Eglises d'Asie

Hunan : ordination épiscopale pour la partie « officielle » de l’Eglise locale

Publié le 23/04/2012




Mercredi 25 avril 2012, en la fête de saint Marc l’Evangéliste, la cathédrale de l’Immaculée Conception à Changsha, capitale de la province du Hunan, verra l’ordination d’un évêque pour le diocèse de Changsha, un siège épiscopal vacant depuis douze ans. Agé de 51 ans, le P. Methodius Qu Ailin deviendra évêque de l’Eglise de Chine en ayant reçu le nécessaire mandat pontifical de Benoît XVI, tout en étant accepté et reconnu comme évêque par les autorités civiles chinoises.

Pour les quelque 65 000 catholiques et la vingtaine de prêtres de la province du Hunan, cette ordination vient à point nommé, le diocèse étant sans évêque depuis la mort en 2000 de Mgr Simon Qu Tianxi, qui lui-même était devenu évêque en 1987 (1). Né en 1961, le P. Qu Ailin jouit d’une bonne réputation. Ordonné prêtre en 1995, il a été élu candidat à l’épiscopat l’an dernier, en 2011, et entretient des relations de travail avec les autorités locales. Directeur adjoint de la branche hunanaise de l’Association patriotique des catholiques chinois, il est aussi membre de la Conférence consultative politique du peuple de la ville de Hengyang, localité où il a servi comme curé de paroisse.

Toutefois, comme cela a été le cas lors de précédentes et récentes ordinations épiscopales en Chine, la difficulté vient des évêques qui seront appelés à conférer les ordres sacrés au futur évêque. On se souvient que la semaine dernière, le 19 avril, au Sichuan, la cérémonie d’ordination épiscopale du P. Joseph Chen Gong’ao pour le diocèse de Nanchong s’était déroulé en présence de Mgr Paul Lei Shiyin, évêque illégitime de Leshan frappé d’excommunication depuis son ordination sans mandat pontifical le 29 juin 2011. Cette fois-ci, en la cathédrale de Changsha, c’est l’évêque de Pékin, Mgr Joseph Li Shan, qui présidera la cérémonie. Or, le statut canonique de Mgr Li est incertain. Evêque « officiel » ordonné en communion avec Rome, Mgr Li, qui détient l’un des postes de vice-président de la Conférence épiscopale « officielle », figure au nombre des évêques qui ont pris part à l’ordination épiscopale illicite (car menée sans mandat pontifical) de Chengde en novembre 2010. Cette ordination avait été fermement condamnée par le Saint-Siège et « la position canonique » des huit évêques ayant pris part à la cérémonie devait être examinée. Depuis cette date, rien n’indique que la sanction d’excommunication pesant sur Mgr Li ait été levée.

On ne connaît pas, pour l’heure, le nom des autres évêques qui imposeront les mains au P. Qu Ailin.

Hasard du calendrier, l’ordination du 25 avril coïncide avec la réunion à Rome du Comité pour l’Eglise de Chine. Créé en 2007 dans la foulée de la publication par le pape Benoît XVI de sa Lettre aux catholiques chinois, ce comité réunit chaque année au Vatican les principaux dirigeants de la Curie ainsi que des évêques chinois (Hongkong et Taiwan) et des membres de congrégations religieuses et instituts missionnaires. Cette année, selon les informations communiquées par le Saint-Siège, du 23 au 25 avril, le Comité concentrera ses échanges autour du thème de la formation des laïcs dans le cadre de l’Année de la foi, décidée par Benoît XVI (octobre 2012-novembre 2013). Parmi les membres du Comité figure l’évêque de Hongkong. Elevé au cardinalat en janvier dernier, Mgr John Tong Hon a, comme le veut le fonctionnement de l’Eglise, pris possession d’une église paroissiale de Rome. Dimanche 22 avril, en l’église Santa Maria Regina degli Apostoli alla Montagnola, le cardinal Tong a donné, dans son homélie, des éléments de sa vision des relations entre l’Eglise catholique et la République populaire de Chine.

Le cardinal n’a pas caché que, si depuis les années 1980 les réformes étaient allées très vite dans le domaine de l’économie, la politique de l’Etat chinois envers les religions n’avait pas évolué. « La situation de l’Eglise en Chine peut donner le sentiment d’être déprimante, notamment si l’on considère la présence en son sein de plusieurs évêques illégitimes et le fait que plus d’une dizaine d’évêques et de prêtres fidèles à la foi reçue sont toujours en prison », a-t-il déclaré, ajoutant que le gouvernement chinois persistait à « susciter la création d’une Eglise nationale autonome, y compris en recourant à la contrainte ». Rappelant que les ordinations épiscopales devaient, pour le bien de l’unité de l’Eglise, être approuvées par le Saint-Père, le cardinal a cependant tenu à faire preuve d’optimisme. Faisant référence au renouvellement de l’équipe dirigeante du Parti communiste chinois, qui sera effective à l’issue du congrès du Parti en octobre prochain, Mgr Tong a dit son espoir dans la continuation du « dialogue » avec Pékin. « C’est par le dialogue, le dialogue sincère, que les problèmes pourront être résolus », a-t-il affirmé, assurant que son optimisme envers l’Eglise en Chine était fondé sur « le grand courage » montré par nombre de catholiques chinois, notamment dans leur désir de « défendre leur foi ».