Eglises d'Asie

Aung San Suu Kyi appelle le parlement à changer la Constitution birmane

Publié le 08/02/2019




Suite à une proposition du parti NLD au pouvoir, la Ligne nationale pour la démocratie, 36 législateurs de l’assemblée de l’union se sont réunis le 5 février afin d’échanger sur une modification de la Constitution. Mercredi 6 février, le Parlement a approuvé la formation d’un comité chargé d’amender le texte actuel, qui donne de grands pouvoirs à l’armée birmane, qui contrôle 25 % des sièges de l’assemblée et plusieurs ministères. Aung San Suu Kyi, la conseillère d’État, a déclaré que c’était la responsabilité et le devoir des législateurs, qui devaient avoir le courage de changer la Constitution.


La conseillère d’État Aung San Suu Kyi a souligné que les législateurs avaient la responsabilité et le devoir de modifier la Constitution afin de limiter davantage l’influence politique de l’armée. « Le devoir principal du pouvoir législatif n’est pas de voter des lois pour le pays. La responsabilité et le devoir des représentants de l’Hluttaw [Pyidaungsu Hluttaw ou Assemblée de l’Union] est avant tout envers la Constitution », a-t-elle affirmé. Ses observations sont survenues suite à une proposition urgente du parti au pouvoir, le NLD (Ligne nationale pour la démocratie), de former une commission paritaire composée de législateurs afin d’amender la Constitution. Aung San Suu Kyi a déclaré qu’ils devaient avoir le courage de la changer si elle est mauvaise. « Vous devez absolument avoir le courage de changer si vos positions et vos points de vue ne sont pas bénéfiques pour le pays », a-t-elle souligné. Le 5 février, quelque 36 législateurs du NLD et d’autres partis politiques ont échangé sur la proposition. Toutefois, les chefs militaires qui ont manifesté leur opposition à la proposition, le 29 janvier, en restant debout en silence, n’ont pas soumis leurs noms pour participer au débat.

Les militaires, qui contrôlent 25 % des sièges de l’assemblée, ont un droit de véto contre toute modification constitutionnelle, en particulier pour des clauses qui diminueraient leur pouvoir politique. Mercredi 6 février, le NLD étant majoritaire au Parlement, la formation d’un comité chargé d’amender le texte a été approuvée à 67 %. « J’ai déjà accepté de modifier la constitution. Il est important de l’amender quand c’est nécessaire », a affirmé le général Min Aung Hlain après un exercice militaire commun des armées de l’air, de terre et maritimes, le 31 janvier dans le centre du pays. Selon les observateurs, la proposition du NLD risquerait d’entraîner des tensions entre l’armée et le gouvernement NLD. Pe Than, qui siège à la chambre basse pour le Parti national Arakan, dans l’État d’Arakan (Rakhine), estime c’est une tentative pour attirer l’attention du public à un an des élections générales. « Le gouvernement NLD et les militaires doivent négocier, parce que les militaires jouent un rôle clé pour modifier la Constitution. Ce ne sera pas possible sans leur consentement », affirme-t-il.

Après plusieurs décennies de règne dictatorial, les militaires détiennent toujours de grands pouvoirs en Birmanie en contrôlant trois ministères, dont la Défense et l’Intérieur, et en disposant d’une garantie de 25 % des sièges du parlement. Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi et l’armée ont subi la pression de la communauté internationale suite à la répression des militaires contre les Rohingyas, forçant plus de 700 000 d’entre eux à fuir au Bangladesh. La mission d’établissement des faits des Nations Unies a considéré l’action de l’armée birmane comme un acte génocidaire, en demandant à ce que les autorités militaires birmanes, dont Min Aung Hlaing, soient poursuivies par la Cour pénale internationale. Le 3 février, plusieurs milliers de moines et de civils ont participé à une manifestation en soutien à l’armée. Selon les médias locaux, quelques pancartes indiquaient « nous soutenons la Tatmadaw [nom officiel de l’armée birmane] qui a annoncé un cessez-le-feu ».

(Avec Ucanews, Mandalay)


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