Eglises d'Asie

Coronavirus : le président Xi Jinping en visite surprise à Wuhan, épicentre de l’épidémie

Publié le 11/03/2020




Le président chinois Xi Jinping était en visite officielle, ce mardi 10 mars à Wuhan, épicentre de l’épidémie du coronavirus. Selon l’agence officielle Xinhua, le président a visité des hôpitaux et des zones résidentielles, dont l’hôpital temporaire de Huoshenshan. Des habitants de Wuhan ont partagé des images de la visite surprise, en considérant l’opération comme une « comédie ». Plusieurs jours auparavant, une visite de la vice-Première ministre Sun Chunlan avait également attiré de nombreuses critiques. Alors que la population proteste contre les conséquences économiques de l’épidémie et contre une propagande dénoncée comme mensongère, les autorités s’efforcent de reconstruire la confiance et de contrôler l’opinion publique.

Selon l’agence de presse officielle Xinhua, le président Xi Jinping, en visite à Wuhan, épicentre de l’épidémie, ce mardi 10 mars, a visité des hôpitaux et des zones résidentielles dont l’hôpital Huoshenshan, un hôpital temporaire construit spécialement pour les personnes infectées par le virus. Les photos publiées par Xinhua montrent Xi Jinping dans une salle de conférences en train de s’adresser au personnel médical, ainsi qu’aux malades par communication vidéo. Cependant, beaucoup d’habitants de Wuhan semblent avoir considéré la visite présidentielle comme une « farce ». À Wuhan, des habitants ont partagé des images sur les réseaux sociaux, montrant la police intervenant sur les lieux de la visite présidentielle et entrant chez les particuliers pour assurer la sécurité de la visite. Plusieurs jours auparavant, des habitants s’étaient indignés en lançant « Tout est faux ! » après une visite de la vice-Première ministre Sun Chunlan (en charge de la santé), dans une zone résidentielle de Wuhan. En Chine, les écoles et universités sont toujours fermées, et le ministère de l’Éducation a demandé aux étudiants des établissements supérieurs de consulter un cours politique soulignant le leadership de Xi Jinping et la puissance du Parti communiste chinois. De fait, l’épidémie a abîmé la réputation du parti, et ses principaux dirigeants s’efforcent de reconstruire la confiance et de contrôler l’opinion publique. Les médias officiels ont notamment insisté sur le rôle majeur qu’aurait joué le président Xi Jinping. La population reste insatisfaite des conséquences économiques de la crise sanitaire et proteste contre une propagande qui se révèle contre-productive.

Le secrétaire du Parti communiste à Wuhan, Wang Zhonglin, a pourtant demandé à la population locale de montrer leur gratitude envers le Parti central et le président, mais son discours a été vivement critiqué par le public, et rapidement retiré par les médias officiels. En février, le département de la propagande du Parti communiste a annoncé la publication d’un livre saluant le rôle de Xi Jinping, intitulé « Un combat contre l’épidémie : la Chine combat le Covid-19 en 2020 ». Depuis, le livre a été retiré discrètement des librairies en ligne. Par ailleurs, bien que les médias officiels encensent le travail des membres du personnel médical chinois, les voix de ces derniers ont été étouffées. Les médecins comme le Dr Li Wenliang, qui a révélé l’épidémie à ses débuts, ont été mis en garde par la police. Li Wenliang, un ophtalmologiste de l’hôpital central de Wuhan, a lui-même été infecté par le virus et en est mort. Deux autres ophtalmologistes du même hôpital sont également décédés. Les médias officiels n’ont pas mentionné que ces derniers étaient des collègues de Li Wenliang. Aujourd’hui, le gouvernement honore ce dernier comme un membre loyal du Parti communiste, mais il a malgré tout censuré des articles le concernant. La mère du médecin décédé, qui avait protesté en défendant l’innocence de son fils, a demandé aux autorités une explication. La police et les médias qui ont mis en garde et accusé le médecin, en décembre, n’ont pas été réprimandés. Ai Fen, un médecin de l’hôpital central de Wuhan, a confié aux médias qu’elle avait été mise en garde par un dirigeant de l’hôpital à propos du partage d’informations en ligne. Elle a expliqué avoir été dénoncée et s’être sentie dépassée en voyant de nombreux collègues infectés. Son interview a été rapidement supprimée. Pékin a reconnu l‘infection de plus de 3 000 membres du corps médical au cours du mois de janvier.

(Avec Asianews, Pékin)


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