Eglises d'Asie

Dans la Province de la Frontière du Nord-Ouest, les chrétiens s’inquiètent de la multiplication des menaces et appels à la conversion

Publié le 18/03/2010




Le 7 août dernier, à Peshawar, dans la Province de la Frontière du Nord-Ouest, sept églises et cinq lotissements habités par des chrétiens ont reçu des lettres de menaces, appelant à choisir entre la mort et la conversion à l’islam. Les courriers ont été envoyés aux pasteurs de trois paroisses anglicanes, de deux paroisses catholiques, d’une église des Assemblées de Dieu, d’une église des Adventistes du Septième jour et d’une autre dénomination protestante ; ceux envoyés aux lotissements habités par des chrétiens pauvres l’ont été aux chefs de communauté. Dès le lendemain, les pasteurs concernés et les chefs de communauté ont porté plainte auprès de la police, qui a répondu qu’une enquête allait être ouverte. Le 9 août, environ 150 chrétiens ont manifesté devant la paroisse Saint John Vianney, bloquant la circulation durant une demie heure ; ils portaient des pancartes où l’on pouvait lire : « Nous ne sommes pas des infidèles » ou encore que, selon l’islam, la Bible est un livre saint.
Ecrits en ourdou, les courriers reçus portent tous le même texte. Intitulés : « La mort frappe à la porte », ils commencent par une série de slogans en faveur de l’islam et du djihad. Ils se poursuivent par un appel à la conversion : « Tous les habitants sont invités à quitter Isaiyat (le christianisme), la religion de linfidélité, pour embrasser lislam. Devenez musulmans et vous aurez une place au Paradis. Autrement, votre communauté sera détruite et vous serez responsables de la perte de vos vies et de vos biens. Ceci nest pas une simple menace, nos candidats au suicide vous extermineront. Considérez cet appel comme la mort qui frappe à la porte ! »

 

Dans un contexte marqué par une talibanisation de plus en plus marquée de la province, les chrétiens ne cachent pas leur peur. Après avoir prononcé l’interdiction des magasins de musique et les barbiers, des mollahs ont récemment déclaré que les cafés Internet et les échoppes de téléphone mobile étaient des « commerces contraire à lislam ». Ces derniers mois, quatre écoles de filles dans la province ont été la cible d’attentats à la bombe. Et, concernant les chrétiens, en mai et en juin derniers, des lettres de menaces ont été adressées à des communautés, à Charsadda et à Shantinagar (1). Selon le P. Yousaf Amanat, curé de la paroisse catholique de Saint Michael, à Peshawar, les fidèles ont peur désormais. « La fréquentation de la messe dominicale a chuté de 40 % et une rencontre pour la promotion des vocations a dû être annulée », a-t-il précisé.

 

Par ailleurs, des lettres de menaces ont aussi été envoyées à des hindous. A la colonie (du nom des lotissements ou quartiers) Chorasi, à Peshawar, habitée par une vingtaine de foyers hindous et une soixantaine de foyers chrétiens, Ram Lal, balayeur de rues et hindou âgé de 55 ans, estime que ces lettres témoignent une fois de plus des pressions qui sont exercées sur les minorités. « Il nest pas rare que des gens jettent des pierres contre notre mandir (lieu de culte) durant les temps de prières », explique-t-il, soulignant que les non-musulmans souffrent de discrimination à l’embauche.

 

Le 19 août, une jirga, du nom des assemblées des anciens traditionnellement convoquées pour régler les conflits entre les clans et les tribus, organisée dans une mosquée à Swat, a déclaré que les attentats-suicides étaient haram (interdits). Le comité pour la paix qui était à l’origine de cette jirga a appelé les chefs de la prière à faire des mosquées des lieux de promotion de la paix (2).