Eglises d'Asie

Un missionnaire défunt honoré pour son travail auprès des drogués

Publié le 19/10/2018




L’Église bangladaise rend hommage au frère Ronald Drahozal, missionnaire américain de la congrégation de la Sainte-Croix, mort le 16 octobre à l’âge de 81 ans (ici en photo avec des enfants d’un bidonville de Dhaka). L’évêque du diocèse de Rajshahi, Mgr Gervas Rozario, salue l’œuvre du missionnaire qui a consacré une grande partie de sa vie au traitement et à la réhabilitation des jeunes drogués au Bangladesh. Près de 4 000 toxicomanes ont pu être guéris grâce à l’organisation qu’il a fondée en 1962.

Les Bangladais pleurent la mort d’un missionnaire catholique américain qui a dédié une grande partie de sa vie au traitement et à la réhabilitation des drogués au Bangladesh. Le frère de la Sainte-Croix Ronald Drahozal est mort le 16 octobre dans une maison de retraite de son ordre située dans l’État américain de l’Indiana. Il avait 81 ans. Le frère Drahozal souffrait de plusieurs maladies depuis des années et il était aux États-Unis depuis mars 2018 pour y recevoir un traitement médical. Le travail du missionnaire a permis de venir en aide à des milliers de jeunes bangladais dans leur combat contre l’addiction. Son œuvre lui a valu une reconnaissance nationale et internationale. Mgr Gervas Rozario, évêque du diocèse de Rajshahi et vice-président de la conférence épiscopale du Bangladesh, assure que la mort de frère Drahozal est une grande perte. « Il enseignait aux drogués la valeur de la vie et il aidait les familles à comprendre leur rôle crucial dans le traitement et la guérison des personnes dépendantes », témoigne Mgr Rozario, également président de Caritas Bangladesh.
L’évêque explique que le travail du frère Drahozal a contribué à diminuer l’influence de la drogue et du crime organisé dans le pays. « Son travail a rendu un énorme service pour défendre la paix au sein de la société bangladaise », souligne Mgr Rozario. Après son arrivée au Pakistan oriental (le Bangladesh actuel) en 1962, le frère Ronald Drahozal a fondé le Centre Baraca (Bangladesh assistance and rehabilitation Center for addicts), un centre de traitement de la toxicomanie, en 1988 dans la capitale. Il a dirigé l’organisation jusqu’en 1995 avant d’en transmettre la direction à Caritas. Alors qu’il travaillait encore au centre Baraca, il a également fondé Ashokti Punorbashon Nibas (Apon), un centre de désintoxication, dans le quartier Muhammadpur de Dhaka, grâce à des dons de sa famille et de ses proches et avec l’aide d’un confrère, le frère Donald Becker.

Près de 4 000 drogués guéris grâce au centre

En 1994, frère Drahozal a pris en charge la direction d’Apon, une charge qu’il a assumée durant le reste de sa vie missionnaire. En 2007, frère Drahozal a déménagé le centre dans le district de Manikganj, dans le centre du pays, à l’aide de dons locaux et internationaux, et il l’a nommé « Apongaon » (Village Apon). Le nouveau centre comprend des hébergements, des salles de conférence, une école pour les enfants jusqu’au CM2, une école de formation professionnelle, des jardins et un terrain de jeux. Pour le Dr Edward Pallab Rozario, secrétaire de la commission de la santé pour la conférence épiscopale bangladaise, c’était un « pionnier et un éclaireur ». « C’est le premier qui s’est occupé des drogués de la rue dans le pays. Il regardait les drogués, qui vivaient dans la rue et qui étaient méprisés par leurs propres familles, avec un regard plein de miséricorde et avec un amour inconditionnel », affirme le Dr Rozario. « Il voyait la toxicomanie comme une maladie qui pouvait être guérie. Il a essayé de changer la vie des drogués ou même de coupables de crimes comme des vols ou même des meurtres », ajoute-t-il.
Depuis 1994, près de 4 000 personnes ont été guéries de leur addiction grâce à l’organisation fondée par le missionnaire. Celle-ci a également contribué au traitement et à la réhabilitation, directement ou indirectement, d’environ 200 000 drogués, selon la direction du centre Apongaon. Le missionnaire de la Sainte-Croix Stephen Binoy Gomes, actuellement à la tête du centre, confie que sa congrégation poursuivra le travail du frère Drahozal. « Nous disons au revoir, avec beaucoup de peine à un grand missionnaire. Il a assumé une mission très éprouvante afin de servir les drogués et de changer leurs vies. C’est un service particulièrement prioritaire pour nous. Nous devons continuer à faire avancer ce projet, car pour nous, il suit la mission de guérison de Jésus auprès des malades », explique le frère Gomes, ancien provincial des Frères de la Sainte-Croix au Bangladesh. Une veillée de prière interreligieuse a été organisée le 17 octobre au centre Apongaon afin de rendre hommage au missionnaire. Des centaines de drogués et d’anciens toxicomanes étaient attendus.
Né dans l’Iowa en 1937, le frère Drahozal avait prononcé ses vœux temporaires et perpétuels au sein de la congrégation de la Sainte-Croix en 1958 et en 1961. Avant de travailler auprès des jeunes drogués bangladais, il a enseigné l’anglais dans plusieurs écoles catholiques à travers le pays et supervisé la formation des candidats à la vie sacerdotale et religieuse dans le pays.

(Avec Ucanews, Dhaka)