Eglises d'Asie

Le dialogue interreligieux au cœur d’une rencontre entre responsables chrétiens et musulmans

Publié le 21/10/2010




Une cinquantaine de prêtres catholiques, ainsi qu’un même nombre d’imams, sans compter une assistance nombreuse de laïcs, se sont réunis le 16 octobre dernier dans un centre de recherche coranique à Dacca sur le thème : « Etre leader religieux dans une société pluraliste : points de vue musulmans et chrétiens ». …

… Organisé avec le soutien de l’Institut pontifical des Missions Etrangères (PIME), le séminaire était dirigé par le philosophe Obidur Rahman.

Les rencontres interreligieuses de ce type se multiplient ces derniers temps dans le pays, comme celle qui s’est tenue le 29 avril 2010 à l’Université de Dacca (1). Un effort de dialogue et de communication qui apparaît comme le fruit de l’action conjuguée des différentes congrégations religieuses présentes au Bangladesh et de celle de Mgr Paulinus Costa, à la tête de l’archidiocèse de Dacca depuis 2005 et également président de la Conférence des évêques du Bangladesh.

Dans sa présentation, Mgr Paul Sishir Sarkar, évêque de l’Eglise anglicane du Bangladesh, a fait l’apologie du dialogue et de la compréhension mutuelle qui se doivent d’être à la hauteur de la société d’aujourd’hui, de plus en plus multiculturelle. Il est d’autant plus important, a-t-il souligné, que les chrétiens, et surtout leurs pasteurs, mènent une vie conforme à leur foi, honnête, humble et ouverte au dialogue. « Les musulmans sont nos prochains » et, en tant que responsables religieux, « nous devons apprendre à nos fidèles à les aimer. »

Du côté musulman, Mohammed Abdullah Hil Baki, professeur d’ethnologie à l’université de Jahangirnagar, a rappelé que les chrétiens et les musulmans croyaient en un Dieu unique, un Dieu qui voulait le bonheur de l’homme. L’amour de Dieu et celui du prochain sont des principes fondamentaux inscrits dans les textes sacrés des deux religions, a-t-il déclaré, ajoutant que le prophète Mahomet avait dit : « Aucun de vous ne peut avoir la foi s’il n’aime pas son prochain comme lui-même. »

Un discours auquel souscrit Mowlana Joynal, spécialiste de l’islam : « L’amour du prochain fait intrinsèquement partie de la foi et de l’amour de Dieu dans l’islam. Sans l’amour du prochain, il n’y a pas de véritable foi en Dieu et pas de vertu. » Les chrétiens et les musulmans, a-t-il ajouté, devraient s’attacher à voir ce qui les réunit plutôt que ce qui les sépare.

S’exprimant à propos des violences exercées contre les chrétiens par les islamistes, il affirme : « En tant que musulmans, nous ne sommes pas contre les chrétiens ; l’islam n’est pas contre eux, tant qu’ils ne font pas la guerre aux musulmans à cause de leur religion, qu’ils ne les oppriment pas ou les expulsent pas de leurs foyers. » Il reconnaît cependant que ce sont bien des fondamentalistes musulmans qui ont exercé à plusieurs reprises, ces dernières années, des violences contre les chrétiens, leur reprochant de convertir les musulmans au christianisme (2), mais il tient à souligner que, selon lui, c’est l’ignorance qui en est la cause principale ; il faudrait, dit-il que les leaders musulmans « enseignent mieux le Coran aux fidèles et [qu’ils les incitent] à connaître davantage les autres religions ».

L’ambassadeur d’Italie au Bangladesh, Itala Maria Marta Occhi Occhi, présente au séminaire, a félicité les organisateurs pour leur initiative, disant que cette coopération entre les leaders des deux communautés pourrait apporter des changements positifs au Bangladesh. Kilmeny Beckering Vinckers, ministre conseiller de l’ambassade d’Australie au Bangladesh, qui assistait également à la session, a présenté le rassemblement interreligieux comme un exemple de paix et d’unité pouvant permettre aux chrétiens comme aux musulmans de découvrir le fonds commun qu’ils partagent.

En tant qu’organisateur de l’événement, le P. Francesco Rapacioli, supérieur général de l’Institut pontifical des Missions Etrangères (PIME) au Bangladesh, a conclu en disant qu’il était heureux de voir chrétiens et musulmans s’engager dans la voie du dialogue et partager les uns avec les autres leur expériences religieuses respectives. Comme il l’avait déjà exprimé au séminaire interreligieux du 29 avril dernier, il a fait part de sa certitude que l’incompréhension et la violence entre les religions pourraient prendre fin et ce, justement, grâce à ce type de rencontre. Le dialogue est un échange de bons procédés ; cela exige de se parler et de s’écouter, de donner et de recevoir, pour un enrichissement mutuel, a-t-il ajouté, rappelant que cette attitude de témoignage et d’ouverture à l’autre était celle de l’encyclique Redemptoris Missio du pape Jean Paul II (3).

Au Bangladesh, environ 90 % de la population est musulmane, 8 % est hindoue, les 2 % restants regroupant les autres religions. On estime que les chrétiens représentent aujourd’hui, toutes confessions confondues, environ 1 % de la population, dont une moitié de catholiques.