Eglises d'Asie

« Une seule priorité, l’annonce de l’Evangile » – Interview de Mgr Paul Bui Van Doc

Publié le 06/11/2014




La deuxième assemblée annuelle de la Conférence épiscopale a eu lieu, du 27 aux 30 octobre 2014, dans le diocèse de Nha Trang. A l’issue du rassemblement, Radio Free Asia (émissions en langue vietnamienne) a interrogé son président, l’archevêque de Saigon, Mgr Paul Bui Van Doc. Celui-ci a résumé les débats de la Conférence en insistant sur certains points, comme par exemple, …

… le projet de fondation d’un Institut catholique au Vietnam. En tant que président de la Conférence, il a également présenté l’évangélisation comme la tâche prioritaire du Vietnam, relativisant toutes les autres par rapport à elle.

Le texte vietnamien de l’interview est consultable ici. La traduction en français a été réalisée par la rédaction d’Eglises d’Asie.

Radio Free Asia : La première question concerne le synode extraordinaire sur la famille qui s’est tenu récemment à Rome et auquel vous y avez participé. En avez-vous fait un compte-rendu devant vos pairs ?

Mgr Paul Bui Van Doc : Je me suis contenté de fournir quelques informations en réponse aux questions des évêques, très peu seulement, car nous avions beaucoup d’autres sujets à débattre…

Quels ont été les autres thèmes débattus lors de cette assemblée ?

Des problèmes importants ont fait l’objet des travaux de cette assemblée. En premier lieu, l’institut catholique qui est sur le point de voir le jour. Nous en avons débattu avec minutie afin de pouvoir réaliser ce projet le plus tôt possible. On a parlé du lieu, du corps professoral… Nous sommes rentrés dans les détails.

La seconde question traitée a été celle de la construction de la basilique de Notre-Dame de La Vang. En ce qui concerne la famille, nous avons seulement procédé à l’élection de l’évêque devant participer au prochain synode, celui qui vient d’avoir lieu étant en effet « extraordinaire » (1). Selon les recommandations du Saint-Siège, les résultats du vote ne peuvent être dévoilés parce qu’ils n’ont pas été encore entérinés par Rome. C’est seulement après cette reconnaissance que l’on pourra faire connaître le nom de celui qui a été élu.

Monseigneur, vous venez de mentionner le problème de la fondation d’un institut catholique. Mais, après que ce projet a été connu, au début de l’année, tous ont considéré qu’il s’agissait seulement d’un institut de théologie catholique et non pas d’une université privée…

Oui, c’est vrai, ce sera d’abord un institut de théologie catholique. Puis, peu à peu, en fonction des circonstances, des ressources financières et de beaucoup d’autres facteurs entrant en ligne de compte, on pensera à le faire évoluer. Ce sera au début, un institut théologique. Mais il sera orienté de façon à devenir une institution semblable à l’« Institut catholique de Paris ». Dans cet établissement, la théologie et la philosophie sont les principales matières ; mais il y a aussi des sciences sociales et plusieurs autres disciplines.

Mais il faudra sans doute longtemps ?

Au début, il n’y aura sans doute que quelques classes débouchant sur le diplôme de bachelier (équivalent de la licence) en théologie. Ensuite, on pourra préparer le diplôme de Master en théologie. Pour la suite, il faudra aller faire des études à l’étranger. Mais, si nous avons le corps enseignant nécessaire et les conditions requises, dans l’avenir notre institut pourra délivrer le diplôme du doctorat. Mais, pour le moment, nous ne songeons qu’aux études préparant aux deux diplômes précédents.

Cela sera-t-il l’équivalent d’une formation dans un grand séminaire ?

Le programme sera le même, mais l’enseignement sera plus approfondi, plus rigoureux. Il exigera des professeurs diplômés, ayant déjà publié, et pratiquant des langues vivantes. Pour que cet institut soit reconnu, il faudra aussi que sa bibliothèque soit très bien fournie. Il devra avoir au moins douze professeurs titulaires du doctorat. Mais au Vietnam, on compte déjà bien plus de douze docteurs !

Il y a donc beaucoup d’éléments à prendre en compte : les ressources financières, le personnel… Autrefois, l’Eglise catholique du Vietnam avait une université catholique et un institut pontifical à Dalat. A cette époque, il y avait 20 000 étudiants. Nous avons donc déjà une expérience. Cette fois-ci, au début, nous n’aurons que quelques centaines d’étudiants. Mais ce chiffre augmentera peu à peu.

En dehors de ce projet d’institut d’études religieuses, qu’en est-il de la participation de l’Eglise à l’éducation et aux soins de santé, à l’heure actuelle ?

Peu à peu, le gouvernement nous permettra de réaliser cette contribution. En réalité, elle est déjà possible d’une manière indirecte si, dans l’Eglise, il y a des laïcs responsables d’entreprises dites à « responsabilité limitée ». En principe, n’importe laquelle de ces entreprises à responsabilité limitée a le droit (si le capital est suffisant et si certaines conditions relatives au capital et au personnel sont remplies) de demander à ouvrir un hôpital ou une école. Le gouvernement actuel exige toujours que l’entreprise à responsabilité limitée ait le statut de personne morale. C’est ainsi qu’en réalité, en matière scolaire, il existe déjà un certain nombre d’établissements. Ce n’est pas l’Eglise qui en assure directement la gestion, mais un laïc par l’intermédiaire d’une entreprise à responsabilité limitée… Cela existe déjà !

Mais, cela ne répond pas encore suffisamment à l’ambition de l’Eglise d’apporter sa contribution au développement de la société vietnamienne !

Cela n’existe pas encore. Nous ne pouvons pas exiger d’être totalement satisfaits en ce domaine. Même à l’étranger, ce n’est pas possible. Il y a la question de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la question de la laïcité qui rend cette contribution de l’Eglise difficile et cela, dans tous les pays. Naturellement, l’Eglise souhaite toujours obtenir davantage, elle attend davantage.

Parmi les conditions de la vie de l’Eglise, il y a les infrastructures matérielles. Autrefois, l’Eglise possédait un certain nombre d’établissements qui ont été confisqués par l’Etat. Jusqu’à présent, ils ne lui ont toujours pas été rendus. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Cela doit se faire peu à peu. Ce n’est pas une priorité absolue. Progressivement, quand il sera possible d’exprimer cette exigence, nous le ferons. La priorité absolue de l’Eglise, c’est l’annonce de l’Evangile. Il en a toujours été ainsi. En ce qui concerne les écoles ou encore la récupération des terrains, procédons progressivement ! Dans les endroits où cela paraît possible, nous réclamerons les anciens biens d’Eglise. Sinon, allons lentement ! Il ne s’agit pas d’une priorité !

Progressivement ? Mais il existe des dossiers brûlants !

Les dossiers brûlants, il ne faut pas y toucher ! Pourquoi faire ? Nous voulons vivre en bonne entente afin d’accomplir notre ministère pastoral. Envenimer les choses ne sert à rien, sinon à créer une de ces guerres comme il y en a tant dans le monde.

Peut-on utiliser les termes « dossiers brûlants » pour désigner des lieux que les habitants sont obligés de quitter sans que cela ne soit nécessaire, comme par exemple à Thu Thiêm ? (2)

A l’heure actuelle, ils ne sont pas encore partis ; ils sont toujours là !

La Conférence épiscopale a-t-elle une opinion pour empêcher ces expulsions ?

Cela dépend des ordinaires des lieux, de chaque diocèse…

Les personnes concernées réclament la justice.

Qui ne souhaite pas la justice ? Tout le monde la demande, sans exception.

Faut-il prendre la parole pour faire advenir cette justice ?

Il faut élever la voix, mais en fonction du moment, des circonstances, et du gain estimé et non pas n’importe quand et quand on veut, dans le seul désir de faire la guerre, comme le fait l’Etat islamique qui sème la mort dans les pays musulmans.

Cela est vrai. Mais on dit aussi que moins on réagit, plus on nous frappe.

Nous savons tout cela. Nous devons faire preuve d’habileté. Les gens croient que nous sommes des naïfs.

(eda/jm)