Eglises d'Asie

Hebei : l’évêque coadjuteur de Baoding explique les raisons de son adhésion à l’Association patriotique des catholiques chinois

Publié le 25/03/2010




Les informations faisant état de la récente adhésion de Mgr Francis An Shuxin, évêque coadjuteur du diocèse de Baoding, dans le Hebei, à l’Association patriotique des catholiques chinois (1) ont été confirmées par l’intéressé lui-même. Lors d’entretiens téléphoniques accordés à l’agence AsiaNews (2) et à l’agence Ucanews (3), Mgr An a confirmé son adhésion…

… à l’Association patriotique, expliquant que sa décision était motivée par son désir de voir renforcée l’unité dans son diocèse, un bastion de l’Eglise catholique en Chine où la communauté « clandestine » est particulièrement forte.

Mgr An Shuxin a déclaré avoir accepté d’adhérer à l’Association patriotique en juillet dernier, non pour en prendre la tête, comme dans nombre d’autres diocèses de Chine populaire où l’évêque du lieu préside la représentation locale de l’Association patriotique, mais pour en être l’un des cinq vice-présidents, la présidence étant assumée par un prêtre de Baoding, le P. Joseph Yang Yicun. Il a ajouté qu’il assumait également dorénavant la fonction de directeur du Comité pour les Affaires de l’Eglise, structure chargée de coordonner les contacts avec l’administration chinoise.

Agé de 60 ans, Mgr An a justifié sa décision par le fait de se sentir « démuni » face aux divisions, qu’il a qualifiées de « cruelles », au sein de la communauté catholique et ajouté qu’il espérait que son geste pourrait « aider au développement du diocèse ». « J’ai adhéré à l’Association patriotique pour le bien du diocèse afin de répondre à l’urgence de l’évangélisation », a-t-il précisé à l’agence AsiaNews.

Très conscient du fait que le pape Benoît XVI, dans sa Lettre aux catholiques chinois de 2007, a écrit que les « agences étatiques » exerçant un pouvoir sur l’Eglise en dehors du contrôle du Saint-Siège étaient « incompatibles avec la doctrine catholique », Mgr An a expliqué que bien que l’Association patriotique était sans conteste possible une agence étatique, le fait que les évêques et les prêtres y occupent des positions-clefs était une manière d’amener ces structures dans le giron de l’Eglise, le seul objectif poursuivi étant de contribuer à préserver la foi et les intérêts de l’Eglise. « Nous demeurons soumis au pape dans la foi et la doctrine de l’Eglise. Je n’ai rien promis à quiconque, sinon d’accepter d’assumer cette position au sein de l’Association patriotique », a-t-il déclaré à l’agence Ucanews, ajoutant que l’expérience des autres évêques dans d’autres diocèses avait démontré qu’« il n’[était] pas possible de travailler normalement si vous ne parven[iez] pas à vous faire reconnaître par les autorités. »

Appartenant à la communauté « clandestine » de Baoding, Mgr An Shuxin a passé dix ans en détention, de 1996 à 2006. En août 2006, il était libéré, suscitant la surprise et l’incompréhension d’une bonne part des prêtres et des fidèles « clandestins » de Baoding. Dans l’entretien accordé à Ucanews ces jours-ci, Mgr An reconnaît bien volontiers que sa décision a été incomprise par les siens. « Après ma libération, en 2006, j’ai refusé d’adhérer à l’Association patriotique. J’ai changé d’avis après avoir lu la Lettre du pape », explique-t-il. Il ajoute en substance que la Lettre du pape laisse la décision de s’enregistrer ou non auprès des autorités civiles aux évêques placés à la tête des diocèses, ceux-ci agissant en consultation avec leurs prêtres et en ayant soigneusement pesé les conséquences de leurs actes. Il précise que, ces derniers temps, il a pris soin de communiquer régulièrement avec le Saint-Siège sur la situation du diocèse de Baoding et que la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, à Rome, a répondu positivement à ses efforts en vue de parvenir à la réconciliation de la communauté catholique locale.

Selon le P. Yang Yicun, les autorités locales de Baoding ont transmis à l’échelon national du Bureau des Affaires religieuses la décision de Mgr An d’adhérer à l’Association patriotique. Une réponse est attendue prochainement de Pékin, qui donnerait à l’évêque coadjuteur de Baoding un statut officiel, plein et entier.

Selon les observateurs, si les déclarations de Mgr An ont le mérite de clarifier sa situation, elles n’apportent pas de précision sur les chemins de réconciliation que pourraient emprunter les catholiques de Baoding. Une trentaine de prêtres reconnaîtraient à ce jour l’autorité de Mgr An. Une soixantaine d’autres la rejetteraient, ou, à tout le moins, exprimeraient leur désaccord avec la décision de l’évêque d’adhérer à l’Association patriotique, courroie de transmission entre le régime chinois et l’Eglise catholique de Chine. Ils mettent notamment en avant le fait que Mgr An n’aurait pas dû accepter une quelconque position officielle tant que l’évêque en titre, Mgr James Su Zhimin, demeure en détention. Agé de 77 ans, Mgr Su Zhimin a été arrêté en octobre 1997 et on est sans nouvelles de lui depuis cette date, mis à part le fait qu’il a été brièvement entraperçu dans un hôpital de Baoding en novembre 2003.