Eglises d'Asie

Les responsables chrétiens souhaitent s’investir en politique afin de contribuer au développement du pays

Publié le 22/09/2011




Réunis le 21 septembre dernier dans le cadre de la Journée internationale de la paix, instituée il y a trente ans par l’ONU, les principaux responsables des Eglises chrétiennes de Birmanie ont dit leur volonté de s’impliquer plus étroitement dans les changements que vit actuellement leur pays.

La rencontre, organisée à l’initiative des dirigeants chrétiens eux-mêmes, a pris un tour œcuménique, les chrétiens en Birmanie formant une minorité de 4 % environ de la population répartis entre catholiques (un quart des chrétiens) et protestants (trois quarts des chrétiens et de nombreuses dénominations). Rassemblés dans la cathédrale anglicane de la Sainte-Trinité à Rangoun, une centaine de responsables d’Eglises, prêtres, religieuses et laïcs ont prié ensemble et évoqué la situation politique.

Mgr Charles Bo, archevêque catholique de Rangoun, a plaidé pour un rôle accru des religions en général et des Eglises chrétiennes en particulier dans la construction de la nation et l’évolution des institutions vers plus de démocratie. « Les dirigeants du pays ne doivent pas hésiter à faire appel aux responsables religieux pour que tous unissent leurs forces en politique afin d’améliorer la situation dans notre pays et y construire une paix durable », a déclaré le prélat qui assume la charge de secrétaire général de la Conférence épiscopale du Myanmar. Il a aussi déploré que ces mêmes dirigeants du pays « semblaient ne pas être enclins à coopérer avec les religions et les responsables religieux, alors que la religion est profondément ancrée au cœur de la culture du Myanmar », ajoutant qu’il « fallait donc que les responsables du pays se mettent à l’écoute des responsables religieux ».

Présidente du Conseil des Eglises du Myanmar (Myanmar Council of Churches), structure réunissant les principales dénominations protestantes du pays, Yin Yin Maw a appelé à la prière pour la paix dans le pays. Selon elle, les chrétiens « ne doivent pas rester isolés car le pays est en train de changer ». « Nous estimons que les développements récents sont positifs mais trop lents, sans toutefois que nous puissions dire dans quelle direction vont les choses », a-t-elle précisé.

Selon les observateurs, ces prises de position et ces appels en direction des politiques dénotent un changement d’attitude de la part des responsables chrétiens. Depuis la reprise du dialogue entre l’opposante Aung San Suu Kyi et le gouvernement en place, les dirigeants des Eglises chrétiennes observaient en effet un silence prudent ou ne s’exprimaient que sous le sceau de l’anonymat pour dire leur attentisme, voire leur scepticisme face aux velléités de réforme exprimées par l’équipe au pouvoir à Naypyidaw (1). L’opposante birmane multipliant les appels à « la réconciliation nationale », les responsables chrétiens, dans un pays où les chrétiens se trouvent principalement parmi les minorités ethniques, estiment qu’ils doivent d’une manière ou d’une autre être associés à la manière dont l’avenir de leur pays se dessine.

Concrètement, les événements semblent s’accélérer en Birmanie, même si nul ne se hasarde encore à prédire jusqu’où pourraient aller les changements en cours. Ainsi, Aung San Suu Kyi, qui semble disposer d’une liberté de mouvement de plus en plus grande, voit ses contacts se multiplier avec le gouvernement. Après sa rencontre, commentée jusque dans la presse officielle, à Naypyidaw avec le président Thein Sein le 19 août dernier, la chef de file de l’opposition démocratique a assisté à un forum sur la pauvreté où elle a été accueillie comme une personnalité de marque par plusieurs hauts responsables du gouvernement. Le 14 septembre, de manière plus anecdotique mais fort symbolique, elle a assisté à un match de football entre le Myanmar et le Laos, assise entre un colonel en uniforme de l’armée birmane et Zaw Zaw, l’une des plus grandes fortunes du pays. Le 15 septembre, à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie, qui pour la première fois était célébrée à Rangoun, Aung San Suu Kyi a déclaré au siège de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie : « Je pense que nous avons atteint un point où se présente une chance de changement, mais je ne veux pas dire qu’il ait déjà eu lieu. » Elle ajoutait aussi : « Il est inévitable que les gouvernements changent. Si les mêmes personnes restent indéfiniment au pouvoir, ce n’est pas la démocratie. Mais les changements doivent se faire paisiblement et dignement, sans affecter les civils ou l’équipe sortante. Le nouveau gouvernement ne doit pas jouir de privilèges et chacun doit pouvoir bénéficier de l’égalité » (2).

De fait, les limites au changement sont encore très sensibles. Le 14 septembre, un journaliste de 21 ans, Sithu Zeya, travaillant secrètement pour Democratic Voice of Burma, un média de la diaspora en exil, a été condamné à dix-huit ans de prison pour « diffusion d’informations préjudiciables à la sécurité de l’Etat ». Le 13 septembre, dans son rapport annuel sur la liberté religieuse dans le monde, le département d’Etat américain dénonçait « le maintien en détention de centaines de moines bouddhistes suite à la répression des manifestations pour la démocratie de 2007 ». « Le gouvernement favorise le développement du bouddhisme Theravada au détriment de toute autre forme de bouddhisme et des autres religions, particulièrement au sein des minorités ethniques (…). Pour les chrétiens, il est toujours très difficile d’obtenir des autorisations pour restaurer ou construire des lieux de culte. Le régime continue de surveiller et de restreindre les activités des musulmans (…) », pouvait-on encore lire dans le rapport, dont les conclusions plaçaient à nouveau la Birmanie sur la liste des « pays particulièrement préoccupants en matière de liberté religieuse ».