Eglises d'Asie – Chine
Autorisé pour la première fois depuis 2004 à se rendre sur le continent, le cardinal de Hongkong se plaint du manque de liberté d’expression
Publié le 18/10/2010
… des institutions politiques de Hongkong et avocat infatigable des libertés, au premier rang desquelles figure la liberté religieuse, le cardinal Zen était de facto tenu hors de Chine continentale par les autorités chinoises depuis 2004. C’est sur son blog, le 15 octobre, que Mgr Zen a rendue publique sa récente visite à Shanghai. Il y explique que, dans la ville qui l’a vu naître, il a visité le site de l’Exposition universelle – dont la clôture aura lieu à la fin de ce mois et qui a, très certainement, été le prétexte de la visite du cardinal en Chine – et qu’il a également rencontré Mgr Jin Luxian, 95 ans, ainsi que l’évêque auxiliaire de celui-ci, Mgr Joseph Xing Wenzhi, 47 ans.
Cette visite à Shanghai a été, pour le cardinal, source d’« une grande joie », notamment parce qu’il eut le plaisir de revoir Mgr Jin, très âgé, et de retrouver Mgr Xing qu’il connaissait lorsqu’il était simple prêtre. Avant d’être ordonné évêque de Hongkong en 1996 et de devenir, à partir de 2004, persona non grata en Chine continentale, Mgr Zen avait passé plusieurs séjours à Sheshan, où il donnait des cours aux futurs prêtres. A cette époque, le P. Xing était le supérieur du séminaire régional géré par le diocèse de Shanghai.
Au-delà de cette joie, le cardinal exprime sur son blog la frustration ressentie par lui au contact de ses pairs dans l’épiscopat. « Quel système terrifiant ! Il élève des barrières à l’intérieur même du cœur des personnes ! Il cadenasse les lèvres !, s’indigne-t-il. Nous sommes des adultes qui aimons notre patrie, mais nous ne pouvons pas débattre des principaux problèmes qui intéressent notre pays. Nous sommes à la tête de l’Eglise, mais nous ne pouvons pas discuter de l’avenir de l’Eglise. »
Plus spécifiquement, au sujet de sa rencontre avec les deux évêques « officiels » de Shanghai, le cardinal Zen précise : « Nous sommes amis, de grands amis, mais nous savions qu’il y avait des mots que nous ne pouvions prononcer et des sujets qui étaient trop ‘délicats’ pour que nous puissions les aborder. Tout cela parce que le ‘système’ ne le tolérerait pas ! » Et de conclure : « Seigneur ! Quand pourrons-nous, nous les Chinois, ouvrir notre cœur, parler et nous comporter comme des êtres humains normaux ? »
Dans l’édition du 17 octobre de l’Apple Daily, qui l’interrogeait sur un éventuel lien entre sa visite à Shanghai et une amélioration des relations entre Pékin et le Saint-Siège, le cardinal a répondu : « Je n’avais pas de grandes attentes au sujet de cette visite de deux jours et demi (…). Il n’a pas été possible de rencontrer un seul évêque « clandestin », ni même de rencontrer les prêtres (à Sheshan). »
La veille, Mgr Zen Ze-kiun avait pris part à un chemin de croix organisé par la Commission ‘Justice et Paix’ du diocèse de Hongkong. Organisé pour marquer le 13ème anniversaire de l’arrestation de Mgr James Su Zhimin, évêque « clandestin » du diocèse de Baoding (province du Hebei) (1), le chemin de croix devait partir du stade de Lockhart Road (Wanchai) pour se rendre à la cathédrale (Central), sur l’île de Hongkong. L’usage du stade avait été, dans un premier temps, autorisé par les autorités locales avant d’être interdit, puis, sous la pression des médias, finalement autorisé. Dans le prêche qu’il a prononcé à l’issue du chemin de croix, le cardinal a appelé à la libération de tous les membres du clergé catholique retenus prisonniers en Chine continentale ; il a aussi salué l’attribution du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, « un honnête homme, un homme pacifique qui parle vrai » (2).