Eglises d'Asie

Cardinal Filoni : les catholiques chinois sont en attente de réconciliation, d’unité et de renouveau

Publié le 05/02/2019




Plus de quatre mois après la signature d’un accord provisoire sur la nomination des évêques entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, le 22 septembre 2018 à Pékin, le cardinal Filoni, préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples, revient sur la situation des catholiques chinois. Le cardinal Filoni a rappelé le 3 février, dans une interview accordée à l’Osservatore Romano, que l’accord sino-vatican est le fruit d’un dialogue long et complexe inauguré par saint Jean-Paul II et poursuivi par Benoît XVI, dans le seul but de « soutenir et promouvoir la proclamation de l’Évangile, et atteindre et préserver la pleine et visible unité de la communauté catholique en Chine ».


« Le 22 septembre 2018 à Pékin, peut-on lire dans l’article publié par l’Osservatore Romano le 3 février, le Saint-Siège et la République populaire de Chine ont signé un ‘accord provisoire sur la nomination des évêques’. Précédemment, le 8 septembre 2018, après avoir longuement réfléchi et prié, le successeur de Pierre, dans un esprit de grande bienveillance, avait accueilli sept évêques chinois en pleine communion ecclésiale, consacrés sans mandat pontifical. » « Dans ce contexte, poursuit la note publiée dans l’Osservatore, le pape François a invité tous les évêques à renouveler leur adhésion totale au Christ et à l’Église et leur a rappelé que, appartenant au peuple chinois, ils sont tenus au respect et à la loyauté envers les autorités civiles et qu’en tant qu’évêques, ils sont appelés à être fidèles à l’Évangile, selon l’enseignement du Christ : ‘Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu’ [Mt 22, 21] ».

Pour comprendre l’importance ecclésiale et pastorale de ces événements, il convient de se référer à ce que le pape François a souligné dans son « Message aux catholiques chinois et à l’Église universelle » du 26 septembre 2018 : « Précisément pour soutenir et promouvoir la proclamation de l’Évangile en Chine et pour reconstituer l’unité pleine et visible de l’Église, il était fondamental d’aborder en premier lieu la question des nominations épiscopales. Chacun sait malheureusement que l’histoire récente de l’Église catholique en Chine a été douloureusement marquée par de profondes tensions, blessures et divisions, qui se sont surtout polarisées autour de la figure de l’évêque en tant que gardien de la foi et garant de la communion ecclésiale. » Aujourd’hui, il est important de vivre l’unité des catholiques et « d’ouvrir une phase de collaboration plus fraternelle pour assumer la mission de la proclamation de l’Évangile avec un engagement renouvelé. De fait, l’Église vit pour témoigner au nom de Jésus Christ et de l’amour du Père qui pardonne et sauve ». Le Saint-Siège, conclut l’Osservatore Romano, « continue de s’engager dans la voie du dialogue en vue de résoudre progressivement, avec une attitude de compréhension mutuelle et de patience, les différents problèmes encore présents, à commencer par la reconnaissance civile du clergé ‘non officiel’ afin de normaliser progressivement la vie de l’Eglise catholique en Chine ».

Réconciliation dans l’Église, estime le cardinal Filoni

Le journal du Vatican rapporte également dans ses pages un entretien avec le cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples, qui souligne la valeur pastorale de l’« accord provisoire sur la nomination des évêques ». Le cardinal, citant les paroles du pape François dans son message aux catholiques chinois, rappelle que « l’accord provisoire est le fruit du dialogue institutionnel long et complexe entre le Saint-Siège et les autorités gouvernementales chinoises, inauguré par saint Jean-Paul II et poursuivi par le pape Benoît XVI. Au cours de ce processus, le Saint-Siège n’était et n’est animé que par les objectifs spirituels et pastoraux de l’Église, à savoir soutenir et promouvoir la proclamation de l’Évangile, atteindre et préserver la pleine et visible unité de la communauté catholique en Chine ».

Le préfet Filoni, « tout en partageant une certaine perplexité exprimée plusieurs fois au sujet des difficultés qui subsistent et de celles qui peuvent émerger sur le chemin », a déclaré : « J’ai le sentiment que dans l’Église catholique en Chine, il existe une grande attente de réconciliation, d’unité et de renouveau pour une reprise décisive de l’évangélisation. On ne peut pas rester immobile dans un monde qui, par bien des aspects, court à toute vitesse mais qui, en même temps, ressent le besoin urgent de redécouvrir les valeurs spirituelles et humaines qui donnent un réel espoir à la vie des personnes et qui redonnent cohésion à la société. En un mot, tout cela, c’est ce que le christianisme peut offrir à la Chine d’aujourd’hui ».

Le cardinal rappelle que de nombreux évêques, prêtres, religieux et laïcs souhaitent que « l’Église en Chine revienne à la ‘normalité’ dans le contexte de l’Église catholique ». Il définit l’accord provisoire d’« historique » et explique qu’à la lumière de ce dernier, « qui reconnaît le rôle particulier du pape, nous devons maintenant également réinterpréter le ‘principe d’indépendance’ dans la perspective de la relation entre l’autonomie pastorale légitime de l’Église en Chine et la communion indispensable avec le successeur de Pierre. Par conséquent, affirme le cardinal, j’espère ne rien devoir lire ou entendre à propos des situations locales dans lesquelles l’accord serait instrumentalisé afin d’obliger les personnes à faire ce que la loi chinoise n’oblige pas, comme s’enregistrer au sein de l’Association patriotique ». En ce qui concerne les problèmes qui existent toujours entre les communautés dites « officielles » et les communautés dites « clandestines », le cardinal Filoni souligne : « Avant tout, il est nécessaire de rétablir la confiance, et ce sera peut-être l’aspect le plus difficile, envers les autorités civiles et religieuses chargées des questions religieuses, et entre les courants ecclésiaux, officiels et non officiels. Maintenant, ici, il ne s’agit pas d’établir qui gagne ou qui perd, qui a raison ou qui a tort. Au cours des soixante années qui ont suivi la création de l’Association patriotique, tout le monde a beaucoup souffert, tant sur le plan physique que moral. Nous ne pouvons pas non plus ignorer les angoisses intérieures de ceux qui avaient adhéré, ou qui avaient été contraints d’adhérer, au principe ‘d’indépendance’ et donc à la rupture des relations avec le Siège apostolique ».

L’Église est une

« Je me rends compte, ajoute le cardinal, que quelqu’un pourrait penser qu’à ce stade, le Siège apostolique semble demander un sacrifice unilatéral aux seuls membres de la communauté clandestine, qui devraient pour ainsi dire ‘s’officialiser’ tandis qu’aux ‘officiels’ rien ne serait demandé. La question ne doit pas être posée en ces termes. De fait, il ne s’agit pas de livrer des ‘immigrés clandestins’ à des ‘fonctionnaires’ ou à des autorités civiles, malgré les apparences, ni d’une victoire sur la communauté non officielle. Dans une vision plus ecclésiale, nous ne pouvons pas parler de compétition ou de raison, mais de frères et sœurs dans la foi qui se retrouvent tous dans la maison commune ».

De fait, « le Saint-Siège a toujours dit qu’en Chine il n’y a pas deux Églises, une ‘Église patriotique’ et une ‘Église fidèle’ (jargon couramment utilisé). En Chine, l’Église est une et les blessures qui lui ont été infligées proviennent aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Le ‘sensus fidei’ du peuple de Dieu a sauvé l’Église en Chine du schisme. Dans le contexte actuel, nous pouvons dire que les énergies pour guérir de la souffrance existent. L’objectif est élevé et nous aurons besoin de la contribution de tous pour le réaliser totalement ». Encore une fois, le Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples affirme comprendre les doutes et les perplexités exprimés après la signature de l’accord provisoire. Mais, ajoute-t-il, « je ne partage pas l’attitude de ceux qui tout en maintenant leurs réserves légitimes, ne cherchent pas à comprendre le point de vue des autres et risquent de ne pas se retrouver en harmonie avec Pierre ». « Le pape, avec ses collaborateurs, a fait et fera tout ce qui est en son pouvoir pour se rapprocher de l’Église en Chine ».

Enfin, le cardinal Filoni observe : « Les Chinois, on le sait, aiment les analogies. Je voudrais en offrir encore une pour compléter ma pensée : si vous voulez donner de la stabilité à un trépied, vous avez besoin des trois pieds. De fait, il ne tient pas sur deux pieds, ou simplement sur l’accord entre le Saint-Siège et le gouvernement chinois. Un troisième pied est nécessaire, à savoir la participation et la contribution des fidèles en Chine, ainsi que celle de la communauté catholique de la diaspora. C’est seulement avec la contribution de tous que l’Église de demain pourra être construite dans le respect des libertés, ainsi qu’avec celle des autorités civiles, après soixante ans de souffrances, de divisions et de malentendus. L’Église, en conséquence, a besoin de la participation libre et fructueuse de tous pour construire l’harmonie civile, sociale et religieuse et pour la proclamation de l’Évangile ».

(Avec l’Osservatore Romano)


CRÉDITS

Ucanews