Eglises d'Asie

L’Eglise catholique soutient le combat des Santal pour la préservation de leur culture et la défense de leurs droits

Publié le 25/03/2010




A l’occasion du 154e anniversaire de l’insurrection santal, l’événement historique le plus important de la communauté aborigène et le symbole de sa lutte pour son identité culturelle, une célébration s’est tenue le 30 juin dernier à l’église catholique St-François d’Assise à Dinajpur, dans le nord du Bangladesh, à l’initiative conjointe du conseil paroissial et de la Commission ‘Justice et Paix’…

… du diocèse. Quelque 700 aborigènes santal, essentiellement des étudiants, ont assisté à la cérémonie religieuse.

L’ethnie aborigène santal est considérée comme la plus importante du sous-continent indien. D’origine mal connue, elle occupe aujourd’hui essentiellement les Etats indiens du Jharkhand, de l’Orissa, du Bengale occidental, de l’Assam et du Bihar, ainsi que de façon moins importante certaines régions du Bangladesh et du Népal, parfois depuis des millénaires. On évalue sa population entre 5 et 10 millions d’individus.

Le P. Silas Murmu, vicaire de la cathédrale St-François-Xavier de Dinajpur, explique qu’en encadrant cette cérémonie du souvenir, l’Eglise espère participer à la préservation de la culture et de la langue de cette minorité ethnique, ainsi qu’à une meilleure prise de conscience des revendications identitaires des Santal.

Le Santal Revolt Day est célébré solennellement tous les 30 juin, au Bangladesh comme en Inde. « Aujourd’hui est un jour de deuil et non pas de joie pour les Santal. Nous devons rendre hommage à nos ancêtres qui ont perdu la vie pour avoir revendiqué le respect de leurs droits pour notre peuple » (1). Cherubim Hembrom, la cinquantaine, invité d’honneur de la manifestation, est un leader santal reconnu au Bangladesh. Il poursuit : « Tant que nous ne recevrons pas une éducation digne de ce nom, n’apprendrons pas notre propre histoire et n’aurons pas de droits légaux sur nos terres, la révolution continuera. »

L’insurrection des Santal de 1855 fut l’une des plus importantes de l’époque de la colonisation britannique des Indes. Dirigée contre les diku (étrangers), terme regroupant pêle-mêle les policiers et les percepteurs de l’Empire mais aussi les propriétaires terriens et les usuriers hindous, la rébellion fut durement matée, malgré des débuts prometteurs en faveur des insurgés. Les deux meneurs de la révolte, les charismatiques Sidhu (Sido Murmu) et Kanhu, sont vénérés aujourd’hui encore comme des héros nationaux (2). Affirmant avoir reçu du dieu Thakur l’ordre de délivrer les Santal de leurs oppresseurs, les deux chefs affrontèrent l’armée britannique avec 10 000 combattants, armés seulement d’arcs et de flèches. Après l’échec de la révolte, les Santal accusèrent leurs dieux et les esprits bonga de leur avoir fait croire que les balles des Blancs ne les atteindraient pas. Les conséquences de la rébellion furent le placement des aborigènes santal sous une forme d’administration indirecte où leurs chefs gardaient leurs responsabilités traditionnelles mais où un Deputy Commissioner représentait le gouvernement colonial.

« Je ne connaissais pas grand chose à la révolte des Santal, alors j’ai lu et étudié l’histoire [de mon peuple] et j’ai réalisé quelle importance cet épisode avait eu pour une minorité ethnique comme nous », avoue Uzzal Peter Besra, 21 ans, l’un des organisateurs de l’événement. Avec d’autres jeunes catholiques d’origine aborigène, il a fait du porte-à-porte dans tous les villages de la paroisse pour inciter la population à venir assister à la journée du 30 juin. La célébration religieuse, ouverte avec des chants et des danses traditionnels, a été suivie de différentes manifestations mettant la culture santal à l’honneur : conférences, musique folklorique, compétition de tir à l’arc, etc.

Le P. Murmu est convaincu que le rôle de l’Eglise aujourd’hui est de « faire prendre conscience aux Santal de [leur] histoire afin de pouvoir mieux les aider dans le domaine de l’éducation et de la défense de leurs droits, [comme elle le fait] pour les autres minorités ethniques du pays ». En effet, malgré l’aide apportée par l’Eglise catholique (3), les Santal du Bangladesh traversent une importante crise d’identité ; de plus en plus marginalisés, s’adaptant difficilement aux défis de la modernité, ils vivent dans des régions isolées où ils perpétuent leur culture traditionnelle.

L’évangélisation des aborigènes santal est récente et remonte au XIXe siècle. Les premiers missionnaires furent des baptistes américains qui diffusèrent le message évangélique dans le nord-est de l’Inde. Au Bangladesh, les prêtres catholiques n’arrivèrent qu’au XXe siècle et se heurtèrent aux mêmes difficultés d’inculturation que leurs prédécesseurs : croyances persistantes aux esprits bonga dans une société profondément animiste et problèmes engendrés par la déstructuration du tissu social, les nouveaux convertis au christianisme étant exclus de la solidarité tribale.

Cependant, la forte implication de l’Eglise (avec l’aide notamment de la Caritas-Bangladesh) dans les domaines éducatif, médical et sanitaire, ou encore juridique avec la défense de leurs droits, ainsi que la multiplication des activités missionnaires et paroissiales ont entraîné de nombreuses conversions ces dernières années. Selon les sources ecclésiales locales, 50 000 des 225 000 Santal du Bangladesh ont embrassé le christianisme, au sein duquel les catholiques représentent 70 % des croyants.