Eglises d'Asie

Les cendres d’une centrale à charbon paralysent un village sri-lankais

Publié le 19/09/2018




Des villageois sri-lankais affirment que les cendres de la centrale thermique à charbon de Lakvijaya affectent leur santé ainsi que l’activité des pêcheurs et des agriculteurs de la région, à proximité du village de Norochcholoai, à 144 kilomètres au nord de Colombo. Les habitants de la région se plaignent également des problèmes de peau touchant leurs enfants, et l’évêque de Chilaw dénonce les risques sociaux et économiques liés au lieu d’implantation de la centrale, mise en service en 2011 et financée par la Chine. Le charbon représente 40 % de l’électricité produite dans le monde et 46 % des émissions de dioxyde de carbone.

Sebastian Fernando, un agriculteur sri-lankais, cultivait la betterave avant que son gagne-pain ne disparaisse littéralement sous les cendres. Quant aux enfants de ce village reculé de Norochcholai, à 144 kilomètres au nord de Colombo, ils voient leurs mains et leurs corps s’irriter à cause de la cendre. De leur côté, les pêcheurs se plaignent de leurs prises qui deviennent plus rares, ajoutant qu’ils ne peuvent pas se rendre en mer quand le charbon est déchargé dans le port. Tous montrent du doigt la centrale thermique de Lakvijaya, la première centrale à charbon du Sri Lanka, dont la construction a commencé en mai 2006 avant qu’elle soit mise en service en 2011. « Quand le vent vient de la mer, toute la région est couverte de cendres volantes. Les maisons et tout le quartier deviennent noirs », affirme Fernando, père de deux enfants.
Le gouvernement a essayé à plusieurs reprises de régler le problème, mais les agriculteurs et les pêcheurs demandent qu’une solution durable soit trouvée. La plupart des villageois vivant à proximité de l’usine, qui a été financée par la Chine, dépendent de l’agriculture et de la pêche. Plusieurs d’entre eux ont déposé une plainte contre la centrale auprès de la Cour suprême. Ils expliquent que même si beaucoup de gens ont besoin de l’électricité produite par la centrale, les villageois ne peuvent pas se sacrifier pour les autres. Chaque jour, la centrale relâche 1 000 tonnes de cendres volantes quand ses trois générateurs sont actifs. Elle rejette également 100 tonnes de cendres par jour. La construction de la centrale de Lakvijaya a coûté 1,34 milliards de dollars. Son financement a été accordé par le gouvernement chinois à un faible taux d’intérêt. Le charbon est acheminé dans la région par bateau, avant d’être déchargé dans des barges à environ 4 kilomètres des côtes. Selon les écologistes, les cendres contiennent de l’arsenic et d’autres substances toxiques qui peuvent entrer en contact avec l’eau. Ce qui pourrait entraîner de graves problèmes de santé. Les villageois et plusieurs médecins pensent que les problèmes de peau qui touchent de nombreux enfants sont dus aux cendres rejetées par la centrale située à proximité.

46 % des émissions de dioxyde de carbone

Alors que la centrale était encore en projet, une importante campagne avait été menée par des écologistes ainsi que par l’ancien évêque de Chilaw, Mgr Frank Marcus, pour s’opposer à son lieu d’implantation, mais le régime du président Mahinda Rajapaksa a donné son accord malgré tout. « Nous ne sommes pas contre le développement, mais la région est plus adaptée à des sources d’énergies renouvelables comme l’énergie solaire ou éolienne. Nous avons souligné les risques sociaux et environnementaux », explique hemantha Withanage, directeur du Centre pour la justice environnementale. Les écologistes affirment également que la centrale a fonctionné durant plus d’un an sans avoir renouvelé le permis accordé par la NWEA (Autorité environnementale du Nord-Ouest). Cette dernière a décidé de la lui accorder après qu’un pare-vent a été construit afin d’empêcher les cendres de s’échapper. Mais pour Sajeewa Chamikara, directeur de la Fondation pour la conservation de l’environnement (Environmental conservation trust), ce pare-vent n’est pas suffisant pour que le permis soit accordé à la centrale.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), le charbon représente un tiers de l’énergie utilisée dans le monde et 40 % de l’électricité produite. « Si la centrale détériore le niveau de vie dans la région, le gouvernement doit repenser son emplacement », a affirmé Mgr Valence Mendis, évêque de Chilaw. Le père Ranil Sadaruwan, basé à Ilaththadiya et dont la paroisse couvre le village de Norochcholai, a tenté d’attirer l’attention sur le problème auprès des médias locaux. Pour lui, la centrale est source de beaucoup de problèmes sociaux et économiques. Les dirigeants de la centrale vivent dans des maisons somptueuses et ne subissent pas la souffrance qui touche les villageois, a-t-il souligné auprès des médias. Le directeur de la centrale, Indrajit Gallage, a confié que 95 % des mesures de précaution disponibles ont été prises en 2018, afin d’atténuer les conséquences de la centrale sur l’environnement et sur les villageois. Selon l’ONG internationale Endcoal (« arrêtons le charbon »), le charbon est considéré comme l’une des causes principales du réchauffement climatique. La combustion du charbon représenterait 46 % des émissions de dioxyde de carbone dans le monde.

(Avec Ucanews, Norochcholai)