Eglises d'Asie

51 chrétiens pakistanais demandeurs d’asiles arrêtés par les services d’immigration

Publié le 11/07/2019




Le 8 juillet, une nouvelle arrestation d’un groupe de 51 réfugiés pakistanais a suscité une nouvelle inquiétude parmi les demandeurs d’asile. De nombreuses familles de chrétiens pakistanais viennent régulièrement trouver refuge en Thaïlande, pour fuir les discriminations contre les minorités au Pakistan. Les demandeurs d’asile entrent dans le pays avec des visas touristiques, dans l’espérance d’être acceptés par un pays tiers, et patientent bien au-delà des délais imposés par leurs visas. Les services d’immigration interviennent régulièrement pour les placer dans les centres de détention de Bangkok.

Les autorités thaïlandaises ont arrêté 51 chrétiens pakistanais à Bangkok, ranimant les craintes des réfugiés chrétiens demandeurs d’asile face à une nouvelle répression contre les immigrants illégaux. Selon les témoins, les équipes des services d’immigration sont arrivées dans deux fourgons de police, devant un immeuble résidentiel de l’est de la capitale, où plusieurs familles chrétiennes pakistanaises se cachaient depuis l’expiration de leurs visas touristiques. Sans doute alertée par des riverains, la police de l’immigration a frappé à plusieurs portes de l’immeuble vers 7 heures du matin, le 8 juillet. En l’absence de réponse de la part des résidents apeurés, les policiers sont intervenus en forçant les portes, avant d’embarquer des familles entières vers le Centre de détention d’immigrants de Bangkok où de nombreux détenus sont enfermés, parfois indéfiniment, dans des cellules insalubres et surpeuplées. « Ils ont emporté tout le monde – les hommes, les femmes, les personnes âgées et les jeunes enfants », raconte un demandeur d’asile pakistanais, qui a été témoin de la scène en direct via son téléphone. « Ils ont même pris les personnes âgées invalides, qui ne peuvent plus marcher. » Les policiers auraient brutalisé certains d’entre eux qui refusaient de quitter les appartements, y compris des femmes devant leurs enfants. « Ils ont emporté certains de mes amis, je suis très inquiet pour eux », confie un chrétien pakistanais. Certains membres de la communauté montrent des images de l’arrestation en guise de preuves, prises avec leurs téléphones, sur lesquelles on peut voir des portes en contreplaqué défoncées et de nombreux réfugiés, notamment une femme âgée affolée en train d’être emmenée vers les fourgons de police.

Plusieurs centaines de familles chrétiennes pakistanaises réfugiées

L’arrestation a réveillé les craintes des chrétiens pakistanais résidant à Bangkok, face à une nouvelle répression contre les immigrants illégaux, notamment les demandeurs d’asile ne bénéficiant pas du statut officiel de réfugiés accordé par l’ONU. Des centaines de chrétiens pakistanais ont fui leur pays en craignant pour leur vie, et sont réfugiées à Bangkok dans une situation incertaine. Ils sont arrivés avec des visas touristiques, arrivés à expiration depuis longtemps. Les autorités thaïlandaises refusent de les accepter comme des véritables réfugiés, et les considèrent comme des immigrants illégaux. C’est pourquoi ils sont régulièrement arrêtés et détenus par les autorités, aux côtés d’autres minorités persécutées provenant d’autres pays. Beaucoup d’entre eux passent leur temps à se cacher, affirmant qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas retourner au Paksitan. Les chrétiens, qui représentent moins de 2 % de la population pakistanaise, sont considérés comme la minorité la plus persécutée dans la région, où ils subissent de nombreuses discriminations face à un islam conservateur dominant. « Nous ne pouvons pas y retourner, mais nous ne pouvons pas rester ici non plus », confie l’un d’entre eux, demandeur d’asile à Bangkok. « La Thaïlande refuse de nous accueillir. » Leur seule option est d’espérer être acceptés en tant que réfugiés par un pays tiers. Un processus qui peut pourtant prendre plusieurs années. En attendant, ils font de leur mieux pour rester hors de vue. Ils s’aventurent à l’extérieur seulement après le coucher de soleil, pour faire quelques courses. Comme ils ne peuvent pas travailler légalement, ils s’en sortent grâce aux aides fournies par les œuvres de charité chrétiennes.

Les 51 personnes détenues vont sans doute se retrouver dans des conditions spartiates, avec peu d’hygiène et d’accès aux soins, pour certains pendant plusieurs mois voire plusieurs années, et dans l’incapacité d’être contactés depuis l’extérieur. « Ma femme est particulièrement inquiète », explique un jeune catholique pakistanais originaire de Lahore, dont la femme attend un deuxième enfant. « Nous voulons à tout prix quitter le pays, mais tout ce que nous pouvons faire, c’est attendre d’être accepté par un pays tiers », ajoute-t-il. D’autres sont forcés de chercher de nouveaux abris où se cacher, même temporairement. La loi thaïlandaise interdit de louer des logements aux immigrants illégaux, et certains propriétaires n’hésitent pas à chasser tout le monde à la moindre inquiétude. « Notre propriétaire nous a demandé de quitter l’immeuble dès que possible, parce que les prochains jours risquent d’être dangereux pour nous », explique l’un d’entre eux, évoquant sa propre famille et deux autres familles. « Nous avons cherché mais nous n’avons pas pu trouver d’autres lieux suffisamment sûrs. »

(Avec Ucanews, Bangkok)


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