Eglises d'Asie

Emploi : réactions partagées à l’annonce de la fin du système de quotas

Publié le 09/10/2018




Depuis 1972, le gouvernement bangladais réserve 56 % des emplois de la fonction publique à différents groupes : 30 % pour les descendants des indépendantistes bangladais (les Mukti Bahini, qui se sont battus pour l’indépendance du pays en 1971), 10 % pour les femmes, 10 % pour les districts défavorisés, 5 % pour les minorités ethniques et 1 % pour les personnes handicapées. Le gouvernement a décidé de mettre fin à ce système de quota le 3 octobre. Malgré un soutien massif de la population qui jugeait le système injuste et discriminatoire, des protestations se sont élevées, notamment parmi les étudiants originaires des minorités.

Le gouvernement bangladais a mis fin au système de quotas concernant les emplois de la fonction publique dans le pays, une décision qui a provoqué la colère des groupes concernés qui bénéficiaient du système depuis 1972. Un cabinet ministériel, dirigé par le premier ministre Sheikh Hasina de la Ligue Awami, a approuvé le 3 octobre la fin des quotas pour les emplois de la fonction publique des premiers et seconds degrés. Depuis plus de quarante ans, le gouvernement bangladais réservait 56 % des emplois de la fonction publique à plusieurs groupes : 30 % pour les descendants des indépendantistes bangladais (les Mukti Bahini, qui se sont battus pour l’indépendance du pays en 1971), 10 % pour les femmes, 10 % pour les districts défavorisés, 5 % pour les minorités ethniques et 1 % pour les personnes handicapées. La décision a été soutenue massivement par la population, qui jugeait le système injuste, dépassé et discriminatoire.
Le trentenaire Rajib Ghosh, jeune diplômé et à la recherche d’un emploi à Dhaka, a salué la fin des quotas, mais il pense que certains aspects du système auraient dû être conservés. « J’ai essayé d’obtenir un emploi au sein de la fonction publique mais j’ai échoué, parce que le système de quotas rendait la compétition très dure. Maintenant, j’espère trouver du travail à la mesure de mes compétences », souligne Rajib. « Cela dit, je pense que le gouvernement devrait réserver un quota pour les minorités ethniques et les personnes handicapées », ajoute-t-il. Liba Akter, 36 ans et employée d’une banque de Dhaka, affirme que le système de quota a mis fin à ses rêves de carrière avant même qu’elle commence. « Quand j’étais étudiante et à la recherche d’un travail, je rêvais d’entrer dans la police », confie-t-elle. « La fin des quotas donne une chance aux étudiants et aux demandeurs d’emploi de trouver un bon travail selon leurs propres mérites. » Hasan Al Mamun, du Comité bangladais pour la protection des droits des étudiants (Bangladesh General Students’ Rights Preservation Council) ajoute que son groupe approuve la décision du gouvernement. « Il est illogique et immoral qu’un pays réserve 56 % des emplois à certaines catégories de la population, et seulement 44 % aux autres », souligne Hasan. Mais il aurait préféré que le système des quotas soit réformé, et non supprimé.

Oppositions à la fin des quotas

Cependant, la décision a provoqué des manifestations dans la capitale contre la décision et dans plusieurs autres districts, quelques heures seulement après l’annonce du gouvernement. Parmi les protestations, l’une d’entre elles a rassemblé des dizaines de descendants des combattants du Mukti Bahini, qui ont bloqué un carrefour important de Dhaka afin de demander de rétablir le quota de 30 % qui leur était réservé. Atiqur Rahman, secrétaire du groupe (Freedom Fighters Descendants Command) à la tête de la manifestation, juge la décision humiliante. « C’est décevant. Nous croyons que c’est une défaite morale au détriment des forces qui ont libéré le pays », regrette Atiqur, qui ajoute que la manifestation continuera jusqu’à ce que le quota soit rétabli. Dans le nord de Rajshahi, les étudiants de l’université de la ville ont bloqué une autoroute afin de protester contre la fin des quotas. Suite aux manifestations, le premier ministre Hasina a déclaré que le gouvernement ne reviendrait sur sa décision qu’en cas de « pression importante » de la part de la population.
Mgr Gervas Rozario, évêque de Rajshahi, pense que la fin des quotas est un coup dur pour les communautés marginalisées. « Bien que nous soutenions le fait de recruter les gens pour leurs mérites, il faut aussi prendre en compte que tous les pays ont des systèmes de quotas pour protéger les classes défavorisées comme les minorités ou les personnes handicapées », souligne l’évêque, vice-président de la conférence épiscopale bangladaise. Jibon William Gomes, catholique et fervent défenseur des personnes handicapées dans le pays, partage son inquiétude. « Nous soutenons la décision du gouvernement concernant le fait de donner la priorité aux mérites dans les processus de recrutement, mais nous sommes inquiets concernant les personnes handicapées, qui peuvent faire face aux discriminations malgré leurs qualifications et leurs mérites », alerte-t-il. « Les personnes handicapées représentent environ 10 millions de personnes dans le pays, et elles seront affectées par la fin des quotas. » William Nokrek, un étudiant catholique de l’ethnie Garo, pense que cela va entraîner une plus grande marginalisation des minorités ethniques. « On compte au moins cinquante groupes ethniques minoritaires dans le pays, dont quarante ne sont représentés ni dans les emplois de première classe de la fonction publique, ni dans ceux de deuxième classe », confie William. « Cela ne fera qu’empirer les choses pour eux. » Irin Sultana, 29 ans, diplômée d’une université de Dhaka, espérait que les quotas seraient préservés pour aider les femmes à trouver du travail : « Certaines femmes s’opposent aux quotas, mais je peux vous dire que le système bénéficierait à beaucoup de familles démunies. »

(Ucanews, Dhaka)