Eglises d'Asie

Colombo : malgré un couvre-feu de 24 heures, les bouddhistes sri-lankais ont célébré Poson Poya

Publié le 10/06/2020




Le 5 juin, plusieurs millions de bouddhistes sri-lankais ont célébré le festival Poson Poya, l’une des fêtes religieuses les plus importantes de l’année au Sri Lanka. La fête célèbre en effet l’arrivée du bouddhisme sur l’île, au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Un festival particulièrement vénéré par les bouddhistes sri-lankais, qui représentent plus de 70 % de la population, sur 21 millions d’habitants. Afin d’éviter les risques de contagion, le gouvernement et les autorités religieuses bouddhistes ont demandé aux fidèles de célébrer la fête depuis chez eux ; un couvre-feu de 24 heures a été imposé le 5 juin, jour de la fête, et le jour précédent. L’an dernier, Poson Poya avait également été célébré avec peu de faste, alors que le pays était en deuil suite aux attentats du 21 avril 2019.

En 2009, une représentation de la fête bouddhiste de Poson Poya sur un Pandal, un temple temporaire érigé pour le festival.

Suneetha Ariyawathi, une mère de famille de 62 ans, qui vit à Kuliyapitiya, à environ 82 km au nord-est de Colombo, la capitale sri-lankaise, se rend toujours au temple bouddhiste de Mihintale, à Anuradhapura, le jour de la fête de Poson Poya, célébrée le 5 juin. Elle vient y célébrer des rituels bouddhistes avec d’autres fidèles, en portant des vêtements blancs et en apportant des fleurs de lotus en offrande à Bouddha. La fête de Poson Poya est particulièrement importante pour les bouddhistes qui vivent selon le calendrier lunaire. Le festival, qui tombe au début du mois de juin, est l’une des célébrations les plus importantes au Sri Lanka – il célèbre l’arrivée du bouddhisme sur l’île, au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Un festival spécialement vénéré par les bouddhistes sri-lankais qui représentent plus de 70 % de la population, sur 21 millions d’habitants. Les événements marquants du festival sont célébrés au site de Mihintale, près d’Anuradhapura, à 205 km au nord de Colombo. Anuradhapura compte l’une de ruines bouddhistes les plus célèbres. En général, Suneetha Ariyawathi s’y rend avec 25 de ses proches afin d’observer le rituel du sil. Mais cette année, les choses étaient bien différentes alors que le festival devait être célébré principalement à domicile – un couvre-feu de 24 heures a été imposé dans tout le pays à l’occasion de la fête de Poson Poya, ainsi que le jour précédent le festival.

Un bilan sanitaire positif au Sri Lanka

Suneetha Ariyawathi évoque son enfance et les foules de fidèles qui se pressaient habituellement vers les temples, à pied ou dans des charrettes. « Plus tard, ils sont venus prier en camion ou en bus. Quand j’étais petite, Mihintale était au cœur d’une forêt. Les fidèles s’y rendaient à pied le long de la route qui traversait la forêt. Certaines années, mes parents grimpaient le rocher de Mihintale avec des flambeaux », explique-t-elle, en confiant sa tristesse après le couvre-feu qui a annulé son pèlerinage. Le gouvernement a cependant permis de célébrer Poson Poya à condition de respecter un nombre limité de fidèles et en suivant les distances physiques imposées contre la propagation du virus. Les autorités sanitaires ont également demandé aux personnes âgées ou fragiles de s’abstenir de participer aux activités religieuses organisées dans les lieux publics. À ce jour, le Sri Lanka est parvenu à contrôler l’épidémie, avec peu d’infections et peu de décès, comparé aux bilans de bien d’autres pays. Selon le ministère de la Santé, au 4 juin, le pays avait enregistré 1 797 cas d’infection pour 11 décès, avec 947 patients toujours hospitalisés et 839 guérisons. Les autorités monastiques bouddhistes ont également demandé aux fidèles de rester chez eux pour célébrer la fête.

« Nous pourrons trouver la paix »

Le Premier ministre Mahinda Rajapaksa a déclaré, par ailleurs, que la pandémie était l’occasion, pour le monde, de changer les pratiques qui ont trahi l’environnement. Hasith Dahanayake, un activiste écologiste bouddhiste, explique en effet que le festival de Poson Poya coïncidait, cette année, avec la Journée mondiale de l’environnement. « Les fidèles passent habituellement des journées entières dans les temples, où ils apportent des fleurs et des lampes en terre cuite, mais cette fois-ci, personne n’a pu le faire », regrette-t-il, estimant que la méditation favorisait l’amour de la nature, à l’opposé d’un monde autocentré sur les activités humaines. À l’occasion du festival, toutes les boutiques de vente d’alcool, charcuteries et abattoirs ont été fermés, et les pandals (des temples temporaires habituellement érigés pour la durée du festival) ont été évités cette année. Malgré tout, beaucoup de fidèles se sont montrés créatifs et enthousiastes dans la disposition des décorations, lanternes et drapeaux bouddhistes. Des soldats ont également participé aux décorations à Colombo. L’an dernier, la fête avait également été célébrée discrètement, plus d’un mois après les attentats du dimanche de Pâques, le 21 avril 2019, qui ont entraîné 279 victimes et plus de 500 blessés. Suneetha Ariyawathi prévoyait, cette année, d’écouter les hymnes Pirith et les prédications, diffusées par des haut-parleurs afin de respecter les consignes sanitaires. « Nous pourrons ainsi trouver la paix, même au milieu de cette pandémie. L’an dernier non plus, nous n’avons pas pu célébrer la fête avec nos amis et nos voisins, à cause des attentats. Et cette année, nous n’avons pas pu aller au temple librement pour célébrer le festival. J’espère que nous pourrons le fêter sans problème l’an prochain », ajoute-t-elle.

(Avec Ucanews, Colombo)


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