Eglises d'Asie

Supplément EDA 1/2008 : Dix années de groupes d’études bibliques

Publié le 09/09/2010




Le texte ci-dessous a été rédigé à l’occasion du dixième anniversaire de la fondation des « Petits groupes d’études bibliques », célébré en août 2003, dans le diocèse de Ningbo, situé dans la province côtière du Zhejiang. Son auteur est l’évêque « officiel » du diocèse, Mgr Hu Xiande, aujourd’hui âgé de 73 ans, enthousiaste promoteur de la diffusion et de l’études de la Bible au sein des communautés catholiques.

Cela fait déjà dix ans qu’ont été créés, dans le diocèse de Ningbo, les « petits groupes d’études bibliques ». Il est donc temps de se pencher sur cette décennie, de voir le chemin qui a été parcouru, les progrès qui ont été accomplis, les problèmes qui subsistent et de se demander quelle est la direction à prendre pour les développements à venir.

J’ai été ordonné prêtre dans la cathédrale Xujiahui de Shanghai le 21 novembre 1985. En revenant chez moi en 1986, j’ai parcouru la région en rendant visite à presque toutes les paroisses du diocèse de Ningbo. Après la tornade de la Révolution culturelle, la situation ne pouvait que provoquer des soupirs, même si, dans plusieurs paroisses, le travail était satisfaisant. En revanche, les protestants se développaient partout de façon florissante. Pourquoi, dans ce même environnement, se développaient-ils alors que nous étions à la traîne ? Tout en y réfléchissant, j’ai demandé à l’Esprit Saint de m’aider à trouver la réponse.

Un jour, j’ai lu un livre écrit par le P. Luke Tsui (1), où il expliquait que l’Eglise catholique disposait de trois éléments clés : l’adoration, la Parole de Dieu et la fraternité.

Dans les Actes des Apôtres, au chapitre 2, verset 42, il est écrit : « Ils se consacraient à l’enseignement que leur donnaient les Apôtres, à la fraternité, au partage du pain et à la prière » (Ac 2,42). C’est ainsi que la primitive Eglise s’est développée rapidement avec la vigueur de la jeunesse. J’ai analysé l’Eglise d’avant Vatican II d’après ces quatre éléments clés. La Messe, même si elle était une liturgie solennelle, était dite en latin et donc complètement déconnectée des laïcs. La liturgie était par conséquent marginale, la plupart des catholiques ne comprenant pas les prières qu’ils récitaient, ni les chants qu’ils chantaient chaque jour. De plus, il n’existait pas de réels moyens d’approfondir sa vie de foi. On peut même dire que l’étude de la Bible était complètement négligée. La majorité des catholiques n’avait pas ouvert une Bible de leur vie. Et quant à vivre dans l’unité comme les disciples, on en était loin, chacun se retrouvant le dimanche et retournant chez soi après la messe. Personne ne se préoccupait des affaires des autres. Il y avait un manque total de compréhension mutuelle et d’attention à la foi ; l’environnement porteur qui aurait pu aider les catholiques à progresser dans la connaissance du Christ n’existait pas. Et je n’évoque même pas la perspective de voir des catholiques se rassembler avec la sagesse et le courage du Christ pour aller porter le témoignage de Dieu, proclamer l’Evangile et servir les autres dans un esprit de sacrifice. Tout cela n’existait pas. Par contraste, regardons ce qui se passe chez les protestants. Leur liturgie est simple, ils prient beaucoup et leurs chants de louange et hymnes sont faciles à comprendre. La Bible est pour eux un livre qu’ils révèrent tout particulièrement et qu’ils étudient tous. Ils sont également très motivés dans l’engagement de la propagation de la Bonne Nouvelle. Ces comparaisons m’ont aidé à comprendre les raisons du retard de l’Eglise catholique.

Quand j’ai étudié les documents de Vatican II, j’ai été surpris de voir que les Pères conciliaires avaient déjà découvert ces problèmes et avaient publié une série de textes pour changer la situation de l’Eglise.

Dans Lumen Gentium, La Constitution dogmatique sur l’Eglise, on peut lire : « L’Eglise est le Peuple de Dieu et le Corps du Christ. Il y a un clergé à l’intérieur de l’Eglise. Selon les paroles du Christ, il a pouvoir d’enseigner, de gouverner et de consacrer pour le service des fidèles. Mais l’Eglise n’est pas que le clergé, c’est aussi le corps des fidèles. Les laïcs, les religieux et le clergé font tous partie de l’Eglise. Tout le monde est appelé à la sainteté et à l’évangélisation. »

Dans Lumen Gentium, au paragraphe 33 : « Les laïcs, rassemblés dans le Peuple de Dieu et constitués en Corps unique du Christ sous un seul chef, sont tous appelés, quels qu’ils soient, à contribuer comme des membres vivants et de toutes les forces qu’ils ont reçues de la bonté du Créateur et de la grâce du Rédempteur, à l’accroissement de l’Eglise et à son ascension continuelle dans la sainteté. L’apostolat des laïcs est donc une participation à la mission salvatrice de l’Eglise elle-même. Cet apostolat, tous y sont destinés par le Seigneur lui-même en vertu de leur baptême et de leur confirmation. (…) »

Dans Dei Verbum (DV), La Constitution dogmatique sur la Révélation divine, à propos de la Parole de Dieu transcrite dans la Bible : « (…) dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux s’avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux; une si grande force, une si grande puissance se trouve dans la Parole de Dieu, qu’elle se présente comme le soutien et la vigueur de l’Eglise, et, pour les fils de l’Eglise, comme la solidité de la foi, la nourriture de l’âme, la source pure et intarissable de la vie spirituelle » (DV, para. 21). « Il faut que l’accès à la Sainte Ecriture soit largement ouvert aux chrétiens » (DV, para. 22).

« [L’Eglise] exhorte avec force et de façon spéciale tous les chrétiens, surtout les membres des instituts religieux, à acquérir par la lecture fréquente des divines Ecritures ‘une science éminente de Jésus-Christ’ (Phil. 3,8), car ‘ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ’ (saint Jérôme) » (DV, para. 25).

Dans Sacrosanctum Concilium (SC), La Constitution sur la Sainte Liturgie : « (…) la liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, s’exerce l’œuvre de notre rédemption, contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise » (SC, para. 2). La liturgie souligne la mission de l’Eglise, qui est de devenir un signe de la présence du Christ et de Dieu dans le monde. La vocation de l’Eglise est d’annoncer l’Evangile, pas seulement avec des mots mais avec la liturgie ; proclamer l’Evangile dans les sacrements et spécialement dans l’Eucharistie.

Puisque l’Eglise est le peuple entier de Dieu, l’Eglise doit encourager tous les croyants à participer avec enthousiasme à l’Eucharistie et à toute la liturgie sacramentelle. La liturgie est un signe et un symbole, elle doit donc être d’une compréhension aisée et permettre aux fidèles d’y prendre part activement. En conséquence, les Pères conciliaires ont résolument voulu une réforme liturgique qui fasse que les qualités intrinsèques sacrées, que montre la liturgie, soient correctement explicitées pour que les enfants de Dieu les comprennent parfaitement. De surcroît, les Pères conciliaires ont demandé que tous les fidèles participent pleinement à la liturgie et adoptent le véritable esprit du Christ, pour qu’ils soient sanctifiés en Lui, introduisent l’amour dans leur vie, pour la gloire de Dieu.

Lumen Gentium est catégorique quant à la position des catholiques, en tant que Peuple de Dieu, pour participer activement à l’évangélisation avec l’attitude de notre Maître. Lumen Gentium demande que les catholiques lisent la Bible pour grandir dans la foi, qu’ils participent à la liturgie pour se sanctifier dans l’Esprit du Christ. Comment donc pourrions-nous introduire en nous ces énergies spirituelles et changer l’apparence fossilisée et retardataire de notre diocèse ? Que Dieu soit remercié ! Guidé par l’Esprit Saint, le diocèse de Ningbo a finalement trouvé en 1992 la méthode des « petits groupes d’études bibliques ». Ils ont d’abord été créés dans la paroisse de Xinpu et se sont répandus dans tout le diocèse.

Après la création des petits groupes d’études bibliques, la profondeur de la foi des fidèles s’est améliorée continuellement et la réforme liturgique a été introduite en douceur (2). Chacun a pu participer activement aux célébrations liturgiques et la solidarité entre les catholiques s’est renforcée. Le renforcement de leur unité les a amenés à l’évangélisation, à la visite et aux soins des malades, à l’accompagnement des mourants, au soutien des familles en difficultés, à la médiation dans des querelles, à l’assistance des plus faibles et des personnes handicapées, au service de l’Eglise en y attirant ceux qui n’y étaient pas pour les transformer en catholiques zélés et en dirigeant les dévotions dans l’église, en-dehors de la messe et en annonçant l’Evangile aux nouveaux croyants, etc. En résumé, après avoir étudié dans les petits groupes d’étude de la Bible, les énergies éparpillées se sont rassemblées, un esprit brûlant pour le sacrifice a émergé et beaucoup de bonnes volontés sont apparues pour accomplir de grandes choses. L’image de l’Eglise était débordante de vitalité. Elle a contribué à la construction d’une « civilisation socialiste spirituelle » en mettant toute son énergie dans l’œuvre évangélisatrice.

L’année 2002 a marqué le dixième anniversaire de la création des petits groupes d’études bibliques. Le groupe de Jinshan, dans la paroisse de Xishan, a publié pour l’occasion une compilation de quelque 80 essais écrits par ce groupe qui résumaient ce qu’il avait appris tout au long de ses réunions. Ils rappelaient aussi les grâces que Dieu avait accordées pour écrire ces essais. Nous souhaitons réunir ces essais en un seul volume et le publier, pour louer et remercier le Père qui est aux cieux des grâces abondantes et pour nous stimuler à être encore plus résolus dans la poursuite de ces groupes, voire à les faire devenir encore meilleurs !

A l’occasion de ce dixième anniversaire, nous n’allons pas seulement résumer ce que nous avons fait, mais nous allons rechercher les problèmes qui existent, faire de plus grands efforts pour les résoudre, nous améliorer et nous assurer, sous la conduite de l’Esprit Saint, que ces groupes se renouvellent et deviennent plus forts, plus substantiels et plus élevés. Pour que ces groupes se développent dans une direction plus sainte, voici quelques-unes de mes espérances :

1.) Approfondir la culture spirituelle : dans L’imitation de Jésus Christ, on peut lire : « Si vous n’avez aucune modestie, même si la flamme de la Sainte Trinité descend sur vous, que gagnerez-vous ? Vous devriez savoir que les arguments bruyants et convaincants ne peuvent pas conduire les gens à la sainteté. Ce n’est qu’en vous adonnant à des œuvres vertueuses que vous amènerez les gens à l’amour de Dieu. Je souhaite éprouver la contrition au-delà de mes espérances pour en comprendre le sens. Si, par exemple, vous appreniez par cœur un passage des Ecritures et que vous puissiez transmettre les enseignements des philosophes, quelle serait la valeur de toutes ces études, si vous n’aviez pas l’amour de Dieu ? Ainsi donc, en dehors d’aimer et de servir le Dieu unique, tout n’est que vanité des vanités et illusion des illusions. » Donc, après avoir étudié la Bible, l’important est de vivre selon son enseignement.
2.) Etudier sérieusement Dei Verbum. : la Constitution dogmatique sur la Révélation divine nous dit que la vraie révélation de Dieu est contenue dans la Bible et dans la Tradition. La Tradition est constituée des enseignements que Jésus et l’Esprit Saint ont confiés aux Apôtres et qui nous sont venus de ces derniers. Dei Verbum nous explique que le pouvoir d’interpréter l’Ecriture et la Tradition appartient au magistère vivant de l’Eglise, c’est-à-dire au pape et aux évêques qui l’ont rejoint. A l’heure actuelle, quelques rares catholiques qui ont étudié des notions de l’Ecriture pensent d’eux-mêmes qu’ils sont exceptionnels. Ils ont même l’impudence de mépriser le magistère. C’est un signal extrêmement dangereux. Tous les fidèles de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, doivent redoubler de vigilance contre ce phénomène et soutenir la vraie foi, la foi pure !
3.) Etudier sérieusement Le Catéchisme de l’Eglise catholique : une étude systématique de la doctrine catholique et de ses règles établira solidement le fidèle sur une base saine. On peut choisir parmi les différentes méthodes d’étude. Et il est important de promouvoir l’étude par soi-même.
4.) Au moment voulu, étudier la Bible du commencement à la fin au sein d’un petit groupe d’études bibliques : je souhaite que chaque paroisse et que chaque petit groupe d’études puisse se mettre d’accord sur un plan concret, selon leur situation particulière, et étudient sérieusement et avec application.

Que Dieu bénisse notre travail !