des établissements chrétiens.

On a reconnu des accents semblables à ceux de l’évêque de Faisalabad dans l’exposé d’un érudit musulman, Faroq Khan, qui est intervenu au cours de cette même réunion du 30 août. Comme l’évêque catholique, il a parlé de la nécessité du respect mutuel pour les adeptes des diverses religions du pays. Ceux-ci doivent faire porter leur attention sur les valeurs communes à toutes les religions et les mettre en pratique. Pour Faroq Khan, l’islam est une religion de paix qui ne permet jamais le massacre des innocents, même au nom de la religion. Il a ajouté que les Etats musulmans ont souvent une conception erronée du statut des non-musulmans, des conceptions provenant de mauvaises interprétations de l’enseignement de l’islam. Il est urgent, a-t-il insisté, de revenir à une doctrine correcte de l’islam en ce domaine.

Le communiqué commun publié à l’issue de cette réunion a mis en garde contre la montée de l’extrémisme, susceptible d’éliminer de la société pakistanaise des valeurs comme celles de l’amour, de la paix, de la tolérance et de la solidarité. A ce sujet, il a fait remarquer que le père fondateur du pays, Mohammad Ali Jinnah, avait rêvé de liberté et d’égalité pour tous les Pakistanais, quelles que soient leur ethnie ou leur religion.