Eglises d'Asie

Condamnés à mort en juin dernier, trois dirigeants d’une organisation chrétienne protestante ont été exécutés

Publié le 18/03/2010




Il y a quelques jours, un tribunal de Shuangyashan, dans la province du Heilongjiang, a ordonné l’exécution de trois chrétiens, Xu Shuangfu, 60 ans, fondateur d’un groupe protestant connu sous le nom des “Trois rangs de servants Li Maoxing, 55 ans, et Wang Jun, 36 ans, deux de ses acolytes. Condamnés à mort en juin dernier (1), les trois chrétiens ont été exécutés sans que leurs familles ni leur avocat n’aient été informés de la date de l’exécution. Selon Li Heping, leur avocat, ce n’est que le 29 novembre que les autorités ont pris contact avec lui pour lui demander de venir retirer les urnes funéraires de ses clients. Toujours selon l’avocat, neuf autres membres du groupe protestant ont été exécutés ces dernières semaines.

L’affaire des “Trois rangs de servants” est complexe. Elle renvoie à la fois aux rivalités entre groupes protestants plus ou moins orthodoxes qui fleurissent actuellement en Chine et à la détermination des autorités chinoises à supprimer tout groupe religieux sortant des voies tracées par elles, à savoir le contrôle par l’enregistrement au sein des structures religieuses officielles. Selon l’acte d’accusation, Xu Shuangfu et ses acolytes ont, entre 2002 et 2004, assassiné vingt dirigeants d’un groupe protestant connu sous le nom d’“Eclair de l’Orient au motif que ceux-ci auraient détourné au profit de leur groupe une somme de 32 millions de yuans (3,2 millions d’euros) appartenant aux “Trois rangs de servants”.

Li Heping et les proches de Xu Shuangfu ne nient pas que des personnes aient été assassinées, mais soulignent le fait que l’acte d’accusation est vide de toute preuve matérielle. Seules des confessions étayent l’acte d’accusation et l’avocat rappelle que le Code de droit pénal chinois ne permet pas qu’une condamnation à mort soit prononcée sur la seule base d’un aveu. Il affirme que ces confessions ont été obtenues sous la torture et rappelle que, récemment, de hauts magistrats chinois ont reconnu que la torture était fréquemment utilisée pour obtenir des aveux des personnes mises en examen.

S’agissant des groupes en question, dès leur création, c’est-à-dire au début des années 1990, des organisations chrétiennes à l’étranger les ont considérés comme les autres Eglises domestiques qui se multiplient en Chine en-dehors de toute affiliation au Mouvement pour les trois autonomies, auprès duquel les Eglises protestantes doivent s’enregistrer pour bénéficier d’une existence légale (2). Cependant, très rapidement, il semble que les “Trois rangs de servants” et l’“Eclair de l’Orient” se soient livrés à une compétition sans merci pour gagner le maximum de fidèles dans le nord-est du pays. Le nombre de leurs fidèles se serait chiffré à plusieurs centaines de milliers. En 2004 et 2005, la Sécurité publique a lancé une campagne d’envergure contre ces deux groupes, qualifiés de “cultes pervers la répression étant particulièrement sévère à l’encontre des “Trois rangs de servants”. Au total, vingt-et-une condamnations à mort ont été prononcées et douze d’entre elles ont été exécutées.

Selon Li Heping, “les autorités ont présenté cette affaire comme une conspiration de type mafieux, mais elles n’ont jamais pu avancer la moindre preuve à leur appui. Ce qu’elles ont voulu faire, c’est supprimer totalement cette Eglise parce qu’elles ne voulaient pas d’un nouveau Falungong ». Le Falungong est ce mouvement d’inspiration bouddhiste et taoïste, autorisé, voire encouragé un temps par les autorités, qui a fait l’objet d’une répression féroce dès lors que les autorités se sont aperçues qu’il avait échappé à leur contrôle (3).