Eglises d'Asie

Bouddhistes et chrétiens condamnent l’attentat suicide qui a coûté la vie à un ministre catholique

Publié le 18/03/2010




Au Sri Lanka, bouddhistes et chrétiens ont fermement condamné l’attentat suicide du 6 avril dernier qui a blessé 82 personnes et fait 16 morts, parmi lesquels Jeyeraj Fernandopulle, ministre des Autoroutes et du Développement routier, de religion catholique. Ce dernier venait tout juste de donner le coup d’envoi d’un marathon, organisé à l’occasion du Nouvel An sri-lankais (13 avril), dans la banlieue nord de Colombo, lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser. Des responsables religieux ont tenu à rendre hommage à cet homme politique, connu pour ses positions nationalistes et favorable à une solution militaire au conflit qui oppose Colombo et les rebelles tamouls. Son nom figurait de manière insistante parmi les favoris pour le poste de Premier ministre, à la faveur du remaniement ministériel que prépare le président de la République, Mahinda Rajapakse.
D’après les propos du président Rajapakse, rapportés par le quotidien sri-lankais, Daily News, l’assassinat du ministre catholique n’est pas dû au hasard ; Jeyeraj Fernandopulle figurait en haut de la liste noire des rebelles tamouls, non seulement du fait de ses positions très fermes contre l’insurrection tamoule, mais également parce qu’il représentait la minorité chrétienne du pays et qu’à ce titre, il tentait de pacifier les relations intercommunautaires. Au Sri Lanka, les chrétiens ont la particularité d’être présents au sein des deux communautés ethniques de l’île, les bouddhistes appartenant à la majorité cinghalaise et les hindous appartenant à la minorité tamoule. Agé de 54 ans, Jeyeraj Fernandopulle appartenait à la communauté tamoule des « Colombo Chetties », issue de marchands venus de l’Inde voisine à l’époque de la présence portugaise (XVIème siècle) et aujourd’hui très majoritairement catholique. En 2000, il avait été le premier ministre des Affaires chrétiennes, lors de la création de ce ministère. Connu pour son sens du service et son engagement en faveur du dialogue interreligieux, il avait particulièrement aidé les chrétiens, en 2004, lorsque des hommes politiques nationalistes avaient souhaité faire voter un projet loi anti-conversion (1). Selon le P. Noel Stephen Nonis, curé de la paroisse du ministre assassiné, à Welihena, l’homme politique était également intervenu localement pour faciliter la construction d’un cimetière catholique, de maisons pour les plus démunis – qu’ils soient bouddhistes ou chrétiens – ainsi que pour l’édification d’une église dans le diocèse voisin de Chilaw. Le vénérable Kalubowila Dhamma Rathana Thero, moine bouddhiste, a pour sa part salué l’engagement du ministre catholique en faveur de l’harmonie interreligieuse et interethnique. « Il a aidé à la construction de plusieurs temples, (…) il a joué un grand rôle en tant que chrétien », a-t-il ajouté. Le 10 avril, à Welihena, les funérailles de Jeyeraj Fernandopulle ont été célébrées avec les honneurs de la nation, en présence de plusieurs milliers de personnes et de fidèles, venus lui rendre un dernier hommage, avant qu’il ne soit enterré dans le cimetière catholique de sa ville.