Eglises d'Asie

Venus du sud du pays, des représentants des communautés bouddhistes et chrétiennes ont rencontré le leader politique des Tigres tamouls

Publié le 18/03/2010




Dans un contexte marqué par une fragilisation aiguë du processus de paix (1), des représentants des communautés bouddhistes et chrétiennes ont rencontré S.P. Thamilchelvan, dirigeant de la branche politique des Tigres tamouls le 23 mai dernier. Venus de Colombo, la capitale, cinq moines bouddhistes, un prêtre et un laïc catholiques ainsi qu’un pasteur méthodiste ont rencontré le leader tamoul, à Kilinochchi, base du LTTE, située à 280 km au nord de Colombo, pour lui demander de travailler à l’instauration d’une paix durable dans le pays.

Selon le compte-rendu des religieux, la rencontre s’est déroulée dans un climat cordial, mais n’a débouché sur aucune avancée concrète. Depuis décembre dernier, la situation sur le terrain ne cesse de se dégrader, les attentats et les escarmouches se multipliant. Plus de 600 personnes – dont la moitié de victimes civiles – y ont trouvé la mort, et l’espoir de voir les pourparlers de paix reprendre reste mince, même si, le 27 mai, le LTTE a fait part de sa volonté de retourner à la table des négociations. Une rencontre entre représentants des Tigres et délégués du gouvernement doit avoir lieu les 8 et 9 juin prochains, à Oslo, en Norvège, les pays scandinaves tenant un rôle de médiateur entre les deux parties.

Selon un des cinq moines bouddhistes, le vénérable Baddegama Samitha Thero, lorsque les religieux ont décrit la situation actuelle et les assassinats au responsable du LTTE, ce dernier a répondu : “Si vous voulez une situation de paix, le gouvernement doit gagner la confiance du peuple au nord et à l’est (région où la minorité tamoule est majoritaire). Pour cela, le gouvernement doit respecter les conditions qui ont été énoncées dans l’accord de cessez-le-feu (conclu le 22 février 2002) ». Toujours selon le moine, Thamilchelvan a dénoncé en termes très fermes ce qu’il a qualifié d’“occupation” par l’armée, de terres appartenant aux Tamouls, référence aux Zones de haute sécurité établies par les forces armées de Colombo dans les zones à majorité tamoule d’où ont été chassés les habitants. “Du fait de cette situation, des gens ont été déplacés a poursuivi le leader tamoul, qui a ajouté que le retour des populations civiles dans ces zones était un préalable à la reprise des pourparlers.

Enfin, Thamilchelvan a confié aux religieux un message à porter au gouvernement de Colombo et à diffuser auprès de la population dans le sud du pays : “Ce n’est pas la guerre qui nous intéresse mais la paix, et nous connaissons les difficultés et les destructions vécues par les gens au nord comme au sud. C’est pourquoi nous estimons que c’est au gouvernement de prendre les mesures nécessaires (pour aboutir à la reprise des négociations) a déclaré le leader politique.

Selon le pasteur méthodiste, le révérend Anura Perera, le groupe des religieux a rencontré le président du Sri Lanka avant puis après la visite à Kilinochchi. Le 11 mai, avant la visite, le président Mahinda Rajapakse a assuré ses visiteurs de son désir de paix pour le pays. Il a demandé aux religieux de s’enquérir auprès des Tigres de leurs principales revendications et il a ajouté qu’il était prêt à des pourparlers directs avec les Tigres, sans médiation étrangère. De retour à Colombo, les religieux ont à nouveau rencontré le président. Le 26 mai, ils lui ont fait part de leur voyage et, selon le P. Damian Fernando, le prêtre catholique qui faisait partie de la délégation, le président a déclaré apprécier leur initiative ; il a également redit que son intention n’était pas d’aller à la guerre et qu’il était prêt à négocier.

Par ailleurs, le 29 mai, l’Union européenne a décidé de placer le LTTE sur la liste des organisations terroristes, à la demande des Etats-Unis, et à l’instar du Royaume-Uni, du Canada et de l’Inde. Les rebelles tamouls ont accusé l’UE de compliquer la donne. Ils l’ont avertie que sa décision ne ferait rien pour améliorer les perspectives de paix déjà incertaines au Sri Lanka. “Cette interdiction ne va pas contribuer à promouvoir le processus de paix, a déclaré S. Puleedevan, membre de la direction des Tigres de libération de l’Eelam tamoul. Elle va au contraire perturber l’égalité de statut entre les protagonistes, laquelle est absolument fondamentale au processus de paix.”