Eglises d'Asie

Les Bangladais rejettent une augmentation salariale « insuffisante »

Publié le 18/09/2018




Suite à l’annonce d’une augmentation de salaire jugée injuste, les syndicats représentant les travailleurs du textile au Bangladesh ont dénoncé les propriétaires d’usines, les accusant d’exploiter les ouvriers afin d’engendrer des bénéfices de manière abusive. Alors que le gouvernement propoese 8 000 takas (95 dollars) par mois de salaire minimum au lieu des 5 300 takas actuels, les représentant sdes ouvriers du textile estiment que la décision ne prend pas en compte les conditions et la détresse des travailleurs du textile. L’industrie représente 25 milliards de dollars et près de 80 % de la balance commerciale du pays.

Les ouvriers du textile et les syndicats bangladais ont rejeté une proposition d’augmentation du salaire mensuel, la jugeant insuffisante, injuste et illogique. Des manifestations ont été organisées dans la capitale, Dhaka, afin de s’opposer une augmentation du revenu minimum de 5 300 takas (66 dollars) à 8 000 takas (95 dollars). Ils demandent que le revenu soit élevé à 16 000 takas (188 dollars). Le 13 septembre, Mujibul Haque, ministre du Travail et de l’Emploi, a annoncé l’augmentation salariale lors d’une conférence de presse, après une réunion de la Commission du salaire minimum en présence de représentants des ouvriers, des employeurs et du gouvernement. Le revenu minimum a été fixé à 3 000 takas en 2010, puis à 5 300 takas en 2013. Mais pour Monzur Moni, secrétaire des affaires internationales du syndicat représentant les ouvriers du textile, basé à Dhaka (Garment workers trade union center), le nouveau revenu proposé est injuste et inacceptable. Ainsi, un agent de nettoyage gagnerait 17 500 takas par mois et l’ouvrier d’un chantier naval gagnerait 16 000 takas par mois, tandis que les ouvriers du textile ne gagneraient que 8 000 takas.
« C’est de l’injustice », dénonce Monzur Moni, qui ajoute que les travailleurs de ce secteur sont négligés depuis longtemps. « Les ouvriers bangladais ont les plus bas salaires au monde », affirme-t-il. « Les propriétaires sont des voleurs, tout simplement, et, ils se font de l’argent en exploitant les ouvriers », regrette Atique Rahman, 34 ans, machiniste depuis cinq ans dans une usine textile à Gazipur, en banlieue de Dhaka, où il gagne environ 7 000 takas par mois. Son épouse travaille dans le même secteur et gagne 6 000 takas par mois. « Notre revenu n’est pas suffisant pour faire vivre correctement nos trois enfants », explique-t-il. « Les fins de mois sont très difficiles, après avoir payé le loyer de la maison, la nourriture et l’éducation de nos enfants. » La famille envoie également de l’argent à leurs parents, dans leur village d’origine. Pour Atique, l’annonce des nouveaux niveaux de salaires est disproportionnée et ne prend pas en compte la détresse des ouvriers.

80 % de la balance commerciale bangladaise

De son côté, le père Liton Hubert Gomes, secrétaire de la commission Justice et paix de l’archidiocèse de Dhaka, accueille l’augmentation de salaire tout en l’estimant toujours insuffisante. « Cette augmentation est un signe positif, qui montre que le gouvernement n’oublie pas les ouvriers du textile », pense le père Gomes. « Mais je suis sûr que 8 000 takas par mois, ce n’est pas assez pour une famille. » Le prêtre ajoute qu’aucune étude n’a été faite pour comparer les salaires minimums aux niveaux de profits des propriétaires d’usines. « Avec une étude présentant l’ensemble des profits et des charges des employeurs ainsi que les conditions de travail des ouvriers, je pense que le gouvernement serait capable de déterminer quel est le salaire auquel ils ont droit », souligne le père Liton.
Siddiqur Rahman, président de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association), estime que la nouvelle proposition est juste. « Il est normal que les ouvriers demandent un salaire plus élevé », confie-t-il. « Mais ils doivent aussi penser aux propriétaires. » Siddiqur Rahman ajoute que des salaires plus élevés porteraient atteinte au secteur du textile. L’industrie bangladaise, qui représente près de 25 milliards de dollars, est la deuxième plus importante au monde du secteur, juste après la Chine. Elle emploie environ quatre millions d’ouvriers, des femmes originaires des milieux ruraux pour la plupart, et représente 80 % de la balance commerciale du pays. Par ailleurs, l’industrie textile bangladaise est connue pour des conditions de travail particulièrement périlleuses qui conduisent à de multiples accidents, comme des incendies ou l’écroulement de bâtiments… Le pire cas s’est déroulé en 2013 à l’usine de Rana Plaza, dont l’effondrement a entraîné la mort de plus de 1 100 ouvriers et en a blessé plusieurs milliers d’autres. La tragédie avait suscité l’indignation de la communauté internationale et déclenché de nombreux appels à réformer les normes de sécurité du textile dans le pays.

(Avec Ucanews, Dhaka)