Eglises d'Asie

Elections de mai 2013 : après la RH Bill, l’Eglise contre-attaque sur le terrain de l’écologie

Publié le 26/04/2013




Alors que l’échéance électorale de mai se rapproche, l’Eglise catholique semble momentanément avoir désinvesti le terrain de la lutte contre la RH Bill – qui avait pourtant marqué l’actualité de ces derniers mois – pour contre-attaquer sur le front de l’écologie.

Les débuts de la campagne électorale pour les élections de mid-term qui verront le 13 mai prochain le renouvellement de plus de 18 000 postes au sein du Congrès philippin et au niveau local (maires et gouverneurs) auront été marqués pour l’Eglise par quelques incidents inhabituels.

Qu’il s’agisse des provocations de certains de ses membres au sujet de la RH Bill (tels les prêtres et évêques ayant affiché sur le fronton de leurs églises les noms des sénateurs ayant voté pour la loi sous la dénomination d’ « équipe Mort »), ou encore du choc provoqué par la publication d’un sondage démontrant que les catholiques philippins ne suivaient pas autant leurs pasteurs que ces derniers le croyaient, un changement de cap semble s’être opéré récemment au sein de la hiérarchie catholique. La Conférence des évêques philippins (CBCP) a en effet multiplié ces dernières semaines les déclarations incitant les responsables catholiques à garder une position neutre en ne soutenant pas un candidat particulier, et invité les croyants à « décider par eux-mêmes ». Peu de diocèses ont proposé à leurs fidèles leur propre liste de candidats, contrairement à ce qui était pressenti il y avait seulement un mois.

Sans pour autant abandonner le combat contre la RH Bill en suspens pour le moment –, les responsables catholiques semblent désormais vouloir mettre en avant pour ces élections d’autres préoccupations, avec une attention particulière portée à la défense de l’environnement et aux droits des peuples autochtones, terrains où le combat social de l’Eglise s’exerce depuis des années. « La nature est notre mère. Si vous en venez à violer votre propre mère, jusqu’où irez-vous encore ? », déclarait le 14 avril dernier Mgr Villegas, archevêque de Lingayen-Dagupan et vice-président de la CBCP.

Jeudi 25 avril, quatre évêques de Mindanao (1), dans le sud des Philippines, ont signé une déclaration commune pour la sauvegarde de l’environnement de l’île, mise en danger par une « activité humaine irresponsable et dévastatrice ». Celle-ci, poursuivent les évêques, comprend la pêche illégale, l’exploitation minière, la mauvaise gestion des déchets, l’érosion du sol, ainsi que la pollution de l’air et de l’eau. Enumérant les conséquences désastreuses de l’exploitation à outrance de ces richesses naturelles, les prélats de Mindanao ont demandé au gouvernement et aux autorités locales de revoir la législation afin d’assurer la « sauvegarde de l’environnement confié à l’homme par Dieu ».

Mais c’est une autre affaire qui a fait beaucoup de bruit dans les médias ces derniers jours, avec l’annonce d’une « grande victoire » de l’Eglise et des ONG dans le domaine de l’environnement, suivi de celle de son démenti, le lendemain, par les autorités concernées.

Mardi 23 avril, la presse philippine annonçait que la Cour suprême venait d’émettre un décret « environnemental » motivé par l’échouage d’un navire de guerre américain sur un récif corallien protégé. Situé au large de Palawan, dans la mer de Sulu, le massif corallien de Tubbataha (2) a subi ces dernières années plusieurs échouages de navires, dont celui du chasseur de mines américain USS Guardian, lequel aurait commis des « dégâts irréparables » au récif classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, en le percutant le 17 janvier dernier. Le navire a dû être découpé en tronçons dans une opération délicate qui ne s’est achevée que début avril. L’incident avait déclenché les foudres des organisations de protection de la nature, dont le WWF, ainsi que de l’Eglise et de nombreux partis politiques opposés à « l’ingérence des Etats-Unis aux Philippines ».

La semaine dernière, des militants écologistes, plusieurs avocats, de nombreuses personnalités politiques mais aussi catholiques – dont deux évêques –, avaient donc déposé une pétition devant la Cour suprême, demandant l’émission d’un décret environnemental pour protéger les massifs coralliens de Tubbataha. Les pétitionnaires exhortaient également la Cour à prendre des sanctions sévères à l’encontre de l’US Navy dont « les jeux de guerre » permis par le Visiting Forces Agreement (VFA) (3) , mettaient en péril les ressources naturelles des Philippines.

Le 23 avril, les réactions enthousiastes avaient fusé à l’annonce d’une décision de la Cour suprême, les uns saluant « une grande victoire pour l’environnement », les autres « un camouflet aux Américains », précisant même qu’« une très forte majorité des juges avaient voté en faveur d’une sanction contre les dirigeants du navire échoué mais aussi contre le président Aquino lui-même ».

Mais dès le 24 avril, par son compte twitter, puis par voie de presse, le bureau d’information de la Cour suprême publiait un démenti formel. « La Cour suprême n’a pas publié de décret, ni même émis d’ordre temporaire de protection environnementale », déclarait le porte-parole de la plus haute instance judiciaire philippine, Theodore Te, ajoutant « qu’il n’avait pas pour le moment été donné suite à la pétition menée par Mgr Pedro Arogi, évêque de Puerto Princesa (Palawan), et Mgr Deogracia Iniquez, évêque émérite de Callocan ». La Cour suprême concluait en précisant qu’elle ne prévoyait pas « d’étudier la question avant le mois de juin ».

Parallèlement, d’autres voix au sein de l’Eglise se sont également fait entendre pour dénoncer l’échec de la politique du président Aquino et le fait « qu’il n’avait respecté aucune de ses promesses de campagne ». Dans une déclaration parue le 23 avril, la Conférence des Supérieurs Majeurs des Philippines (AMRSP) a notamment pointé du doigt les problèmes non résolus de la pauvreté, de la non-application de la réforme agraire promise (un fait déjà dénoncé quelques jours plus tôt par une lettre ouverte de quelque 80 évêques), du non-respect des droits de l’homme (4), de la corruption et enfin de l’hégémonie des entreprises industrielles au dépens de l’environnement et des peuples aborigènes.