Eglises d'Asie

Après la réunion à Rome au sujet des catholiques chinois, des membres de l’Eglise de Chine apportent leurs commentaires

Publié le 18/03/2010




La réunion qui a eu lieu à Rome du 10 au 12 mars pour « étudier les questions les plus importantes concernant la vie de l’Eglise en Chine » s’est déroulée en l’absence de tout représentant de l’Eglise présente sur le continent chinois (1). A l’issue de cette réunion, un communiqué a été rendu public par le Saint-Siège pour dire que les échanges avaient eu trait aux « principaux enjeux de la mission de l’Eglise comme instrument de salut pour le peuple chinois ». Cinq d’entre eux étaient nommés, à savoir : l’évangélisation à l’heure de la mondialisation ; la mise en pratique, dans le contexte actuel chinois, de la doctrine de Vatican II sur la nature et la structure de l’Eglise ; le pardon et la réconciliation au sein de la communauté catholique ; les exigences de la vérité et de la charité ; et enfin, le gouvernement des diocèses et son importance pour la pastorale et la formation des prêtres, séminaristes, religieux, religieuses et fidèles laïques. Depuis Hongkong, l’agence catholique d’information Ucanews a contacté un certain nombre de responsables de l’Eglise en Chine afin de recueillir leurs commentaires (2).

A propos de l’évangélisation dans le monde contemporain, Mgr Peter Feng Xinmao, évêque « officiel » reconnu par Rome du diocèse de Hengshui (province du Hebei), a estimé que, si un grand nombre de Chinois vivaient désormais mieux d’un point de vue matériel, ils expérimentaient un grand vide spirituel. « Il y a là une fenêtre pour l’évangélisation et l’Eglise se doit de prendre sa place dans la société, notamment par le biais des œuvres sociales », a estimé ce responsable d’un diocèse rural, riche en initiatives d’évangélisation (3).

Pour le P. Jean, prêtre au sein d’une communauté « clandestine », le concile Vatican II mériterait d’être étudié de manière approfondie par les catholiques chinois. Durant des décennies, explique-t-il, l’Eglise en Chine s’est trouvée isolée du reste de l’Eglise universelle. Depuis l’ouverture, au début des années 1980, « combien, parmi le clergé, sans parler des laïcs, comprennent en vérité ce qu’a été l’esprit du concile ? », interroge-t-il, insistant sur l’effort de formation à accomplir.

Quant à l’appel au pardon et à la réconciliation adressé par le pape aux catholiques de Chine, il s’agit bien sûr d’une question cruciale, note encore le P. Jean, mais les fidèles ne savent pas comment y répondre. « Nous n’avons pas reçu d’instructions concrètes sur la manière de parvenir à cette réconciliation.» Sur ce point, Mgr Feng Xinmao précise que, depuis la diffusion de la lettre du pape Benoît XVI aux catholiques chinois, en juin dernier, des progrès ont été faits à Hengshui en vue du rapprochement des communautés « officielle » et « clandestine ». A Xi’an (province du Shaanxi), Mgr Anthony Dang Mingyan, évêque « officiel » du lieu – et reconnu par Rome –, estime que l’unité ne pourra être atteinte qu’au prix d’importants efforts et d’une ouverture d’esprit accrue.

Sur le rapport à la vérité et à la charité, Mgr Joseph Wei Jingyi, évêque « clandestin » de Qiqihar, dans le nord-est du pays, indique qu’au fil des années, ses diocésains ont été le plus souvent fidèles à l’exigence de vérité, mais que certains pourraient progresser vers davantage de charité. « Aujourd’hui, l’heure est venue de mettre de côté nos disputes et d’aller vers une véritable réconciliation. Nous devons nous inspirer de l’Evangile et chercher le bien lorsque nous sommes confrontés au mal », a-t-il ajouté.

Le dernier point, au sujet du gouvernement de l’Eglise de Chine, est celui qui soulève le plus de commentaires. Mgr Wei Jingyi dit comprendre l’appel du pape à « un fonctionnement normal des diocèses » en Chine, mais les limitations mises par les autorités aux activités religieuses rendent bien souvent difficile le travail pastoral. Mgr Feng Xinmao se dit prêt à créer les structures diocésaines normales, telles qu’elles sont prévues par le Code de droit canon, dans la mesure où cela permettra d’associer les jeunes prêtres à la gestion des affaires de l’Eglise et d’améliorer les conditions de la formation et du travail pastoral. Mgr Dang Mingyan témoigne de l’aide apportée par la création, dans son diocèse de commissions pour la pastorale, les vocations, les affaires économiques, en 2006 ; depuis, le diocèse fonctionne mieux et sa charge de travail s’est allégée.

Enfin, concernant l’existence à Rome d’un groupe plus particulièrement chargé de suivre les affaires de l’Eglise de Chine, Mgr Wei Jingyi formule l’espoir que les réalités de cette Eglise particulière soient toujours mieux comprises, notamment le besoin pour une formation continue du clergé, des religieuses et des laïcs. Le P. Jean souhaite aussi qu’à Rome, on comprenne bien que, derrière la distinction communautés « officielles » – communautés « clandestines », se dissimule une grande variété de situations. Un autre prêtre chinois, interrogé par Ucanews, ajoute que les problèmes de l’Eglise de Chine ne trouveront une solution que si tous les catholiques, y compris les prêtres en Chine, entrent toujours plus dans le mystère de l’Eglise.