Eglises d'Asie

La crise financière contraint les séminaristes à mettre la main à la pâte pour financer leur formation

Publié le 09/04/2010




Les séminaires catholiques de Birmanie (Myanmar) font face à une crise financière importante alors que l’aide étrangère continue de chuter, amenant l’Eglise locale, très minoritaire dans le pays (1), à trouver des solutions alternatives afin de subvenir à ses besoins par ses propres moyens.C’est la vingtaine de petits séminaires du pays…

… qui subit l’essentiel du contrecoup de la diminution des aides venant des pays étrangers, l’unique grand séminaire, éclaté géographiquement en trois lieux distincts, ayant été moins touché, reconnaît le P. Hyginus Myint Soe, recteur du grand séminaire catholique St Joseph, à Rangoun (Yangon). Le prêtre ajoute toutefois que le grand séminaire devra lui aussi rapidement « mettre en place des moyens lui permettant d’être indépendant… parce que les aides financières diminuent d’année en année ».

Le P. John Saw Yaw Han, recteur du petit séminaire St Joseph (qui fait office d’établissement supérieur et pré-universitaire pour ceux qui se préparent au sacerdoce) dans l’archidiocèse de Rangoun, précise quant à lui que les contributions des donateurs étrangers ont diminué de 50 % environ ces deux dernières années, et que la chute s’est encore aggravée du fait de la crise financière mondiale. « Les prêtres ont le devoir de faire quelque chose pour assurer la survie de leur séminaire, dit-il. Il ne peut y avoir de prêtres sans séminaires et, sans prêtres, il est impossible à une communauté catholique de grandir spirituellement. »

Les dépenses pour la formation d’un séminariste s’élèvent à environ 450 000 kyats par an (environ 300 euros). De leur côté, les 51 jeunes séminaristes de l’établissement St Joseph doivent fournir une contribution de 100 000 kyats (67 euros) annuel chacun, afin de couvrir leurs frais d’entretien et de formation. Afin de réduire les dépenses, le séminaire St Joseph a mis en place une forme d’agriculture vivrière, ayant pour but, à terme, de rendre l’établissement auto-suffisant au plan alimentaire. Les séminaristes consacrent donc une partie de leur temps à l’élevage des porcs ou à la culture des fruits et légumes. « Dans l’avenir, nous avons l’intention de faire pousser des manguiers, des durians et des jacquiers », prévoit déjà le P. Yaw Han.

Mais au-delà de cette participation active demandée aux futurs prêtres pour assurer leur subsistance, les dons des fidèles de l’Eglise de Birmanie restent le soutien principal des séminaires. L’établissement St Joseph a ainsi commencé à distribuer des enveloppes afin de recueillir les dons des paroissiens à Noël, un temps traditionnellement propice à la générosité. Le P. Han rappelle que la collecte de Noël 2008 avait couvert l’équivalent d’un mois de dépenses pour le séminaire, soit 2 millions de kyat (1 250 euros).

Dans l’archidiocèse de Mandalay, au centre du pays, les séminaires font face aux mêmes difficultés de financement et de recherche de fonds. Une association locale, la St Aloyius Family Asssociation, créée en 2005 pour apporter son soutien aussi bien matériel que spirituel aux séminaristes de la région (essentiellement les deux petits séminaires St Aloysius et St Thomas), envisage aujourd’hui d’élargir son aide aux autres séminaires du pays et tente, dans ce but, de recruter de nouveaux membres motivés.

L’archevêque de Mandalay, Mgr Paul Zinghtung Grawn, a lui-même encouragé les fidèles de tout l’archidiocèse à rejoindre l’association, expliquant que ce soutien était, pour les laïcs, une façon de participer à la mission d’évangélisation et que l’Eglise de Birmanie, pouvant de moins en moins compter sur l’aide étrangère, devait se donner les moyens de devenir financièrement autosuffisante (2).