Eglises d'Asie

Appel du cardinal Tong contre la violence : restaurer l’espoir et la confiance

Publié le 15/10/2019




C’est seulement « en respectant les demandes des citoyens que l’harmonie sociale peut être reconstruite », confie le cardinal John Tong, administrateur apostolique du diocèse de Hong-Kong. Le mouvement de protestation contre le projet de loi sur l’extradition (retiré après trois mois de contestations), a évolué en devenant un véritable mouvement pro démocratie. Depuis, la réaction du gouvernement a poussé des groupes de manifestants au vandalisme et aux affrontements avec la police. Le 11 octobre, le cardinal Tong a publié une lettre invitant les citoyens et les fidèles à « reprendre espoir » : « La violence n’est pas la solution au problème actuel, elle ne fait qu’entraîner des blessures plus profondes. » En juillet, il avait déjà signé un appel demandant au gouvernement de retirer la loi et de créer une commission d’enquête sur les violences. Aujourd’hui, il appelle le gouvernement à « reconstruire la confiance mutuelle ». Extraits.

Chers amis de Hong-Kong, non seulement les émeutes qui ont commencé en réaction à la loi sur l’extradition n’aboutissent pas, mais la situation ne fait qu’empirer. En tant que citoyen de Hong-Kong, cela me fait beaucoup de peine. Je suis un religieux et non un homme politique ; en fait, je ne suis pas là pour proposer une solution possible au problème. Toutefois, grâce à ma foi, je suis fermement convaincu que le Seigneur est le maître de l’histoire humaine. Le bon sens ne suffit pas pour expliquer ce qui est en train de se passer, et les personnes impliquées ne savent pas comment réagir. Et pourtant, je crois que Dieu nous accompagne dans les temps difficiles. Beaucoup de fidèles m’ont demandé : « À part la prière, que pouvons-nous faire ? » Je sais que la prière peut convertir notre cœur en nous aidant à faire face à cette épreuve et à trouver l’espoir. Je sais qu’il est possible de perdre le contrôle durant cette période de troubles constants. Dans une telle situation, je suggère que vous preniez du recul en vous rappelant comment nous avons dépassé les épreuves du passé en gardant espoir. Et si toutes ces informations négatives affectent votre paix intérieure, je conseille aux gens de se confier à un ami de confiance qui vous comprend ; cela peut nous aider à avancer.

Quand nos requêtes légitimes ne sont pas acceptées, nous pouvons nous sentir frustrés. Mais vous ne devez pas perdre espoir, parce que le désespoir nous ôte toute perspective d’avenir et draine notre vie même. Nous devons être prudents, parce que la colère entraîne la haine. Peu à peu, cela consume notre capacité à distinguer le bien du mal, jusqu’à détruire le bien et entraîner la violence. Je crois fermement que la violence n’est pas la solution au problème actuel, mais que cela ne fait qu’entraîner des blessures de plus en plus profondes. Les deux Guerres mondiales qui ont eu lieu au siècle dernier et le génocide commis dans la péninsule des Balkans durant la fin des années 1980, et qui semblent si proches, ont entraîné des morts innombrables. C’est précisément le fruit de la haine. Comme nous le savons tous, Gandhi et Nelson Mandela ont mené des manifestations pacifiques contre la tyrannie, en s’attirant la reconnaissance internationale. On dit que nous sommes tous frères et sœurs : cela correspond parfaitement avec notre foi chrétienne. Nous partageons tous la même origine, la même nature, le même droit à la vie, la même dignité. Chaque personne apporte une expérience de vie différente et ses propres opinions ; c’est pourquoi nous devons nous respecter les uns les autres en écoutant notre conscience. C’est seulement en respectant les demandes des citoyens que l’harmonie sociale peut être reconstruite. C’est pourquoi, aujourd’hui, la priorité est de reconstruire la confiance mutuelle entre le gouvernement et les citoyens, et de faire revenir cette précieuse harmonie sociale qui a été blessée. Je ressens une grande tristesse en voyant les jeunes anxieux et inquiets à cause de la situation sociale actuelle, parce qu’ils représentent non seulement notre avenir mais aussi notre présent. Ce qui nous arrive les rend troublés et déçus : comment pouvons-nous les aider à échapper à ce labyrinthe ? C’est la priorité de toutes les couches sociales et des autorités. J’invite le gouvernement à écouter les cris des citoyens hongkongais. Les dirigeants doivent appliquer et respecter la loi consciencieusement, et restaurer la confiance et le respect des citoyens envers eux. Que Dieu vous bénisse tous.

(Avec Asianews, Hong-Kong)


CRÉDITS

DR