Eglises d'Asie

A Phnom Penh, une fondation chrétienne prend en charge et soigne des enfants sidéens

Publié le 18/03/2010




Maigre avec de grands yeux et la tête rasée, Sitha est un petit garçon de 3 ans qui connaît déjà la maladie, la séparation et la mort. Son papa est mort et il ne vit pas avec sa maman. Sitha sait bien qu’il est, lui aussi, malade comme sa maman et que son père est mort, mais il ne sait pas de quelle maladie il s’agit. Il sait seulement que sa maman est malade, qu’elle reste à la maison, tandis que lui est ici avec les autres garçons qui, comme lui, vivent en dehors de leur famille. “Mes parents me manquent beaucoup murmure Sitha, les yeux baissés, dans cette maison où vivent dix-huit autres enfants âgés de 3 mois à 11 ans, sidéens comme lui. Ils vivent dans cette maison, à Phnom Penh, pour y être soignés, dans un foyer qui fait partie d’une fondation baptisée “Jeunes pousses” et gérée par les missionnaires de Maryknoll.

Pendant que le petit bonhomme se faufile pour aller prendre son bain, un camarade, Siha, âgé de 11 ans, le regarde partir et ce garçon, qui lui aussi est sidéen, confie à voix basse : “Je suis désolé pour Sitha. Il est maigre et il souffre.” Siha est venu avec sa maman au foyer pour demander de l’aide et des médicaments.

Neav Thon, 55 ans, veille sur les enfants et fait tout ce que toutes les mamans font : nettoyer, cuisiner, baigner, donner à manger. “Je les considère comme mes enfants confie cette femme que les enfants appellent “maman La fondation Jeunes pousses gère neuf foyers autour de Phnom Penh, et héberge 221 enfants. Chaque foyer possède entre deux et quatre “mamans”. Sok Phalla, le sous-directeur de la fondation, explique que les enfants bénéficient non seulement du gîte et du couvert mais d’une formation scolaire, de vitamines et, bien sûr, de traitements anti-rétroviraux. Le soutien moral et affectif est aussi très important, ajoute-t-il, car, “d’expérience, nous savons que la santé des enfants est bien meilleure quand ils sont heureux”.

La fondation s’occupe également de 156 autres enfants qui, eux, vivent chez eux, au village, et à qui elle fournit nourriture, vêtements, vitamines, de quoi payer les frais de scolarité, un examen de santé mensuel et les traitements anti-rétroviraux nécessités par leur état. Les enfants pris en charge par la fondation, 189 garçons et 188 filles, viennent de Phnom Penh et des différentes provinces du pays. Tous sont séropositifs, mais tous n’ont pas développé la maladie du sida. La mère de Siha est une des 5 adultes aidées par la fondation.

Soug Hol, 50 ans, travaille au foyer où vivent Sitha et Siha. Tandis qu’elle baigne les enfants un par un, les mains revêtues de gants en latex pour se prémunir de toute infection accidentelle qui surviendrait par une égratignure, elle dit avoir parfois envie de pleurer “en voyant ces enfants nés avec cette terrible maladie que le monde entier redoute”.

D’après un rapport de l’Autorité nationale sur le sida, en 2003, le Cambodge comptait 123 100 personnes, âgées de 15 à 49 ans, infectées par le virus du sida. Soit 1,9 % de la population. Les chiffres ont baissé depuis les années 1997-1998, période pendant laquelle les analyses indiquaient que 3,3 % des Cambodgiens étaient séropositifs. Toujours selon ce même rapport officiel, en 2003, vingt personnes en moyenne par jour étaient diagnostiquées porteuses du virus. Selon le Centre national de dermato-vénérologie, du sida et des MST (maladies sexuellement transmissibles), au cours des trois premiers trimestres de l’année 2005, on a compté 10 000 personnes nouvellement infectées et 19 800 personnes au total avaient développé le sida.

Dans un pays où la perception de la maladie par les gens est telle que très nombreux sont les personnes qui refusent d’avoir un contact avec une personne séropositive, l’Eglise catholique s’est impliquée dans le soin aux sidéens et l’accueil des séropositifs. Le P. Jim Noonan, coordinateur de la mission Maryknoll au Cambodge, indique ainsi qu’à son arrivée au Cambodge, dans les années 1990, les Cambodgiens lui affirmaient encore, dans leur grande majorité, que le sida était une maladie d’“étrangers”. Plus de dix ans plus tard, la fondation Jeunes pousses reçoit des fonds de plusieurs agences d’entraides catholiques (Royaume-Uni, Irlande et Etats-Unis) ainsi que des aides de l’USAID (U.S. Agency for International Development).

La maman de Siha, 31 ans, est assise devant une table et attend son fils et les autres enfants qui jouent. Au visiteur de passage, elle confie : “C’est une souffrance pour moi que d’avoir contaminé mon fils, mais lui n’en sait rien.” Elle dit aussi sa gratitude envers Jeunes pousses qui l’aide gratuitement, elle et son enfant, et qui lui donne les médicaments qu’elle prend depuis cinq mois.