Eglises d'Asie

Cardinal Charles Maung Bo : le régime chinois et sa culpabilité morale face à la pandémie

Publié le 04/04/2020




Le 2 avril, le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun et président de la Fédération des conférences épiscopales asiatiques (FABC), a publié une déclaration dénonçant la culpabilité morale du régime chinois face à la pandémie. Dans des propos francs et directs, le cardinal Bo demande au régime de Pékin de présenter des excuses au monde et d’assumer ses actes pour les conséquences humaines et économiques causées par sa gestion de la pandémie. Mgr Bo accuse notamment le gouvernement chinois d’avoir attendu le 23 janvier pour isoler Wuhan et la région de Hubei, après avoir fait taire les alertes des médecins, journalistes et intellectuels chinois, lancées dès le mois de décembre. Extraits.

Vendredi 27 mars, le pape François se tenait seul au milieu de la place Saint-Pierre de Rome, s’adressant à plusieurs milliers de personnes à travers le monde, suivant la célébration via les médias et les réseaux sociaux. La place était vide, mais partout, les cœurs qui suivaient la célébration étaient non seulement apeurés et endeuillés mais aussi pleins d’amour. Dans sa belle homélie Urbi et Orbi, le pape nous a rappelés combien nous formons une seule humanité face à la pandémie. « Nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble », a-t-il souligné. Aucun lieu sur terre n’est épargné par cette pandémie, tous sont affectés. Selon l’OMS, près d’un million de personnes ont déjà été infectées et plus de 46 000 d’entre elles sont décédées. Alors que le bilan s’alourdit, de nombreuses voix à travers le monde ont dénoncé le régime chinois pour son comportement négligeant, en particulier le parti communiste et le président Xi Jinping.

Le 29 mars, le quotidien britannique Daily Telegraph, comme de nombreux autres médias, a accusé la Chine d’avoir caché, à ses débuts, la véritable étendue de l’épidémie. James Kraska, un éminent professeur de droit, a affirmé sur le site War on the Rocks que la Chine est légalement responsable. Selon l’université de Southampton, au Royaume Uni, si la Chine avait agi de façon responsable seulement deux ou trois semaines plus tôt, le nombre de personnes affectées par le virus aurait pu être diminué de 86 % et 95 % respectivement. Dans mon propre pays, la Birmanie, nous sommes extrêmement vulnérables. Voisinant la Chine, où le Covid-19 est apparu, nous sommes un pays pauvre dénué des ressources médicales et sociales dont disposent les pays développés. Des centaines de milliers de personnes déplacées par les conflits internes vivent dans des camps à travers le pays ou près des frontières, dans des conditions sanitaires et médicales précaires. Dans ces camps surpeuplés, les distanciations sociales appliquées dans beaucoup de pays sont ici impossibles à mettre en pratique. Alors que les systèmes de santé des pays les plus développés sont déjà dépassés par les événements, on peut imaginer le risque pour un pays comme la Birmanie, démuni et déjà affecté par les conflits.

« Fake news », réactions tardives et chiffres sous-estimés

Alors que nous observons les conséquences de la pandémie à travers le monde, nous pouvons nous demander qui est responsable. Bien sûr, des critiques fusent de toutes part. Beaucoup de gouvernements sont accusés de ne pas s’être préparés à temps quand ils ont vu le coronavirus émerger dans la ville de Wuhan. Mais le régime de Pékin – et non le peuple de Chine – doit être dénoncé pour ses actions et inactions. Il ne faut bien sûr pas réagir à cette crise avec de la haine raciale envers la Chine. Vraiment, le peuple chinois a été la première victime de ce virus, après avoir été depuis longtemps victime de ce régime répressif. Ils ont besoin de notre sympathie, de notre solidarité et de notre soutien. En revanche, les mensonges, la répression et la corruption du parti communiste chinois sont responsables. Quand le virus est apparu, les autorités chinoises ont réprimé toute couverture médiatique. Au début de la crise, au lieu de protéger la population et de soutenir le corps médical, le parti a fait taire les lanceurs d’alerte. Pire encore, les médecins qui ont essayé de sonner l’alarme – comme le Dr Li Wenliang de l’hôpital central de Wuhan – ont été ordonnés par la police « d’arrêter de lancer des fakes news ».

Le Dr Li, un ophtalmologiste de 34 ans, a été averti qu’il serait poursuivi pour avoir lancé de « fausses rumeurs », et a dû signer une confession sous la contrainte de la police. Il est mort après avoir été infecté par le virus. Des jeunes journalistes chinois qui ont essayé de lancer l’alerte ont disparu. Li Zeha, Chen Qiushi et Fang Bin font partie des personnes suspectées d’avoir été arrêtées simplement pour avoir dit la vérité. Xu Zhiyong, un étudiant en droit, a également été détenu pour avoir publié une lettre ouverte critiquant la réaction du régime chinois. Quand la vérité a éclaté, le parti communiste chinois a rejeté les propositions d’aides venant de l’étranger. Le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies a été ignoré par Pékin pendant plus d’un mois, et même l’OMS, alors qu’elle collabore étroitement avec la Chine, a d’abord été mise à l’écart. De plus, les statistiques officielles du nombre d’infections en Chine ont été suspectées d’avoir été largement sous-estimées. De son côté, le parti communiste lui-même est allé jusqu’à accuser l’armée américaine d’avoir provoqué la pandémie. Les mensonges et la propagande chinoise ont mis en danger plusieurs millions d’habitants à travers le monde. Le comportement du parti communiste chinois est révélateur de sa nature de plus en plus répressive.

« La vérité vous rendra libres »

Ces dernières années, nous avons constaté une répression constante des libertés d’expression. De nombreux avocats, blogueurs, opposants et activistes chinois ont été détenus. En particulier, le régime de Pékin a lancé une campagne contre les religions, entraînant notamment la destruction de milliers d’églises et de croix, et l’incarcération d’au moins un million de musulman Ouïghours dans des camps. Même Hong-Kong, autrefois l’une des villes d’Asie les plus ouvertes, a vu ses libertés réprimées et l’état de droit érodé peu à peu. La Chine est un grand pays et une ancienne civilisation qui a largement contribué au monde à travers l’histoire, mais le régime actuel est coupable de répression et négligence criminelle face à la pandémie qui nous affecte. Le régime chinois – et non son peuple – nous doit des excuses et des compensations pour les dégâts causés. Au minimum, il doit remettre les dettes étrangères des pays les plus atteints pour couvrir les coûts engendrés par le Covid-19. Pour le salut de notre humanité commune, nous ne devons pas avoir peur de dénoncer les responsabilités de ce régime. Les chrétiens croient, selon les mots de l’Apôtre saint Paul, que nous devons « mettre notre joie dans la vérité » (« L’amour […] ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai », 1 Co 13,6) ; car Jésus dit que « la vérité vous rendra libres » (Jn 8,32). La vérité et la liberté sont les piliers sur lesquels toutes les nations doivent construire des fondations plus profondes et plus sûres.

(Avec Ucanews, Rangoun)


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